‹ Choix de pièces inédites relatives au règne de Charles VIChapitre 45 sur 199 · LXX1II · texte numérisé non relu

LXX1II

Meurtre dune paysanne par son tnari.

Paris, juin 1418.

Charles, par la grâce de Dieu roy de France. Savoir faisons à touz présens et advenir. Nous avoir receu l'umble supplicacion des parens et amis charnelz de Jaquet le Bloy, simples homs laboureur, demourant en la parroisse d'Aze ou diocèse de Chartres, chargié de plusieurs enfans, contenant :

Commeou mois de septembre derrenièrement passé, luy et feue Jehanne, jadis sa femme, feussent alez audit lieu d'Aze, aux nopces d'un appelle Jehan le Fillendrieu et de Marion, jadis femme de feu Jehan de Blois. Ausquelles nopces ladicte Jehanne, lors femme dudit Jaquet, qui estoit coustumière de trop boire et soy enyvrer, et aussi chéoit souvent du hault mal, beut tant qu'elle s'en yvra. Et pour ce, ledit Jaquet, véant sadicte femme aiant ainsi beu oultre mesure, voulant éviter son deshonneur, fist tant avecques elle que après soupper il la fist partir desdictes nopces, en la voulant admener dudit lieu d'Aze au lieu de la Hébergerie, ouquel ilz demouroient. Et en eulx alant ensemble sanz compaignie d'aucun, pour ce que ledit Jaquet remonstroit à sadicte femme la honte et villenie qui chascun jour pourroient pour cause de ce recevoir la lignée d'entre eulx, mesmement que icelle femme estoit petitement renommée de proudommie de son corps, sadicte femme le charga de langaige et paroles. Dont ledit Jaquet fut courrou-

cié et esmeu. Et trouva en son chemin ung baston, duquel il donna à sadicte femme deux ou trois coups. Et pour ce que sondit baston rompy, luy dorna deux coups par les cuisses, d'un petit coustel, du pris de deux deniers, que au matin en alant ausdictes nopces, luy et sadicte femme, avoient trouvé. Et ce fait, s'en ala ledit Jaquet en son hostel, cuidant que sadicte femme , après qu'elle seroit hors de son ire et courroux, s'en retournast après luy, ou qu'elle retournast aux nopces. Maiz elle ne retourna point à l'hostel. Et fîst ledit Jaquet, le lendemain trèsbien matin, lever ses diz en fans pour aler en l'ostel dudit Fillendrier. Et s'en ala ycellui Jaquet à sa besoigne, cest assavoir mener du fiens aux champs. Lesquels enfans assez tost retournèrent devers ledit Jaquet leur père, en criant et disant qu'ils avoient trouvé leur mère qui estoit morte, si comme il leur sembloit. Et lors ledit Jaquet, en grant desplaisance, laissa tout et retourna avecques sesdiz enfans. Et assez près du lieu où il l'avoit bastue, la trouvèrent morte, dont il fust moult douîant et courroucié ; la prindrent et misdrent dans la charecte dudit Jaquet, qu'il y mena, et l'amenèrent en son ostel. Duquel lieu il la garda jusques au soir, qu'il dist à ses voisins qu'il l'avoit trouvée morte de sa maladie du haultmal, que souvent elle avoit. Et la fist ensevelir et enterrer, bien et honnestement, selon son estât. Et depuis ce, c'est (sic) icelluy Jaquet toujours tenu et demouré en sondit hostel, sanz ce que dudit" cas il ait esté accusé ne poursuy. Et jusques à ce que le mercredi, vine jour de ce présent mois de juing, que ledit Jaquet se transporta au lieu du Temple de Montdoubleau, auquel lieu il trouva Jehan Rahier, sergent

de nostre très chière et très arnée cousine, laRoyne de Sicille, en la baronnie de Montdoubleau, lequel, par souspeçon dudit cas, si comme il disoit, print ledit Jaquet prisonnier. Et depuis le délivra, o la caucion et pleige de Jehan Hubert, de Jehan Violeau et de Jehan le Bloy, lesquels le pluvrent de rendre à la prochaine assise du Mans au jour de son appel, à la peine de dix livres tournois. Et aussi a promis ledit Jaquet de soy y rendre, à peine d'estre ataint dudit cas. Pour occasion desquelles choses, ledit Jaque n7ose soy tenir ne demourer en seurté en sa maison, et n'oseroit soy rendre ne comparoir en personne à ladicte assise, maiz seroit en adventure, etc....

