‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 102 sur 135 · REMONTRANCE · texte numérisé non relu

REMONTRANCE

Et toutefois, Seigneur, ils font les empêchés, Comme si tes secrets ne leur étaient cachés, Braves entrepreneurs et discoureurs des choses Qui aux entendements de tous hommes sont closes, Qui par longue dispute et curieux propos Ne te laissent jouir du bien de ton repos ; Qui de tes sacrements effacent la mémoire ; Qui disputent en vain de cela qu'il faut croire; Qui font trouver ton fils imposteur et menteur •. Ne les puniras-tu, souverain Créateur ? v

Tiendras-tu leur parti ? veux-tu que l'on t'appelle f* Le Seigneur des larrons, et le Dieu de querelle? Ta nature y répugne, aussi tu as le nom De doux, de pacifiq', de clément et de bon, Et ce monde accordant, ton ouvrage admirable, Nous montre que l'accord t'est toujours agréable. Mais quel serait le Turc, le Juif, le Sarrasin, Qui, voyant les erreurs du chrétien son voisin, Se voudrait baptiser, le voyant d'heure en heure Changer d'opinion, et jamais ne s'asseure * ? Le connaissant léger, mutin, séditieux, Et trahir en un jour la foi de ses aïeux? Volontaire, inconstant, qui au propos chancelle Du premier qui lui chante une chanson nouvelle? Le voyant Manichée, et tantôt Arien,

Tantôt Calvinien, tantôt Luthérien, Suivre son propre avis, non celui de l'Église? Un vrai jonc d'un étang, le jouet de la bise, | Ou quelque girouette inconstante, et suivant Sur le haut d'une tour la volonté du vent? Et qui serait le Turc lequel aurait envie De se faire chrétien, en voyant telle vie ?

1 Et jamais il n'est ferme dans ses croyances.

Certes si je n'avais une certaine foi

ne Dieu par son esprit de grâce a mise en moi,

oyant la chrétienté n'être plus que risée,

aurais honte d'avoir la tête baptisée :

3 me repentirais d'avoir été chrétien,

t comme les premiers je deviendrais païen, k

La nuit, j'adorerais les rayons de la lune, ai matin, le soleil, la lumière commune, /œil du monde ; et si Dieu au cher1 porte des yeux, ..es rayons du soleil sont les siens radieux, Jui donnent vie à tous, nous conservent et gardent, Lt les faits des humains en ce monde regardent.

J'adorerais Cérès, qui les blés nous apporte, Et Bacchus, qui le cœur des hommes réconforte, Neptune le séjour des vents et des vaisseaux, Les Faunes et les Pans et les Nymphes des eaux, Et la Terre hôpital * de toute créature, Et ces dieux que l'on feint ministres de Nature. * Mais l'Evangile saint du Sauveur Jésus-Christ M'a fermement gravée une foi dans l'esprit, Que je ne veux changer pour une autre nouvelle, Et dussé-je endurer une mort très-cruelle.

De tant de nouveautés je ne suis curieux, II me plaît d'imiter le train de mes aïeux : Je crois qu'en paradis ils vivent à leur aise, Encor qu'ils n'aient suivi ni Calvin ni de Bèze.

Dieu n'est pas un menteur, abuseur ni trompeur : De sa sainte promesse il ne faut avoir peur : Ce n'est que vérité, et sa vive parole, N'est pas comme la nôtre incertaine et frivole.

1 Au chef : à la tête. * Hôpital : abri , asile.

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L'homme qui croit en moi, dit-il, sera sauvé ; Nous croyons tous en toi, notre chef tôt lavé, En ton nom, ♦ Jésus, et, dès notre jeunesse, Par foi nous espérons en ta sainte promesse.

Et toutefois, Seigneur, par un mauvais destin, Je ne sais quel ivrogoe,apostat augustin ' , Nous prêche le contraire, et tellement il ose, Qu'à toi, la vérité, son mensonge il oppose.

Le soir que tu donnais à ta suite * ton corps, Personne d'un couteau ne te pressait alors Pour te faire mentir, et pour dire au contraire De ce que tu avais délibéré de faire:

Tu as dit simplement d'un parler net et franc, Prenant le pain et vin : Cest ci mon corps et sang, Non signe de mon corps ; toutefois ces ministres, Ces nouveaux défroqués, apostats et bélistres, Démentent ton parler, disant que tu révais, Et que tu n'entendais les mots que tu disais.

