‹ Choix de pièces inédites relatives au règne de Charles VI [microform]Chapitre 108 sur 264 · Une pique · texte numérisé non relu

Une pique

dist qu'il u'en savoit nulles, fors qu'il venoit de Rouen et que nous estions (s/c) et aussi estoient nostre très cher et très amé filz le duc de Guienne, et nostre très cher et très amè oncle le duc de Berrv. El ce fait s'en viendrent ensemble pour gisir à Poix. Et ne sçei;t oncques ledit Robert, que ledit lioanne loqueté devint, et ne savoit qui il estoit, ne son nom, ne ne cognoissoit sa personne. Et tantost après, et environ deux trais d'arbaleste loing où il avoit encontre ledit homme vestu de pers, il vit que un petit homme vestu d'un pourpoint noir, souillié, à deux aiguillectes, à deux manches, et ses chausses avalées, et un plancon à son col, venoit moult fort à eulx, d'en hault et sur costé. Lequel adrèça audit Robert et lui dist : « Vous ne daignez parler à moy en passant parmy mes chevaulx. Je renye Dieu mon créateur, vous me donrez aucune chose. » En disant qu'il estoit un povre gentil homme qui venoit tout droit des Anglois et en estoit parti d'une lieue par de là Ardre, et qu'il avoit tout perdu, et estoit du pays de Caux. Adonc ledit Robert lui respondi, et dist qu'il navoit rien à lui donner. Et ce fait, ledit homme lui dist et demanda : (( Où est celui qui vient de Rouen? Il me fault parler à lui. « Et ledit Robert lui dist : « Le vel'i,)> ou, « il vient derrier. » Et alors ledit homme ala audit Jehan Alain et lui dist pareilles ou sem])lables paroles qu'il avoit fait audit Robert. Et en eulx en venans, parlans l'un à l'autre, entre les autres paroles ledit Alain dist : « Je ne voussaurois que dire. Je suis un povre marchant qui inaine denrées au Roy et à Nosseigneurs, comme connins, pcrdris, plouviers et autres choses, et sitost que je viens là je descharge et m'en reviens aux

autres. » Et de rechef ledit petit homme, qui estoit en son pourpoint ' , demanda audit Rohert quelle ville il trouveroit en son chemin pour lui logier le plus près. Lequel lui lespondi que il trouveroit un ^illage nommé La Chapelle, à demie lieue loing ou environ d'illec. Et ainsi qu'ils parloient, ledit Alain et lui ensemble, ledit petit homme dist audit Jehan Alain : « Ha 1 ribaut, je renye Dieu quant vous ne me dires des nouvelles. Vous avez menti. Vous ne venez mie de Rouen, puisque vous n'en savez autre chose. » Lequel Alain lui respondi : « Sauve vostre grâce, si faiz. i> Et ainsi qu'ils estoient environ l'endroit du vivier du molin de Poix, ledit petit homme prist le cheval dudit Alain par la bride, et afTusta son plancon à la poitrine dudit Alain. Et adonc ledit Alain cria «Le murdre! ayde! Ayde mes amis! Ce larron me veult desrober. « Et chey à terre ledit Alain, et aherdi le plancon - dudit petit homme. Et adonc ledit Robert, quant il oy ledit Alain crier ainsi, fuy hastiv'ement pour lui aidier. Et ainsi qu il affuyoit pour lui aidier, ledit petit homme lui gecla une pierre ou caillou, et tellement que sil ne se feust laissié {sic), il en eust eu par la poitrine. Et en lui deffendant, ledit Robert demanda audit Alain : « Baillez moi ce baston. » Lequel Alain lui bailla. Et quant il eust ledit baslon, il frappa sur ledit petit homme, à une main tant seulement, pour ce qu'il tenoit ses gans et sa verge à l'autre, et ne lui donna oncques que ung cop tant seulement. Duquel cop ledit petit homme ne

4. Le pourpoint était un habit porté communément par les ijens de guerre, et qui ici semble en déceler un. 2. Et saisit la pique.

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chey point à terre, mais demoura tout droit et siffla à la main ainsi que ung bergier, et tantost après il ala de vie à trespassement. Pour occasion duquel cas. . . .

(Rémission adressée au bailli d'Amiens.)

Paris, novembre 141o.

(Arch. de l'Emp. Trcs. des Ch. Reg. JJ. 168, pièce 419.)

Débat sur le prix de Vhuille, — Exaction de sergents,

Paris, décembre I42I.

Charles, par la grâce de Dieu rov de France. Savoir faisons à tous présens et avenir. Nous avoir esté humblement expose de la partie des parens et amis charnelz de Jehannin Garet, povre jeunes homs, de l'aage de xxn ans ou environ, sergent à verge en nostre Chastellet de Paris, disant :

Que le xiiii^ jour du mois de novembre derrenier passé, au commandement de nostre procureur oudit Chastellet, ycellui Jehannin Garet se transporta a la porte Baudoyer, à Paris, pour enquérir et savoir comment et à quel pi ix Guillaume Doulcel, chandelier et vendeur de menues denrées, demourant à ladicte porte Baudoyer, vendoit la pinte ou chopine de huile qu'il avoit en sa maison. Et en y alant, trouva et encontra en son chemin, près de ladicle porte Baudoyer, Pierre de Mireville et Guillaume le Goûteur, sergens à verge en noslredil Chastellet, lesquelz il appella et leur dist et récita le cas pour lequel il estoit là envoyé par nostredit procureur. Aussi fist il à un appelle Le

Grenetier, voisin dudil Guillaume Doulcet, pour leur aidier à advérer el ataindre le cas. Et après ce qu ilz feurent deuement informez par le moyen dudil Grenetier, que ledit Guillaume Doulcet, au moms sa femme et varlet, avoient vendu de ladicteliuile au pris de ni s. p. la pinte, combien que ledit Doulcet eust esté content et d'acord avec nostredit procureur de non vendieoultren s. vi. d. p. la pinte, jasoit ce que aux ImiUiers de ceste ville de Paris eust este par noslre prévost de Paris permis de vendre la pmte m s. p. et non plus, prindrent ledit Guillaume Doulcet et son varlet, et les menèrent pardevers nostredit procureur, ainsi quechargié avoit audit Jebannin Garet. El jasoit ce que ledit Guillaume et sa femme en leur dit liostel et depuis, par ycellui Guillaume, en le menant oudit Chastellet, et aussi par un sien voisin nomme Le\ igneron, qui lui tint compaignie, feust offert par plusieurs el diverses fois, par belles et doulces paroles, audit Jebannin Garet et à un des autres sergens dessusnommez, qu ilz voulsissent prendre de l'or et de l'argent qu ilz leur présentèrent manuelement, et par tant taire ledit cas advenu, sans les mener devers nostredit procureur, toutevoyes n'en vouldrent ilz riens recevoir, ne eulx cesser qu'ilz ne menassent devers nostredit procureur, oudit Cbastellet. Mais bien leur dirent en les menant qu'ilz leur feroient le mieulx (lu'ilz pourroient, et que qui leur feroit plaisir, qu'ilz ne retenissent pas la peine des compaignons^ A qnoy ledit Guillaume Doulcet respondi, que s'ilz povoient tant faire que ledit nostre procureur les délivrast, il leur donroit très bien a

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