(Suit la rémission avec cette clause : « Parmi ce qu'il fera dire trente messes pour ladicte deffuncte, et tenra prison fermée ung mois au pain et à l'eaue. j)

Paris, juin 1418.

(Arch. del'Emp. Trésor des Ch. Reg. JJ. 170, pièce 148.)

Rémission pour un marchand gainier, qui a la foire de Crèpy en Valois, s étant pris de querelle avec un religieux, au sujet de sa marchandise, tue celui-ci.

Paris, février 1390.

Charles, etc. Savoir faisons à tous présens et avenir. De la partie des amis charnelz de Jehan le Voel, povregainnier, demourant nagaires à Senliz, nous avoir esté exposé :

Que le jour de Saint Arnoul derrenièrement passé, ledit Jehan le Voel ala en Crespy en Valoys, à une

foire qui estoit audit lieu, et illec mist en vente sur un estai plusieurs gainnes, petiz couteaux, coffres et autres denrées qu'il avoit, ainsi comme marchans ont acoustumé de faire en tel cas. Auquel estai vint une damoiselle accompaignée d'un escuier, laquelle prinst etbargaigna1 un des dix coffres, ferré de laiton, que ledit Jehan lui fist x s. p., et elle en offri mi s. Sur lequel fait seurvint un religieux de l'ordre de Saint- Benoit, nommé frère Regnault Billouart, qui demanda à ladicte damoiselle qu'elle faisoit illec. Laquelle lui respondi qu'elle vouloit acheter ledit coffret et qu'elle en avoit offert et voulu donner un s. Lequel religieux dist que il n'en valoit que deux. Et ledit Jehan lui respondi que il lui cousteroit plus. Et icellui religieux dit de rechief, moult hault, qu'il ne valoit que n s. Auquel ledit Jehan dist : « Je ne sçay qui vous estes, ne se vous estes marchant, maiz se vous aviez le coffret et la ferreure, si ne le vous ferreroit on mie pour h s., et se vous estes marchant, jamaiz ne puissiez vous gaignier en marchandise plus que vous me offrez, m Et lors ledit religieux print ledit coffret et le gecta à terre et le foula aus pies. Et ledit Jehan lui dist : « Sire ! que faites vous ? que vous demandent mes denrées ? » Et tantost après ledit religieux print un autre coffre, en disant audit Jehan : « Garçon vous serez battu. » Et gecta ledit second coffret contre icellui Jehan, qui gauchi afin qu'il n'en feust féru ou blécié. Et cheut ledit coffret contre son estai et abati une tire des couteaulx d'icellui Jehan. Et incontinent après ce, ledit religieux lui dist de rechief : «Garçon,