Ils nous veulent montrer par raison naturelle Que ton corps n'est jamais qu'à la dextre éternelle De ton père là haut, et veulent Rattacher Ainsi qu'un Prométhée au faîte d'un rocher;

Ils nous veulent prouver par la philosophie Qu'un corps n'est en deux lieux, aussi je ne leur uie : Car tout corps n'a qu'un lieu, mais le tien, ô Seigneur, Qui n'est que majesté, que puissance et qu'honneur, Divin, glorifié, n'est pas comme les nôtres.

Celui * à porte close alla voir les Apôtres, Cekii, sans rien easser, sortit hors du tombeau,

> Luther, qui appartenait a l'ordre ' Ta suite : tes apôtres, des Augustin*. 3 Celui : ce corps.

lui, sans pesanteur d'os, de chair ni de peau, >nta dedans le ciel : si ta vertu féconde, ris matière apprêtée, a bâti tout ce monde, Xu es tout divin, tout saint, tout glorieux, & peux communiquer ton corps en divers lieux. & serais impuissant, si tu n'avais puissance accomplir tout cela que ta majesté pense.

Mais quel plaisir prends* tu pour troubler ton repos, "ouïr l'humain caquet tenir tant de propos? 'ouïr ces prédicants qui, par nouveaux passages, n Rattachant au ciel, montrent qu'ils ne sont sages ? >ui pipent1 le vulgaire, et disputent de toi, It rappellent toujours en doute notre foi ?

Il fait bon disputer des choses naturelles, >es foudres et des vents, des neiges et des grêles, *X non pas de la foi, dont il ne faut douter : feulement, il faut croire, et non en disputer.

Tout homme curieux lequel voudra s'enquerre * De quoi Dieu fit le ciel, les ondes et la terre, Du serpent qui parla, de la pomme d'Adam « D'une femme en du sel 3, de Fane à Balaam, Des miracles de Moïse* et de toutes les choses Qui sont dedans la Bible étrangement encloses, 11 y perdra l'esprit : car Dieu, qui est caché, Ne veut que son secret soit ainsi recherché.

Bref, nous sommes mortels, et les choses divines / Ne se peuvent loger en nos faibles poitrines *, /

Et de sa prescience en vain nous devisons : Car il n'est pas sujet à nos sottes raisons.

1 Pipent: trompent. statue de ael, après l'incendie deSo-

3 S'enquerre : s'enquérir* dôme.

3 \m femme de Loto, changée en 4 Poitrines : cœurs, intelligences.

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L'entendement humain, tant soit-il admirable,

Du moindre fait de Dieu, sans grâce1, n'est capable.

Mais comment pourrait l'homme, avec ses petits yeux, Connaître clairement les mystères des cieux ? Quand nous ne savons pas régir nos républiques, Ni même gouverner nos choses domestiques .J Quand nous ne connaissons la moindre herbe des prés? Quand nous ne voyons pas ce qui est à nos pieds ?

Toutefois les docteurs de ces sectes nouvelles, Gomme si l'esprit saint avait usé. ses ailes A s'appuyer sur eux, comme s'ils avaient eu Du ciel dru et menu mille langues de feu, Et comme s'ils avaient (ainsi que dit la fable De Minos ) banqueté des hauts dieux à la table -. Sans que honte et vergogne en leur cœur trouvent lieu, Parlent profondément des mystères de Dieu : ; Ils sont ses conseillers, ils sont ses secrétaires, Ils savent ses avis, ils savent ses affaires, Us ont la clef du ciel et y entrent tout seuls, Ou qui veut y entrer, il faut parler à eux. Les autres ne sont rien sinon que grosses bêtes, Gros chaperons fourrés, grasses et lourdes têtes : Saint Ambrois, saint Hiérôme, et les autres docteurs N'étaient que des rêveurs, des faux et des menteurs : Avec eux seulement le Saint-Esprit se treuve, Et du saint Évangile ils ont trouvé la feuve 5.

O pauvres abusés ! mille sont dans Paris, Lesquels sont dès jeunesse aux études nourris, Qui de contre une natte, étudiants, attachent Mélancoliquement la pituite qu'ils crachent,

» Sans la gr&cc de Dien. * La feuve : la fève, poar If j«^-

ssquels vous apprendriez eu diverses façons, Acore dix bons ans, mille et mille leçons.

