‹ Choix de petits drames et de contes tirés de BerquinChapitre 79 sur 102 · MARCEL, GENEVIÈVE, THOMAS, GEORGE, LE BAILLI · texte numérisé non relu

MARCEL, GENEVIÈVE, THOMAS, GEORGE, LE BAILLI

le bailli. Qu’entendez-vous par là ?

marcel. Je vous en prie au nom de Dieu, monsieur le bailli.

Geneviève. Prenez en attendant tout ce que nous pouvons vous donner. Nous vendrions notre sang pour vous payer la somme entière.

le bailli. Je le crois bien , si vous aimez votre cabane ; car dès demain vous pourrez aller voyager.

Geneviève. Non, vous n’aurez point cette barbarie. Épargnez notre misère, je vous en conjure à genoux.

le bailli. Toutes vos prières sont inutiles.

Geneviève. N’avez-vous donc pas une goutte de sang humain dans les veines? Nous avons travaillé avec honneur pendant une longue vie; et, sur nos vieux jours, vous nous rendez mendiants!

marcel. Nous ne sommes pas loin de la moisson; et ma cabane ne dépérira pas jusqu’à ce temps-là.

le bailli. Qu’en savez-vous? Elle peut brûler dans l’intervalle.

marcel. Mais j’aurais toujours payé la moitié.

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le bailli. Il n’est p;is en mon pouvoir de mieux faire. Il faut que j’exécute les ordres de monseigneur.

george. Monseigneur ne vous a pas ordonné de ruiner, pour quatorze misérables écus, une famille de ses vassaux. Il vous paye pour faire prospérer scs affaires; et en cela vous ne gagnez pas vos gages. Vous chassez les honnêtes gens pour recevoir des vagabonds. Lorsque la terre ne porte pas de fruits, le seigneur ne peut exiger aucune redevance; et il est de son devoir, au contraire, de soutenir ses pauvres paysans. Faites-y bien réflexion, vous verrez qu’il ne dépend que de vous d’accommoder les choses. Remplissez, pour la première fois , votre devoir , et parlez en faveur de ceux qui vous font vivre. Il n’est qu’une manière de présenter notre situation ; et monseigneur donnera -son consentement à tout ce que vous ferez d’après votre conscience.

le bailli. Vous ne m’apprendrez pas mon devoir. Je n’ai que faire de vos conseils , je vous en préviens.

george. Et vous, ne soyez pas si grossier envers moi, je vous en avertis.

le bailli. Vous ignorez ce qui peut vous en arriver. Je saurai bien vous apprendre à vivre.

george. C’est vous qui en avez besoin, non pas moi.

LE DÉSERTEUR

le bailli. Où prenez-vous la hardiesse de inc parler de la sorte?

la terreur, qui est rentré d ans le cours de la scène. Mettez-vous à sa place. Faut-il qu’il reste muet devant vous? 11 est soldat ; un soldat sait toujours ce qu’il doit dire , et mille fois mieux qu’un bailli. Vous osez, à sa barbe, vilipender son père, et vous voulez qu’il soit là debout comme une vieille femme qui n’a plus de souffle? Qui ne s’emporterait pas de voir ruiner sa famille par la méchanceté d’un homme de votre robe? On sait qu’un bailli 11 e demande qu’à faire vendre pour gagner scs frais. Il vous a parlé d’abord avec douceur; vous avez fait la sourde oreille. Il 11 ’a plus qu’à vous dire vos vérités.

le bailli. C’en est trop. (A Marcel , d’un air pu rieur..) Voulez-vous me payer ou non? Je vous le demande pour la dernière fois.

Marcel. Je vous ai déjà dit que je ne le pouvais pas en entier.

Geneviève. Nous vous avons offert tout ce que nous possédons.

le bailli. Tout ou rien. Vous entendrez parler de moi. (Il veut sortir.)

george, le retenant. Faites-v bien attention encore. Il vous en coûterait cher. Je puis donner un placet au roi. Je lui parlerai de la situation de mon père et de votre dureté. 11 a ses droits sur les vas-

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saux avant le seigneur; et il ne permettra pas qu’ils soient maltraités injustement.

le bailli. Le roi n’a rien à voir dans nos affaires. Votre père doit à monseigneur, et monseigneur veut être payé.

george. Que dites-vous? Le roi n’est-il pas le maître? et monseigneur n’cst-il pas son sujet? Sachez que mon père vaut mieux que lui à scs yeux. Il travaille, et votre comte ne fait rien. Le roi ne peut souffrir les gens oisifs, parce qu’il sait s’occuper lui-mème. Il saura mettre un frein aux méchants.

le bailli. C’est ce que nous verrons; mais, en attendant, je lais vendre la cabane et la terre. Vous me connaissez bien pour m’effrayer de vos folles menaces! Oui, le roi va s’amuser à écouter un homme comme vous.

george. Pourquoi non? Il écoule tout le inonae; et si nous étions tous deux en sa présence, je suis sur qu’il m’entendrait le premier.

le bailli. Il vous sied vraiment de me comparer à un drôle de votre espèce !

george, lui donnant un soufflet. Vous avez dit cela à un soldat, et non à un paysan. Sors d’ici, vieux scélérat. J’ai regret à toutes les paroles que j’ai pu te dire. Il fallait commencer par où j’ai fini. {Il le pousse avec violence hors de la cabane.) le bailli, en sortant. O mille vengeances !

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