‹ Choix de petits drames et de contes tirés de BerquinChapitre 75 sur 102 · MARCEL, GENEVIEVE, GEORGE, FLUET, LA TERREUR · texte numérisé non relu

MARCEL, GENEVIEVE, GEORGE, FLUET, LA TERREUR

Tous demeurent pendant quelque temps pensifs et immobiles, excepté Fluet, qui continue de manger.

la terreur, se versant à boire. Vive! vive noire capitaine !

‘ george. Oh ! oui ; qu’il vive ! c’est lui qui nous sauve de la mort.

marcel , joignant les mains, et les laissant tomber de surprise. 11 ne m’avait jamais vu, et il me donne la première fois une pièce d’or ! Qui aurait attendu cela d’un étranger, quand ceux qui nous connaissent sont si impitoyables?

Geneviève. On dirait d’un prince. (Elle regarde la pièce d’or qui est sur la table.) Combien cela peutil valoir, mon ami ? Il faut qu’il y en ait pour bien de l’argent !

marcel , en la serrant dans ses mains. Bon Dieu ! aurais-je pu croire que je me serais jamais vu tant de bien dans une seule pièce ? T’y connais-tu , mon fils?

george. Non ; elle est trop grande pour que j’en sache la valeur.

la terreur. Elle doit valoir plus d’un louis ; mais je ne sais pas au juste.

, LE DESERTEUR. *93

fluet, au premier coup d’œil qu’il jette. C’est un louis double. Le peuple ne connaît pas cela.

la terreur. Nous ne sommes pas nés au milieu de l’or comme vous. Cela vaut donc seize écus !

Geneviève. Seize écus ! O mon cher homme ! la moitié de notre dette 1 Pourvu que le bailli s’en, contente en attendant !

marcel. J’espère qu’avec cet à-compte il nous donnera du répit.

Geneviève. Crois-tu? O mon Dieu! je serais bien contente de ne manger que du pain jusqu’à la moisson, si nous pouvions garder notre cabane.

george. Ne vous embarrassez pas, ma mère, j’y pourvoirai.

marcel. Nous craignions tant un logement de soldats ! et ce sont des soldats qui sont nos anges ! Que Dieu soit loué pour ce repas, et pour les secours qu’il nous a envoyés! (Tous se lèvent.)

fluet. Il faut que j’aille à la garde maintenant.

la terreur. Tenez, voilà vos armes. (Il lui décroche sa fjiberne , et le charge de son bagage. Fluet sort.) A présent, je vais remettre les choses comme je les ai trouvées. (Il veut desservir la table.)

Geneviève, lui retenant le bras. Oui, ce serait bien à moi de vous laisser faire. Reposez-vous ; je vais tout arranger. N’est-ce pas assez que vous ayez fait la cuisine ?

la terreur. Non , non , c’est encore de mon em-

LE DÉSERTEUR

ploi. Je veux que vous parliez toute votre vie du jour où j’ai été en quartier chez vous.

Marcel, à La Terreur. Mon cher monsieur, que je boive encore une fois. Je trouverai le vin meilleur que tout à l’heure à présent que j’ai de l’or dans ma poche.

LA terredr. Buvez, buvez, bonhomme. Il n’y a jamais rien à laisser dans mie bouteille. {En frappant sur son ventre.) Ceci est notre meilleur buffet. Il faut suivre le commandement qui dit de ne pas s’inquiéter du lendemain. ( George pousse la table. La Teneur lève la nappe et emporte les plats et les assiettes dans Vautre chambre.) ■

Geneviève. Je ne suis plus étonnée que les femmes aiment tant les soldats. Il n’y a point de meilleurs maris; ils font toute la besogne. Il faut que je le suive, autrement il se mettrait à laver les assiettes. ( Prête à sortir , elle se retourne au bruit que fait Thomas en entrant.) Ah! voici notre frère. Voyons s’il reconnaîtra son neveu.

Page 1