11 ne faut se ruser de longue expérience, >ur être exactement docte en votre science : ss barbiers, les maçons en un jour y sont clercs, int vos mystères saints sont cachés et couverts!

Il faut tant seulement avecque hardiesse étester le papat1, parler contre la messe, tre sobre en propos, barbe longue, et le front e rides labouré, l'œil farouche et profond, es cheveux mal peignés, le sourcil qui s'avale,] e maintien refrogné, le visage tout pâle, '

e montrer rarement, composer maint écrit, arler* de FÉternel, du Seigneur et de Christ, .voir d'un grand manteau les épaules couvertes, îref être bon brigand, et ne jurer que certes \ j

Il faut pour rendre aussi les peuples étonnés , >iscourir de Jacob et des prédestinés, Lvoir saint Paul en bouche, et le prendre à la lettre lux femmes, aux enfants l'Évangile permettre, jes œuvres mépriser, et haut louer la foi : foilà tout le savoir de votre belle loi.

J'ai autrefois goûté, quand j'étais jeune d'âge, )u miel empoisonné de votre doux breuvage ; dais quelque bon démon m'ayant ouï crier, Want que l'avaler me l'ôta du gosier.

Discours de r Opinion à Luther.

» Mon fils, il ne faut plus que tu laisses rouiller Ton esprit en paresse, il te fout dépouiller

1 Le papat : la popaoté. «

1 Les Réformée se faisaient scrupule de jurer par le nom de Dieu. \

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Cet habit monstrueux, il faut laisser ton cloître : Aux princes et aux rois jeté ferai connaître, Kt si ferai ton nom fameux de tous côtés, Et rendrai dessous toi les peuples surmontés, 11 fout oser beaucoup : la Fortune demande Un magnanime cœur qui ose chose grande.

« Ne vois-tu que le Pape est trop enflé de biens? Comme il presse sous soi les princes terriens1 ? Et comme son Église est toute dépravée D'ambition, de gloire et d'erreur abreuvée? Ne vois-tu ses suppôts paresseux et poussifs, Découpés, parfumés, délicats et lascifs, Fauconniers et veneurs, qui occupent et tiennent Les biens qui justement aux pauvres appartiennent, Sans prêcher, sans prier, sans garder le troupeau, Dont ils tirent la graisse et déchirent la peau?

« Dieu t'appelle à ce fait : courage* je te prie : Le monde ensorcelé de vaine piperie Ne pourra résister : tout va de pis en pis* Et tout est renversé des grands jusqu'aux petits.

« La Foi avec sa sœur de la terre est bannie, Et régnent en leur lieu Luxure et Gloutonnie : L'extérieur domine en tout ce monde-ci, Et de l'intérieur personne n'a souci.

« Pour ce, je viens du ciel pour te le faire entendre; Il te faut maintenant en main les armes prendre : Je fournirai de feu, de mèche et de fusil : De mille inventions j'aurai Fesprit fertiï, Je marcherai devant, et d'un cri vraisemblable J'amasserai pour toi le vulgaire muable * ;

1 Terriens : de la terre.

* ktuable : changeant; du latin, mutabilts.

irai le cœur des rois de ma flamme attiser; ; ferai leurs cités en deux parts diviser, a t serai pour jamais ta Gdèle compagne.

« Tu feras grand plaisir aux princes d'Allemagne, >ui sont marris de voir ( comme étant généreux) Tn évêque électeur qui domine sur eux : Ils veulent qu'en leur main l'élection soit mise, 1 faut rompre premier les forces de l'Église : Jn moyen plus subtil ne se trouve sinon Jue de monter en chaire, et d'avancer ton nom, Lbominer le Pape, et par mille finesses ^rier contre l'Église, et décrier les messes.»

De là sont procédés les maux que nous avons ; De là vient le discord qu'abusés nous suivons ; De là vient que le fils fait la guerre à son père, La femme à son mari, et le frère à son frère, A l'oncle le neveu ; de là sont renversés Les conciles sacrés des vieux siècles passés.

De là toute hérésie au monde prit naissance ; De là vient que l'Église a perdu sa puissance ; De là vient que les rois ont le sceptre ébranlé ; De là vient que le faible est du fort violé ; De là sont procédés ces géants qui échèient* Le ciel, et au combat les Dieux mêmes appellent ; De là vient que le monde est plein d'iniquité, Rempli de défiance et d'infidélité, Ayant perdu sa règle et sa forme ancienne.

