LA LOUANGE DU CORPS HUMAIN
Dans la clailé plénière et ses rayons soudains Brûlant, jusques au cœur, les ramures profondes, Femmes dont les corps nus brillent en ces jardins, Vous ôtes des frag-ments magnifiques du monde.
Au long- des buis ombreux et des hauts escaliers. Quand vous passez, joyeusement entrelacées. Votre ronde simule un mouvant espalier Chargé de fruits pendus à ses branches tressées.
Si dans la paix et la grandeur des midis clairs L'une de vous, soudain, s'arrête et plus ne boug^e, Elle apparaît debout comme un tyrse de chair Où flotterait le pampi-e en feu de ses crins roug-es.
Lasses, quand vous dormez dans la douce chaleur, Votre g-roupe est semblable à des barques remplies D'une larg'e moisson de soleil et de fleurs Qu'assemblerait l'étang- sur ses berg-es pâlipu.
l54 CHOIX DE POÈMES
Et dans vos g-estes blancs, sous les grands arbres verts, Et dans vos jeux noués, sous des grappes de roses, Coulent le rythme épars dans l'immense univers Et la sève tranquille et puissante des choses.
Vos os minces et durs sont de blancs minéraux Solidement dressés en noble architecture ; L'âme de flamme et d'or qui brûle en vos cerveaux N'est qu'un aspect complexe et fin de la nature.
Il est vous-même, avec son calme et sa douceur, Le beau jardin qui vous prête ses abris d'ombre ; Et le rosier des purs étés est votre cœur, Et vos lèvres de feu sont ses roses sans nombre.
Magnifiez-vous donc et comprenez-vous mieux ! Si vous voulez savoir où la clarté réside, Croyez que l'or vibrant et les astres des cieux Songent, sous votre front, avec leurs feux lucides.
Tout est simiilitude, image, attrait, lien ; Ainsi que les joyaux d'un boug-eant diadème. Tout se pénètre et se mire, ô femmes, si bien Qu'en vous et hors de vous, tout est vous-mêmes.