‹ Choix de pièces inédites relatives au règne de Charles VIChapitre 66 sur 199 · Partie de débauche à Asnières sur Oise. Paris, février · texte numérisé non relu

Partie de débauche à Asnières sur Oise. Paris, février

Charles, par la grâce de Dieu roy de France. Savoir faisons à tous présens et avenir. Nous avoir reçeue l'umble supplicacion de Guillemin le Mercier, d'Asnières,povre laboureur de bras, contenant:

Comme le lundi après la Saint-Martin d'iver derrenièrement passée, environ heure de cueuvrefeu, ledit suppliant, Jehannin de Poiz le jeune, Perrot le Roy, Jehan le Pôle, fussent alezd'un commun assentiment

pour eulx esbattre en l'ostel d'une femme commune, appellée Mahault, demeurant au Liz l, lez l'abbaie de Royaulmont, en la compaignie de laquelle Maliault ilz se esbatirent et burent avecques elle du vin que l'un d'eulx avoit apporté dans une bouteille de terre. Et en buvant et eulx esbatant, icelle Maliault leur dist qu'il avoit prez et joingnant de lui 2 et en ce mesme hostel, une sienne voisine et commère, qui voulentiers s'esbattoit, combien qu'elle feust mariée à un varlet chartier, qui lors demouroit et servoit en ladicte abbaye de Royaulmont, et qu'ilz y alassent bardiement, et que elle ne les refuseroit point. Après lesquelles paroles ainsi dictes, et à l'instigacion et promocion de ladicte Maliault, ledit Jehan du Poiz se avança et entra en la chambre de ladicte voisine, laquelle il requist et pria d'amours et d'avoir sa compaignie, en la saluant amyablement. Laquelle chose elle refusa et contredit aucunement , en disant qu'il la vouloit deshonnorer. Et finablement se condescendi à sa requeste et prière, et sans grant refuz ou violence le congnust charnelment. Ettantost survint sur eulx ledit Perrot le Roy, et se retrahy ledit Jehannin de Poiz par devers ladicte Mahault, à la promocion de laquelle, ledit Perrot et les autres dessus nommez et ledit suppliant, alèrent semblablement par devers ladicte voisine, et orent sa compaingnie contre son gré et voulenté, pour ce que l'un d'eulz fisl semblant de la vouloir férir, si comme elle disoit, combien que il n'y persévéra point. Mais tantost et freschement après les choses ainsi advenues, elle ot le fait et compaignie de tous eulz pour agréable,

i. Le Lys [Oise). — 2. De lui est ici pour d'eux.

et en signe de ce et en recongnoissance de bonne amour, elle leur mist la nappe, du pain et noys pour mangier, et bailla deux pos audit Perret le Roy pour aler quérir du vin en la ville. Et burent entre eulz avecques les dictes femmes. Et depuis à greigneur confirmacion et en continuant et persévérant à leur amour, ordenèrent entre eulz, du consentement et voulenté desdictes femmes, que ledit suppliant et Jehan du Poys coucheroient icelle nuit avecques la dicte voisine. Et les autres se couchèrent avecques ladicte Mahault. Et quant vint sur le point du jour, ladicte voisine dist aux dessus dis, Jehan du Poix et suppliant, qu'il se levassent, pour la crainte et doubte dudit chartier son mary, qu'il devoit venir bien matin pour aler à Senlis pour aucunes des besongnes d'icelle église de Royaulmont. Lesquielz se levèrent, et aussi les autres deulx, et s'en alèrent en la ville de Virmes *. Et depuis ladicte voisine, environ ni ou un jours après, pour ce que la dicte Mahault lui reprouchoit le fait advenu et la réputoit estre de son estât comme femme commune , se feust complainte des dessuz nommez, et pour couvrir son honneur, par devers justice. Pour occasion de laquelle complainte, ledit suppliant s'est absentez, doubtans rigueur de justice. En nous suppliant humblement, que comme en autres choses il ait tousjours esté et soit homs de bonne vie et renommée et de honneste conversation, et senz repréhencion d'aucun austre meffait, crime ou maléfice, et aussi qu'il sont à accort à ladicte voisine, sondit mary et autres leurs amis, qui dudit suppliant se tiennent pour contens, et

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