‹ Choix de poèmes;Chapitre 56 sur 95 · UN TOIT, LA-BAS · texte numérisé non relu

UN TOIT, LA-BAS

Oh la maison perdue, au fond du vieil hiver, Dans les dunes de Flandre et les vents de la mer!

Une lampe de cuivre éclaire un coin de chambre ; Et c'est le soir et c'est la nuit et c'est novembre.

Dès quatre heures, on a fermé les lourds volets; Le mur est quadrille par l'ombre des filets ;

Autour du foyer pauvre et sous le plafond, rôde L'odeur du g'oémon, de l'alg-ue et de l'iode.

Le père, après deux jours de lutte avec le flot, Est revenu du large et repose, là-haut;

La mère allaite et la flamme qui diminue N'éclaire plus la paix de sa poitrine nue.

Et lent, et s'assevant sur l'escabeau boitant. Le morne aïeul a pris sa pipe, et l'on n'entend

Dans lelog-is, où chacun vit à l'étoufiFée,

Que ce vieillard qui fume à pesantes bouftées.

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Mais au dehors,

La meute innombrable des vents

Aboie autour des seuils et des auvents ;

Ils viennent, d'au delà des vagues effarées,

Dieu sait pour quelle atroce et nocturne curée;

L'horizon est battu par leur course et leur vol,

Ils saccag-ent la dune, ils dépècent le sol;

Leurs dents âpres et volontaires

Rag-ent et s'acharnent si fort

Qu'elles mordraient, jusqu'au fond de la terre,

Les morts.

Hélas, sous les cieux fous, la pauvre vie humaine Abritant près des flots son ang'oisse et sa peine !

La mère et les enfants et, dans son coin, l'aïeul, Bloc du passé, debout encor, mais vivant seul,

Et récitant, à bras lassés, chaque antienne. Cahin-caha, des besog-nes quotidiennes.

Hélas! la pauvre vie au fond du vieil hiver, Lorsque la dune crie et hurle avec la mer.

Et que la femme écoule, auprès du feu sans flamme, On ne sait quoi de triste et de pauvre en son âme,

Et que ses bras fiévreux et affolés de peur Serrent l'enfant pour le blottir jusqu'en son cœur,

Et qu'elle pleure et qu'elle attend et que la chambre Est comme un nid tordu dans le poing- de Novembre!

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