P. M \MI
(Arch. de l'Emp. Tréi. det Ch. Beg. JJ. M9, pièce 17.
Femme qui s'était réfugiée dans un fort, et que le capitaine abandonne par faiblesse à ses gens d armes.
Melun, 25 mai 1382.
Charles, etc. Savoir faisons à touz présens et avenir. A nous avoir esté exposé de la partie de Mabyet de Marquivillier, escuier, capitaine ou garde de la forteresse de l'esglise de Lumeau en Beausse :
Que comme le xxvie jour du moys d'Avril derrenièrement passé, huit hommes d'armes ou environ, armés de cotes de fer, de pièces d'acier, de glayves et autres harnois, feussent venuz à heure de jour levant ou environ, en la ville de Boigneaux, qui est à demie lieue dudit lieu de Lumeau ou environ. En laquelle ville de Boigneaux ledit Mahyet estoit couchiez. Et là roboient tout ce qu'il pourroient prendre et avoir. Pour doubte desquelz ledit Mahyet se leva, et hastivement s'en ala audit fort, pour icellui et les biens des bonnes gens qui y estoient et ancores sont, garder et défendre. Mais quant il y fut, les dictes gens d'armes y furent alez. Et trouva ledit Mahyet, quant il fu audit fort , que les dictes gens d'armes avoient pris et de fait tenoient mi chevaux et plusieurs lars et autres biens des bonnes gens dudit lieu de Lumeau. Pour lesquelz avoir et recouvrer, le dit Mahyet ala devers les dictes gens d'armes, qui estoient en la taverne en la dicte Aille de Lumeau. Et avec eulz estoit assise, buvant, mangant et faisant bonne chière, une femme appellée Alipz, que l'on dit estre chamberière ou amie
du prestre de Lingny en Beausse. Et en parlant et traictant aux dictes gens d'armes de ravoir les dix chevaux et biens qu'il avoient pris, la dicte Alipz se escliappa d'eulz et s'en ala bouter au dit fort de Lumeau. Et quant ledit Mabvet s'en fu aie ou dit fort, qui de ce ne savoit riens, el avoit fine et accordé aux dictes gens d'armes, il vit venir iceulz gens d'armes devant le dit fort, qui prindrent plusieurs femmes dudit lieu de Lumeau. Et comme gens sanz raison et courrouciez, dirent au dit Mabvet et aux gens estans ou dit fort, que l'on leur baiilast la dicte Alipz, et qu'il l'avoient amenée avec eulz, ou en vérité ilz violeraient et emmèneraient avec eulz les femmes qu'il tenoient de la dicte ville de Lumeau et toutes autres du pais qu'il pourraient prendre et trouver. Pourquoy, les bonnes gens du paiz et qui esioient oudit fort, et les dictes femmes qu'il tenoient, crièrent mercy, et prièrent audit Mabyet qu'il ne voulsist souffrir leurs femmes estre vilenées pour la dicte Alipz, que les dictes gens d'armes avoient amenée avec eulz et qui estoit femme diffamée et que on maintenoit estre amie dudit prestre de Lingny, et que mieulx la leur valoit bailler que laissier vilener tant d'autres bonnes femmes. A la voix et prière desquelz, ledit Mabiet, pour obvier à plus grant inconvénient, et afin que lesdictes femmes ne feussent vilenées, et pour bien et loyauté, et qui ne cuidoit en riens meffaire pour les choses dessus dictes, ouvry ledit fort, et dist aux dictes gens d'armes que se il avoit en icellui fort riens qui feust leur, qu'il le preissent. L'un desquelz entra ou dit fort, et prist par la main la dicte Alipz. Elle crioit, et disant que point n'yroit avec lui, en demandant aide audit Mahiet pour
elle garentir. Lequel Mabiet, cuidant bien faire, pour eschever la deshonneur des autres femmes dudit pais, et non pensant point se meffaire pour ce qu'il l'avoient amenée et l'avoit ledit Mabiet veue avec eulz comme dit est, se consenti que les dictes gens d'armes emmenassent la dicte Alips, et la leur laissa prendre et emmener ainsi, disant à ladicte Alips : « Alez ! mamie, levez sus, ne vous laissiez pas trayner. » Laquèle Alipz, relournée d'avec les dictes gens d'armes, s'est alée plaindre du dit Mabiet au gouverneur du bailliage d'Orliens, qui pour le dit fait a ledit Mabiet fait emprisonner en nostre Cbastellet d'Orliens. Et pour ce, se doute et est en aventure de griève punicion ou de perdre son corps, se par nous ne lui est sur ce faicte
grâce, etc
Ce fu fait et donné à Meleun, lexxime jour de may, l'an de grâce mil ccc mi" et deux et le second de nostre règne.
Par le roy, à la relacion mons. le duc de Bourgoigne.
J. de Monte acuto.
(Arch. de l'Emp. Très, des Ch. JJ. 120, pièce 307.)