‹ Choix de poèmes;Chapitre 46 sur 95 · LE CLOITRE IO · texte numérisé non relu

LE CLOITRE IO

Je veux qu'on me crache à la face ;

Qu'on me coupe ces mains qui ont tué;

Qu'on m'arrache ce manteau blanc prostitué;

Qu'on appelle, qu'on ameute la populace.

Je m'offre aux poing-s qui frapperont

Et aux pierres qui blesseront,

De leur rage, mon front.

Je demande que l'on accable

Ce corps charg-é de sa faute implacable

Et qu'on en jette, après mon supplice fervent,

La loque humaine aux quatre vents !

Les moines sont parvenus à enfoncer la porte et saisir Dom Balthazar. Ils l'amèocnt et le jettent à genoux devant le Prieur: aussitôt celui-ci s'adressant à la foule:

LE PRIEUR

Sortez tous !

Des moines poussent la foule vers la porte du temple.

Balthazar appartient à la foudre divine !

LE PRIEUR (parlant devant les moines seuls.) 0 moine Balthazar, Tu t'es moqué de Jésus-Christ, Qui veut le repentir dans le silence.

Tu as rompu, avec tes bonds de violence, La règle sainte et le claustrai esprit; La vie humble en ton cœur s'est défleurie ; Tu es aveug-ie et sourd, ainsi qu'un bloc de fer, Puisque tu n'as pas vu en quelle ivrognerie D'âme, tu viens de te traîner vers ton enfer.

DOM BALTHAZAR Mon Dieu 1 Mon Dieu !

LE PRIEUR Le sang dont tu couvris ton père Couvre à présent, de ses taches roug-es, nos murs, Tu es la bête et tu voulus que ton repaire Fût parmi nous, pour que nos murs fussent impurs !

DOM BALTHAZAR Mon Dieu ! Mon Dieu I Mon Dieu !

LE PRIEUR

Ecoute :

Je t'avais désigné pour être, à mon départ, Vers Jésus-Christ, là-haut, celui qui, dans la route, Marcherait après moi et reprendrait ma part D'efiforts et de soucis et de traverses g-raves. Dieu m'a désaveug-lé et c'est là ma leçon. Il a brisé devant mes yeux, comme une épave, Le fier et blanc vaisseau, chargé de cargaisons De myrrhe et d'encens pur, que tu me semblais être. Les vents de ta fureur ont séché sur ton front L'huile sainte dont se baignent nos fronts de prêtre.

DOM BALTHAZAR Mon Dieu!

LE PRIEUR Tu m'apparais plus nettement damné Que si l'on te donnait du feu pour sépulture. Jamais le souvenir de ton crime effréné Ne calmera ces cris; jamais prière en flamme Ne descendra vers ton effroi.

Tu es le dernier mort, tu es la dernière âme Pour qui, jamais, avec ferveur et foi.

Une messe sera chantée ; et cette crosse

Il menace.

Que tu rêvas de soulever d'un poing viril, Tiens I Tiens!

LE GLOItRE 109

Il l'appuie contre Balthazar.

Ta chair la sentira rude et féroce Non comme un spectre ardent, mais comme un bâton vil.

DOM BALTHAZAR

Frappez! Frappez! Frappez, mon Pèrel

LE PRIEUR [défaillant, il est soutenu par les moines.)

Impie! impie! impie!

11 laisse lomber sans le savoir la crosse de ses mains.

UN MOINE (menaçant Balthazar.)

Bourreau du Christ!

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