SCÈNE II
MARCEL, GENEVIÈVE, GEORGE, FLUET, LA TER- REUR, un CAPITAINE, un FOURRIER.
le fourrier , avec des tablettes à la main. Combien êtes-vous ici?
george, en se levant. Trois. {Tout le monde se
lève.)
le capitaine. C’est bon. Restez assis, enfants, restez assis. Et vous aussi, bonnes gens , remettezvous ; point de cérémonies. Je suis charmé du calme et de la cordialité qui régnent dans votre maison. Avez-vous des plaintes à faire contre vos soldats ?
Marcel. Oh! non, monsieur, pourvu qu’ils n’en aient pas contre nous ?
le capitaine , à George. Êtes-vous content de vos hôtes ?
george. Mon capitaine, je suis chez mon père ; c’est à mes camarades de répondre.
la terreur. Nous avons tout ce qu’il nous faut.
le capitaine, se tournant vers Marcel. Quoi! c’est votre Fils ? Vous avez là un si bon sujet que vous devez être aussi un honnête homme.
Marcel. Hélas ! monsieur, c’est toute ma richesse.
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LB capitaine. N’avez-vous pas de la satisfaction de votre fils?
marcel. Oh ! si ses supérieurs pouvaient en être aussi contents !
Geneviève. Il a toujours été près de nous un brave garçon. Il nous a obéi au moindre signe ; et celui qui est soumis à ses parents, doit l’ôlre aussi h ses supérieurs.
le capitaine. Je puis vous le dire, il est aimé de tout le régiment. Ses officiers l’estiment , et ses camarades donneraient leur vie pour lui. C’est la première fois qu’il entend son éloge de ma bouche ; mais je ne puis le taire dans une pareille occasion. Le bon témoignage qu’on rend d’un enfant est la plus grande récompense des pères ; et la joie des pères est pour les enfants l’encouragement le plus fort à persister dans le bien. (Il regarde autour de lui.) Je crois que votre situation n’est pas des plus heureuses ; mais vous êtes riches dans votre lils. Il fait honte à ceux dont l’éducation a ruiné leurs familles. Vous n’avez pas encore gohté toute la joie qu’il peut yous donner. Si vous vivez de longues années , il sera le soutien de votre vieillesse.
george. Je vous remercie, mon capitaine, de m’avoir réservé cette louange pour l’oreille de mes parents. Je me comporterai de manière qu’ils n’auront jamais rien à perdre de la joie que vous leur causez.
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le capitaine. Vous n’avez qu’à vous conduire comme vous avez fait jusqu’à ce jour.
marcel. Oh ! monsieur , le cœur me fond de plaisir.
Geneviève. Je serais encore bien plus heureuse , si vous le laissiez auprès de nous. Ne pourriezvous pas arranger cela , monsieur le capitaine ?
marcel. Que demandes-tu là, ma femme? Veuxtu qu’il meure de faim à notre côté ? (En montrant La Terreur au capitaine .) C’est monsieur qui a bien voulu payer ce repas , autrement nous n’aurions rien trouvé sur notre table. La mauvaise récolte nous a entièrement ruinés. Et puis monseigneur le comte....
le capitaine. C’est u/i homme sans cœur; je le connais. Il se livre aux plus affreuses débauches dans la capitale; et il laisse ses vassaux mourir de faim. Je n’ai trouvé nulle part tant de misère que dans ses terres. Les gens les plus riches ( et c’est beaucoup dire) blâment son insensibilité. Consolezvous , bon vieillard , vous trouverez bientôt des ressources, et l’on vous estimera plus que lui. Tenez , voici quelques légers secours. (Il jette une pièce d’or sur la table.) Plût à Dieu que j’eusse tout l’argent qu’il prodigue à ses vices ! je ferais mon bonheur de vous enrichir. Mais je ne vis que de ma paye , et je ne puis rien faire de mieux pour vous. George , voilà ce que tu as mérité à tes pa-
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rents par ta bonne conduite. Retenez bien cela, monsieur le cadet. C’est le plus beau compliment qu’on puisse faire à un homme.
george. Ah! mon capitaine , si vous saviez de quel prix ce présent est pour nous dans le moment ! Non , de toute ma vie , je ne pourrai m’acquitter envers vous.
màrcel. 11 n’est que Dieu qui puisse vous en payer.
Geneviève. Qu’il vous accorde une longue vie! Quand j’aurais dix enfants, je vous les donnerais tous avec joie.
le capitaine. Bonne femme ! vous me rendez bien largement ce que je fais pour vous. Un enfant est d’un prix inestimable aux yeux de sa mère, et vous m’en donneriez dix! Si votre indigne seigneur pouvait connaître la volupté de la bienfaisance , combien il pourrait rendre ses plaisirs dignes d’envie ! Mais j’interromps votre dîner. Continuez, je vous prie. Adieu ; je vous verrai encore avant de partir. {Il sort.)
le fourrier , à Fluet. La garde va bientôt se relever; tenez-vous prêt. {Il sort.)
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