POLLUX ET HÉLÈNE
POLLUX
Je t'apporte, ma sœur, la joie et la victoire ;
Ton deuil va s'absorber dans les feux de ma gloire;
Tu ne cesseras point d'être reine un seul jour
Et le peuple qu'on g-uide et qui sait, tour à tour,
A chacun de ses rois que les destins désig'uent
Donner sa confiance et son amour insig'nes.
Te maintient sur le trône et m'y range avec toi :
Tu demeures la reine et je deviens le roi.
Ce pays où sont nés notre mère et Tyndare,
Pour ses enfants divins tout à coup se déclare
HÉLÈME DB SPARTE 189
Et si les Dieux, un jour, veulent superbement Que nous brûlions, tels deux astres, au firmament, Préparons-nous tous deux, en dominant la terre, A ce règne éternel dans l'ombre autoritaire.
HÉLÈNE O Ménélas, ton nom est oublié déjà !
POLLUX Laissons, laissons les morts dormir. La vie est là, Mag-nifique, soudaine, impatiente et belle ; Elle te fut, jusqu'aujourd'hui, rude et rebelle. Mais, pour tout l'avenir, je te la dompterais...
HÉLÈNE Trop tard, trop tard !
POLLUX Non, non, il n'est pas trop tard jamais, La fortune se lève et suit mon char qui passe N'importe en quels chemins du frémissant espace : Mes plus vag-ues désirs deviennent de la chair Réelle et prennent corps et se meuvent dans l'air. Je viens et l'on m'écoute, et tous mes stratagèmes. Que je les voile ou non, réussissent quand même ; J'apaise, quand je veux, la haine ou la fureur. Et mes gestes distraits façonnent le bonheur.
HÉLÈNE 0 la folie humaine !
POLLUX
O la puissance vraie !
L'orgueil est le froment; le désespoir, l'ivraie; Dans Sparte, à l'Agora, tout le peuple t'attend, Les yeux conquis, les bras levés, le cœur battant, Les pères et les fils, les filles et les mères Jettent vers toi leurs cris, leurs vœux et leurs prières;
igo CHOIX de poèmbs
Leur unanime ardeur m'a dépêché vers toi. Viens entendre l'amour qui halète en leur voix, Viens te brûler dans ton triomphe et dans leur âme ; C'est moi qu'ils ont nommé, mais c'est toi qu'ilsacclament.
HÉLÈNE Pourquoi connaître encor ce que j'ai trop connu?
POLLUX La terre entière exulte et baise tes pieds nus Avec la bouéhe en feu de ses foules ardentes ; Laisse apaiser enfin tes ang"oisses g-rondantes, Renais : l'heure est unique et je me sens au cœur Tant de force assurée et de pouvoir vainqueur Qu'il n est rien pour nous deux, au monde, que jecraigrne. Je tiens le sort en main : je suis maître et je règ-ne.