XL1V
Rémission pour un paysan limousin qui avait tué un Anglais qui violait sa femme.
Paris, juin 1389.
Charles, etc. Savoir faisons à tous présens et avenir. Nous avoir esté humblement exposé de la partie des
amis charnelz de Pierre Polet, povre laboureur de bras, du pays de Limosin :
Que pour le temps que noz ennemis ont tenu le chastel de Chalucel, ledit suppliant estoit demourant on un vilaige appelle Saint-Ladre, près de la cité de Limoges, et estoit lors marié à une jeune femme de l'aagede quinze ans ou environ. Et pour icellui temps un Anglois ou autre, de la garnison dudit chastel de Chalucel, vint tout seul à cheval en l'ostel dudit suppliant, et quant il fu descendu oudit hostel, il trouva icellui suppliant et sadicte femme qui se chauffoyent à leur feu. Et lors, icellui anglois dit audit suppliant tels paroles ou semblables en substance : « Villain! il me fault avoir ta femme. » Lequel lui respondi : « Monseigneur, ne la me vueilliez pas tolir. » Et adont ledit anglois print sa dicte femme devant son dit mary, et coucha avecques elle et la congnut cbarnelment contre son gré et en la présence de sondit mary, lequel fu de ce moult iriez. Et pour ce, print un baston et féry ledit Anglois par la teste, lui estant sur sadicte femme, tèlementquetost après mort s'en ensuy en la personne. Et ce faict, ledit suppliant et sadicte femme portèrent de nuyt ledit Anglois en un puis, et après deslia son cheval et le laissa aler, ne sçet quelle part. Pour occasion duquel fait, ledit suppliant et sadicte femme se sont partis du pais, et sont venus demourer en la terre des religieux de Laigny sur Marne, en un vilaige nommé Montevrain, où ils ont demouré environ l'espace de cinq ans. Pendant lequel temps la femme d'icellui suppliant est alée de vie à trespassement. Et là s'est ledit suppliant gouverné simplement, vivant de son labour, jusques ad ce que, pour soupeçon de ce que la justice
des diz religieux de Laignv lui a imposé qu'il avait geté des pierres aux fenestres de Maciot le Maire et tué deux de ses canes. Parquoy il a esté mis es prison d'iceulx religieux, es quelles il a confessé l'omicide dessus dit. Pour occasion duquel, etc.
(Suit la rémission adressée au bailli de Meaux.)
Donné à Paris, au mois de juing, l'an de grâce mil ccc nu" ix et de nostre règne le xe.
Par le Roy, à la relacion du Conseil,
Fréron.
(Arch. de l'Emp. Très, des Ch. JJ. 138, pièce 262.)
Pillards.
Paris, janvier 1 399.
Nous avoir receu l'umble supplicacion des amis charnelz de Guillaume le Harecoux, contenant :
Comme trente six ans a ou environ, que les guerres estoient lors en plusieurs parties de nostre royaume, se feussent assemblez plusieurs gens d'armes de compaigne et de plusieurs diverses nacions, et eussent pris leur retrait ou reffuge en l'abbaye de Gratain. * Les quelx pour lors [estoient] moult crains et doubtez ou pais et es parties d'environ, pour les grans extorcions, excès et maléfices que ilz faisoient. Avec lesquelz se mist et accompaigna feu Jehan de Bailleul, qui estoit né dudit pais de Gratain. En icellui temps feust venu