‹ Choix de poèmes;Chapitre 34 sur 95 · LES HEURES GLAIRES · texte numérisé non relu

LES HEURES GLAIRES

Chaque heure où je song-e à ta bonté

Si simplement profonde,

Je me confonds en prières vers toi.

Je suis venu si tard

Vers la douceur de ton regard,

Et de si loin vers tes deux mains tendues,

Tranquillement, par à travers les étendues I

J'avais en moi tant de rouille tenace Qui me rongeait, à dents rapaces, La confiance.

LEO HKUUÏS 70

J'étais si lourd, j'étais si las, J'étais si vieux de méfiance, J'étais si lourd, j'étais si las Du vain chemin de tous mes pas.

Je méritais si peu la merveilleuse joie

De voir tes pieds illuminer ma voie,

Que j'en reste tremblant encore et presque eu pleurs

Et humble, à tout jamais, en face du bonheur.

Au temps où long-uement j'avais souftert, Où les heures m'étaient des pièges, Tu m'apparus l'accueillante lumière Qui luit, aux fenêtres, l'hiver, Au fond des soirs, sur de la neige.

Ta clarté d'âme hospitalière Frôla, sans le blesser, mon cœur, Comme une main de tranquille chaleur.

Puis vint la bonne confiance,

Et la franchise et la tendresse, et l'alliance

Enfin de nos deux mains amies.

Un soir de claire entente et de douce accalmie.

Depuis, bien que l'été ait succédé au gel.

En nous-mêmes, et sous le ciel,

Dont les flammes éternisées

Pavoisent d'or tous les chemins de nos pensées.

Et que l'amour soit devenu la fleur immense

Naissant du fier désir

Qui sans cesse, pour mieux encor grandir,

En notre cœur se recommence,

Je regarde toujours la petite lumière

Qui me fut douce, la pjemière.

Dis-moi, ma simple et ma tranquille amie, Dis, combien l'absence, même d'un jour, Attriste et attise l'amour Et le réveille, en ses brûlures endormies?

Je m'en vais au-devant de ceux

Qui reviennent des lointains merveilleux

Où, dès l'aube, tu es allée ;

Je m'assieds sous un arbre, au détour de l'allée,

Et, sur la route, épiant leur venue,

Je reg-arde et reg-arde, avec ferveur, leurs yeux

Encor clairs de t'avoir vue.

Et je voudrais baiser leurs doigts qui t'ont touchée. Et leur crier des mots qu'ils ne comprendraient pas, Et j'écoute long-temps se cadencer leurs pas Vers l'ombre où les vieux soirs tiennent la nuit penchée.

S'il arrive jamais

Que nous soyons, sans le savoir.

Souffrance ou peine ou désespoir

L'un pour l'autre ; s'il se faisait

Que la fatig-ue ou le banal plaisir

Détendissent en nous l'arc d'or du haut désir ;

Si le cristal de la pure pensée

Doit en nos cœurs tomber et se briser;

Si, malg-ré tout, je me sentais

Vaincu pour n'avoir pas été

Assez en proie à la divine immensité

De la bonté;

LES HEURES 77

Alors, oh ! serrons-nous comme deux fous sublimes Qui, sous les cieux cassés, se cramponnent aux cimes Quand même — et, d'un unique essor.

L'âme en soleil, s'exaltent dans la mort.

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