LES HEURES GLAIRES
Chaque heure où je song-e à ta bonté
Si simplement profonde,
Je me confonds en prières vers toi.
Je suis venu si tard
Vers la douceur de ton regard,
Et de si loin vers tes deux mains tendues,
Tranquillement, par à travers les étendues I
J'avais en moi tant de rouille tenace Qui me rongeait, à dents rapaces, La confiance.
LEO HKUUÏS 70
J'étais si lourd, j'étais si las, J'étais si vieux de méfiance, J'étais si lourd, j'étais si las Du vain chemin de tous mes pas.
Je méritais si peu la merveilleuse joie
De voir tes pieds illuminer ma voie,
Que j'en reste tremblant encore et presque eu pleurs
Et humble, à tout jamais, en face du bonheur.
Au temps où long-uement j'avais souftert, Où les heures m'étaient des pièges, Tu m'apparus l'accueillante lumière Qui luit, aux fenêtres, l'hiver, Au fond des soirs, sur de la neige.
Ta clarté d'âme hospitalière Frôla, sans le blesser, mon cœur, Comme une main de tranquille chaleur.
Puis vint la bonne confiance,
Et la franchise et la tendresse, et l'alliance
Enfin de nos deux mains amies.
Un soir de claire entente et de douce accalmie.
Depuis, bien que l'été ait succédé au gel.
En nous-mêmes, et sous le ciel,
Dont les flammes éternisées
Pavoisent d'or tous les chemins de nos pensées.
Et que l'amour soit devenu la fleur immense
Naissant du fier désir
Qui sans cesse, pour mieux encor grandir,
En notre cœur se recommence,
Je regarde toujours la petite lumière
Qui me fut douce, la pjemière.
Dis-moi, ma simple et ma tranquille amie, Dis, combien l'absence, même d'un jour, Attriste et attise l'amour Et le réveille, en ses brûlures endormies?
Je m'en vais au-devant de ceux
Qui reviennent des lointains merveilleux
Où, dès l'aube, tu es allée ;
Je m'assieds sous un arbre, au détour de l'allée,
Et, sur la route, épiant leur venue,
Je reg-arde et reg-arde, avec ferveur, leurs yeux
Encor clairs de t'avoir vue.
Et je voudrais baiser leurs doigts qui t'ont touchée. Et leur crier des mots qu'ils ne comprendraient pas, Et j'écoute long-temps se cadencer leurs pas Vers l'ombre où les vieux soirs tiennent la nuit penchée.
S'il arrive jamais
Que nous soyons, sans le savoir.
Souffrance ou peine ou désespoir
L'un pour l'autre ; s'il se faisait
Que la fatig-ue ou le banal plaisir
Détendissent en nous l'arc d'or du haut désir ;
Si le cristal de la pure pensée
Doit en nos cœurs tomber et se briser;
Si, malg-ré tout, je me sentais
Vaincu pour n'avoir pas été
Assez en proie à la divine immensité
De la bonté;
LES HEURES 77
Alors, oh ! serrons-nous comme deux fous sublimes Qui, sous les cieux cassés, se cramponnent aux cimes Quand même — et, d'un unique essor.
L'âme en soleil, s'exaltent dans la mort.