Saint-Laurent des Auhafs, près Cosne
en fostel de la dame d'illec, où ledit suppliant demouroit. Lequel estoit couchié en son lit, et le firent lever. Et après ce qu'il fu levé et vestu, yceulx religieux lui distrent : « 11 faut que tu viengnes avec nous à l'abbaye (qui estoit prèz d'illec). Tu scez bien comme nostre abbé t'a dit de grans injures et villenies. Il s'en veult aler à Paris et emporter l'argent de l'abbaye, dont nous deussions vivre et faire faire les besognes de l'église, si comme autresfois a fait. Il faut que tu viengnes avec nous pour lui oster l'argent, afin qu'il demeure à l'abbaye. » Lesquelz finduirent et ennortèrent tèlement, que lui, qui est ainsi jeune homme, ala avec eulx audit lieu de ladicte abbaye St-Laurens. Lesquelz religieux, par chaleur et grant courroux de de ce que ledit abbé vouloit ainsi délivrer chevance et soy en aler, en les laissant despourveuz de vivres, et pour leurs neccessités avoir, rompirent deux huys, et entrèrent en la chambre dudit abbé, où il estoit couchié en son lit. Et se leva quant il les oy. Et eulx entrez en ladicte chambre, ledit frère Jehan delà Mote dit : « Abbé, vous nous avez fait moult de inaulx, créans de happer les biens de l'église et de vous en aler et de les appliquier à vostre singulier prouffit ; il est temps que vous en soiez paiez. » Alors ledit abbé se mist à deffance, et osta de fait le coutel d'icelui de la Mote, pour l'en cuider férir, ce qu'il eust fait, n'eust esté ledit suppliant, qui rompi le cop d'une espée qu'il avoil, duquel espée il féry un cop ledit abbé par la teste, tant qu'il chey à terre. Et lesdiz religieux aussi le férirent et donnèrent plusieurs cops, et lui ostèrent la somme de mic et lvj escuz, et le laissèrent illec ainsi comme pour tout mort. Et delà ledit sup-
pliant et religieux s'en alèrent à Nevers, et de Nevers à Fonmorigny1, où ils se mistrenten franchise. Et d'illec retournèrent à Nevers, en franchise, ou bourg S* Estienne, où ils sont encores. Lesquelz ont restitué audit abbé son argent, et ont fait paix et accordt à lui. Et lequel abbé leur a quictié, remis et pardonné ledit fait en tant qu'il lui touche
(Suit la rémission adressée au bailli de Sens et d'Auxerre.)
Paris, juin 1413.
(Arch. de l'Emp. Très, des Ch. Reg. coté JJ. 167, pièce 100.)
Rixe d'écoliers à Orléans.
13 novembre 1408.
Charles, etc. Savoir faisons à tous présens et avenir. Nous avoir receu l'humble supplicacion des amis charnelz Jehan Pitoyte, aagié de xxni ans ou environ, bachelier en Loys, escolierestudiant en l'Université d'Orléans, contenant :
Que comme le vendredi xxve jour d'octobre derrenier passé ou environ , ledit Pitoyte et plusieurs autres escolliers de îadicte Université , jusques au nombre de neuf ou environ, souppèrent ensemble en Iadicte ville d'Orléans, en un hostelet taverne nommée la taverne de la Brissele. Et en souppant, l'un d'eulx, du nom duquel ledit Pitoyte n'est recors, dit que Pierre Langloiz, escolier et estudiant en Iadicte Université, qui autresfoiz avoit batu, navré et villené