LES HEURES DU SOIR
Mets ta chaise près de la mienne
Et tends les mains vers le fojer
Pour que je voie entre tes doigts
La flamme ancienne
Flamboyer ;
Et regarde le feu
Tranquillement, avec tes yeux
Qui n'ont peur d'aucune lumière,
Pour qu'ils me soient encore plus francs
Quand un rayon rapide et fulgurant
Jusques au fond de toi les frappe et les éclaire.
Oh I que nptre heure est belle et jeune encor
Quand l'horloge résonne avec son timbre d'or
Et que me rapprochant je te frôle et te touche
Et qu'uiie lente et douce fièvre
Que nul de nous ne désire apaiser
Conduit le sûr et merveilleux baiser
Des mains jusques au front, et du front jusqu'aux lèyres.
Gomme je t'ainie alors, riia claire blén-âimée, Dans ta chair acctïèillaute et doucëriiën^ pâhaée
LES HEURES Si
Qui m'entoure k son tour et me fotti} dans sa joie F Tout me devient plus cher, et ta bouche et tes bras Et tes seins bienveillants on mon pauvre front las Après l'instant de plaisir fou que ttï m'oetroi-es Tranquillement, près de ton cœur, reposera.
Car je t'atme cmcor mietrx apré« Pheure charnelle Quand ta bonté encor plus srtre et maternelle Fait succéder le repos tendre â l'àpre ardeur Et qu'après le désir criant sa violence J'enteods se rapprocher le rég'ulier bonheur Avec des pas si doux qu'ils ne sont que silence.
Avec le même amour que lu me fus, jadis Un jardin de splendeur dont les mouvants taillis Ombraient les longs g'azons et les roses dociles, Tu m'es en ces temps noirs un calme et sûr asile.
Tout s'y concentre et ta ferveur e1 ta clarté Et tes gestes groupant les fleurs de ta bonté; Mais tout y est serré dans une paix profonde Contre les vents aigus trouant l'hiver du monde.
Mon bonheur s'y réchauffe en tes bras repliés; Tes jolis mots naïfs, joyeux et familiers Chantent toujours aussi charmants à mon oreille Qu'aux temps des lilas blancs ou des rouges groseilles.
Ta bonne humeur allègre et claire, oh ! je la sens Triompher jour à jour de la douleur des ans, Et tu souris toi-même aux fils d'argent qui glissent Leur onduleux réseau parmi tes cheveux lisses.
Quand ta tête s'incline à mon baiser profond, Que m'importe que des ridés marquent ton front Et que les mains se sillonnent de veines dures Alors que je les tiens entre mes deux mains sûres !
Tu ne te plains jamais et tu crois fermement Que rien de vrai ne meurt quand on s'aime dûment, Et que le feu vivant dont se nourrit notre âme Consume jusqu'au deuil pour en grandir sa flamme.
Non, mon âme jamais de toi ne s'est lassée !
Au temps de juin, jadis, tu me disais : « Si je savais, ami, si je savais Que ma présence, un jour, dût te peser, Avec mon pauvre cœur et ma triste pensée Vers n'importe où je partirais. «
Et doucement ton front montait vers mon baiser.
Et tu disais encor :
((. On se déprend de tout et la vie est si pleine !
Et n'importe qu'elle soit d'or,
La chaîne
Qui lie au même anneau d'un port
Nos 4eux barques humaines. »
Et doucement tes pleurs me laissaient voir ta peine.
Et tu disais
Et tu disais encor :
« Quittons-nous,quittons-uous,avant les jours mauvais,
LES MEURES 85
Notre existence fut trop haute
Pour se traîner banalement, de faute en faute ».
Et tu fuyais et tu fuyais
Et mes deux mains éperdument te retenaient.
Non, mon âme jamais de toi ne s'est lassée.
Avec mes vieilles mains de ton front rapprochées J'écarte tes cheveux et je baise, ce soir, Pendant ton bref sommeil au bord de l'âtre noir La ferveur de tes yeux sous tes longs cils cachée.
Oh 1 la bonne tendresse en cette fin de jour ! Mes yeux suivent les ans dont l'existence est faite Et tout à coup ta vie y paraît si parfaite Qu'un émouvant respect attendrit mon amour.
Et comme au temps où tu m'étais la fiancée. L'ardeur me vient encor de tomber à genoux Et de toucher la place où bat ton cœur si doux Avec des doigts aussi chastes que mes pensées.
Oh ! tes si douces mains et leur lente caresse Se nouant à mon cou et glissant sur mon torse Quand je te dis, au soir tombant, combien ma force S'alourdit, jour à jour, du plomb de ma faiblesse !
Tu ne veux pas que je devienne ombre et ruine Comme ceux qui s'en vont du côté des ténèbres, Fût-ce avec un laurier entre leurs mains funèbres Et la gloire endormie en leur creuse poitrine.
Oh ! que la loi du temps m'est par toi adoucie Et que m'est g-énéreux et consolant ton songe; Pour la première fois tu berces d'un mensong-e Mon cœur qui t'en excuse et qui t'en remercie,
Mais qui sait bien pourtant que toute ardeur est vaine Contre tout ce qui est et tout ce qui doit être, Et qu'un profond bonheur se rencontre peut-être A tinir en tes yeux ma belle vie humaine.
Lorsque tu fermeras mes yeux à la lumière. Baise-les longuement, car ils t'auront donné Tout ce qui peut tenir d'amour passionné Dans le dernier regard de leur ferveur dcfruière.
Sous l'immobile éclat du funèbre flambeau. Penche vers letif adieu fort triste et beau visage? Pour que s'imprime et dure en ettx la setde imagêf Qu'ils garderont dans le tombeau.
Et que je sente, avant que le cercueil se cloue, Sur le lit pur et blanc se rejoindre nos main;? Et que près de mon front siir les pâles coussins Une suprême fois se repose ta joue.
Et qu'après je m'en aille au loin avec mon cœur, Qui te conservera une flamme si forte Que même à travers la terre compacte et morte Les autres morts en sentii^ont l'ardeur !