‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 101 sur 135 · POÈTE ET JURISCONSULTE EXCELLENT · texte numérisé non relu

POÈTE ET JURISCONSULTE EXCELLENT

3e nos jeunes prélats, qui n'ont point de souci 3e leur pauvre troupeau dont ils prennent la laine, / Et quelquefois le cuir; qui tous vivent sans peine, / Sans prêcher, sans prier, sans bon exemple d'eux, Parfamés, découpés, courtisans, amoureux, Veneurs, et fauconniers, et avec la paillarde « Perdent les biens de Dieu, dont ils n'ont que la garde ?

Que dirait-il de voir l'Église à Jésus-Christ, Qui fut jadis fondée en humblesse d'esprit, En toute patience, en toute obéissance, Sans argent, sans crédit, sans force, ni puissance, Pauvre, nue, exilée, ayant jusques aux os Les verges et les fouets imprimés sur le dos, Et la voir aujourd'hui riche, grasse et hautaine, Toute pleine d'écus, de rente et de domaine? Ses ministres enflés, et ses papes encor Pompeusement vêtus de soie et de drap d'or? Il se repentirait d'avoir souffert pour elle Tant de coups de bâton, tant de peine cruelle, Tant de bannissements, et, voyant tel méchef, Prierait qu'un trait de feu lui accablât le chef.

Il faut donc corriger de notre sainte Église \ Cent mille abus commis par l'avare prêtrise, | De peur que le courroux du Seigneur tout-puissant N'aille d'un juste feu nos fautes punissant.

1 Paillarde : fille de mauvaise vie. j

426 DISCOUAS A G. DES AUTELS

Quelle fureur nouvelle a corrompu notre aise ? \

Las ! des Luthériens Ja cause est très-mauvaise, *

Et ia dérendent bien : et, par malheur fatal, La notre est bonne et sainte, et la défendons mal.

REMONTRANCE -y

O Ciel ! ô mer! ô terre! ô Dieu, père commun Des juifs et des chrétiens, des Turcs, et d'un chacun ! Qui nourris aussi bien par ta bonté publique Ceux du pôle antarctiq' que ceux du pôle arctique : Qui donnes et raison et vie et mouvement Sans respect1 de personne à tous également : Et fois du ciel là haut sur les têtes humaines Tomber, comme il te plaît, les grâces et les peines!

O Seigneur tout puissant, qui as toujours été ""^ Vers toutes nations plein de toute bonté, De quoi te sert là haut le trait de ton tonnerre, Si d'un éclat de feu tu n'en brûles la terre? Es-tu dedans un trône assis sans faire rien? Il ne faut point douter que tu ne saches bien Cela que contre toi brassent' tes créatures ; Et toutefois, Seigneur, tu le vois et l'endures ! ^

Ne vois- tu pas du ciel ces petits animaux, Lesquels ne sont vêtus que de petites peaux Ces petits animaux qu'on appelle les hommes, Qu'ainsi que bulles d'eau tu crèves et consommes Que les doctes romains et les doctes grégeois Nomment songe, fumée, et feuillage des bois, Qui n'ont jamais ici la vérité connue Que je ne sais comment par songes et par nue ?

1 Sans respect : sans considération. * Bratient : trament , faoriqueat,

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