vous serez batu avant que vous partiez de ceste ville.» A quoy ledit Jehan lui respondi : «Sire, je ne suis garçon ne que vous estes. Je vous pry laissiez moy en paix. Vous m'avez assez domagié, et se le bailli feust cv, je m'en plaignisse à lui. » Et adont print un coustel sur sondit estai, et dist doucement audit religieux : a Sire, traiez vous arrière, et ne me frappez point. Car se vous me frappez, je vous reffraperav. » Et quand icellui religieux vit qu'il nepovoit attaindre audit Jehan, il print une balle plaine desdictes gain nés et autres denrées, et les lui cuidagecter à la teste, mais tout chey à terre. Auquel religieux les bonnes gens illec présens dirent :' « Sire, vous avez tort. Que demandez vous à ce marchant? Il ne vous demande riens. » Lequel religieux respondi : « Par le sang Dieu! ilserabatuz. » Et lors se parti icellui religieux et ala quérir un bâton, et retourna tantost devers ledit Jehan, qui recueilloit ses denrées que il lui avoit abatues, et lui dist : « Par le sang Dieu ! quoy qu'il me couste, tu seras batu. » Et d'icellui bâton ledit religieux cuidant frapper ledit Jehan sur la teste, l'en assena sur le bras, que il tendi audevant, et s'esforça de le rafferrir encores. Et lors ledit Jehan, se véant ainsi féru et villené senz cause par ledit religieux, et pour reppeller la fureur et force d'icellui religieux, et pour doubte qu'il ne le tuast ou affolast, yssy de son estai, et prist et embrassa ledit religieux, et d'un petit coustel qu'il prist sur sondit estai le frappa en un seul coup ou costé, dont mort s'en estensuye en la personne d'icellui religieux. Pour lequel fait ledit Jehan, etc. . . .

(S'absente du pays. — Rémission adressée au bailli de Senlis, avec cette considération « que ledit religieux estoit homme noiseux et brigueux, et

de mauvaise vie et dissolue, et coustumier de faire ncises et rioses, si comme on dit. s

Donné à Paris, ou mois d'aoust, l'an de grâce mil un" et x et le xede nostre règne.

Par le Roy, à la relacion du Conseil,

J. DE CoNFLANS.

(Arch. de l'Emp. Très, des Ch. Reg. JJ. 139, pièce 44.)

Accapareur de sel.

Tours, 10 décembre 1408.

Charles, par la grâce de Dieu roy de France. Savoir faisons à tous présens et avenir. A nous avoir esté exposé de la partie de Jehan Galhart, charpentier, demourant à Saint-Frageoul , en la sénéschaucie de Thoulouse :

Que jà pieçà, deux marchans de sel vindrent en ladicte ville de Saint-Frageoul, pour vendre du sel. Lesquelz, un homme dudit lieu, moult convoiteux, nommé François Coulon, de fait fist descendre en son hostel, à tout leur dit sel, afin que il le vendist et adenerast aux habitans d'icellui lieu, tout à son plaisir, et plus que n'eussent fait les dis marchans. Et pour ce que icellui exposant, lors présent et véant la convoitise dudit François, qui estoit contre le bien publique, dist à icelui François que il faisoit mal de retenir les denrées toutes pour lui, que avoient amenées lesdiz marchans pour vendre aux habitans dudit lieu, etc —

(Querelle. — Coulon menace le charpentier de le dénoncer à la comtesse de Comminges comme auteur de plusieurs larrecins. — Le charh 10

pentier tire son couteau ou bazelaire et « en repellant force par force, qui est chose licite à un chascun i en porte un coup à Coulon, qui lui aussi avait un couteau à la main. — Rémission.)

Tours, 10 décembre 1408.

(Arch. de l'Emp. Très, des Ch. Reg. JJ. 163, pièce 95.)

Triste condition des marchands.

Paris, novembre 1415.

Nous avoir receuerumblesupplicacion des amis charnelz de Robert Widecoq, povre marchant de fromaiges, demourant au Gros Quesnoy, en Bray, ou diocèse de Rouen, aagiédexL ans ou environ, contenant :

Que comme à un jour de jeudi ou mois de novembre derrenier passé, environ heure de jour failli , ledit Robert s'en venoit avec aucuns autres compaignons, marchans de fromaiges, à tout ses denrées et chevaulx, pour les vendre et mener à Amiens. Et ainsi qu'il s'en venoit, il encontra à un trait d'arc loing de la Chapelle ou environ, avec ses autres compaignons, un petit homme vestu d'une robe de pers1, loquetée par dessoubz, à tout un plancon* à son col, et le salua, sans autre chose dire. Et estoit un homme derrière eulx, qui estoit de la compaignie dudit Robert, nommé Jehan Alain, marchant, auquel Jehan Alain, ledit homme loqueté demanda des nouvelles. Lequel lui

i . De drap bleu verdâtre.

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