‹ Choix de poèmes;Chapitre 38 sur 95 · LES YISAGES DE LÀ V«É · texte numérisé non relu

LES YISAGES DE LÀ V«É

(»899) An poêle Francis Vielé-dri/fin.

LA {"OÙLE

En ces villes d'ombre et d'ébène

D'où s'élèvent des feux prodigieux ;

En ces villes, où se démènent,

Avec leurs chants, leurs cris et leurs blaspfièôies,

A g-rande houle, les foules ;

En ces villes soudain terrifiées

De révolte sanglante et de nocturne effroi,

Je sens bondir et s'exalter en moi

Et s'épandre, soudain, mon cœur multiplié.

La fièvre, avec de frémissantes mains,

La fièvre au cours de la folie et de la haine

M'entraîne

Et me roule, comme un caillou, par les cheiUlns.

Tout calcul tombe et se supprime,

Le cœur s'élance ou vers la gloire ou vers le crime ;

Et tout à coup je m'apparais celui

Qui s'est, hors de soi-même, enfui

Vers le sauvage appel des forces unanimes.

Soit rage, ou bien amour, ou bien démence,

Tout passe en vol de foudre, au fond des conscienc*'»;

Tout se devine, avant qu'on ait senti

Le clou d'un but certain entrer dans son esprit.

Des gens bagards courent avec des torches. Une rumeur de mer s'engoufiFre, au fond des porebes, Murs, enseignes, maisons, palais et gares, Dans le soir fou, devant mes yeux, s'effarent; Sur les places, les poteaux d'or de la lumière Tendent, vers les cieux noirs, des feux qui s'exaspèrent "Un cadran luit, couleur de sang, au front détours; Qu'un tribun parle, au coin d'un carrefour, Avant que l'on saisisse un sens dans ses paroles. Déjà l'on sait son geste — et c'est avec fureur ^ Qu'on outrage le front laurc d'un empereur Et qu'on brise l'autel d'où s'impose l'idole.

La nuit est fourmillante et terrible de bruit; Une électrique ardeur brûle dans l'atmosphère; Les cœurs sont à prendre ; l'âme se serre En une angoisse énorme et se délivre en cris; On sent qu'un même instant est maître D'épanouir ou d'écraser ce qui va naître ; Le peuple est à celui que le destin Dota d'assez puissantes mains Pour manœuvrer la foudre et les tonnerres Et dévoiler, parmi tant de lueurs contraires, L'astre nouveau que chaque ère nouvelle Choisit pour aimanter la vie universelle.

Oh ! dis, sens-tu qu'elle est belle et profonde,

Mon cœur.

Cette heure

Qui sonne et chante au cœur du monde?

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