Si la religion et si la foi chrétienne Apporte de tels fruits, j'aime mieux la quitter,

> achètent: escaladent.

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Et banni m'en aller les Indes habiter,

Sous le pôle antarctique où les sauvages vivent,

Et la loi de nature heureusement ensuivent.

Mais en bref, 6 Seigneur, tout puissant et tout fort, Par ta sainte bonté tu rompras leur effort; Tu perdras leur conseil, et leur force animée Contre ta majesté enverras en fumée.

Car tu n'es pas l'appui ni l'ami des larrons : C'est pourquoi ton secours en bref nous espérons : La victoire des camps ne dépend de nos armes, Du nombre des piétons, du nombre des gendarmes : Elle gît en ta grâce, et ta dextre des deux Fait celui que tu veux ici * victorieux.

Nous savons bien, Seigneur, que nos fautes sont grande. Nous savons nos péchés : mais, Seigneur, tu demandes Pour satisfaction un courage 2 contrit, Un cœur humilié, un pénitent esprit.

Et pource, Seigneur Dieu, ne punis en ton ire Ton peuple repentant qui lamente et soupire, Qui te demande grâce, et par triste méchef Les fautes de ses rois ne tourne sur son chef.

O vous, doctes prélats, poussés du Saint-Esprit, ! Qui êtes assemblés au nom de Jésus-Christ, î Et tâchez saintement par une voie utile De conduire l'Église à l'accord d'un Concile, Vous mêmes les premiers, prélats, réformez-vous , Et comme vrais pasteurs faites la guerre aux loups : Otez l'ambition, la richesse excessive, j Arrachez de vos cœurs la jeunesse lascive, Soyez sobres à table et sobres en propos,

1 Ici : sur terre. 3 Courage : cœur.

e vos troupeaux commis cherchez-moi le repos, on le vôtre, prélats : car votre vrai office st prêcher, remontrer, et châtier le vice.

Vos grandeurs, vos honneurs, vos gloires dépouillez; oyez-moi de vertus, non de soie habillés \+~^*~" tyez chaste le corps, simple la conscience; ►oit de nuit, soit de jour, apprenez la science ; tardez entre le peuple une humble dignité, £t joignez la douceur avec la gravité.

Ne vous entremêlez des affaires mondaines, / Fuyez la cour des rois et leurs faveurs soudaines, ' Qui périssent plutôt qu'un brandon allumé Qu'on voit tantôt reluire, et tantôt consumé.

Allez faire la cour à vos pauvres oueilles ■ ; Faites que votre voix entre par leurs oreilles : Tenez- vous près du parc, et ne laissez entrer Les loups en votre clos, faute de vous montrer.

Si de nous réformer vous avez quelque envie, Réformez les premiers vos biens et votre vie, Et alors le troupeau qui dessous vous vivra, Reformé comme vous de bon cœur vous suivra.

Vous, juges des cités, qui d'une main égale ! Devriez administrer la justice royale,.

Cent et cent fois le jour mettez devant vos yeux Que l'erreur qui pullule en nos séditieux Est votre seule faute : et, sans vos entreprises, Que nos villes jamais n'eussent été surprises.

Si vous eussiez puni par le glaive tranchant Le huguenot mutin, l'hérétique méchant, Le peuple fût en paix : mais votre connivence I

* Oueilles : comme ouailles ; de latin, avis.

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A perdu la justice et l'empire de France.

Il faut, sans avoir peur des princes ni des rois , Tenir droit la balance, et ne trahir les lois De Dieu, qui sur le fait des justices prend garde, Et, assis aux sommets des cités, vous regarde : 11 perce vos maisons de son œil tout voyant, Et, grand juge, connaît le juge fourvoyant , Par présent alléché, ou celui qui par crainte Corrompt la majesté de la justice sainte.

Et vous, nobles , aussi mes propos entendez, Qui faussement séduits vous êtes débandés Du service de Dieu : veuillez vous reconnaître ; Servez votre pays, et le roi votre maître ; Posez les armes bas : espérez-vous honneur D'avoir ôté le sceptre au roi votre seigneur ? Kt d'avoir dérobé par armes la province D'un jeune roi mineur, votre naturel prince ?

Vos pères ont reçu de nos rois ses aïeux Les honneurs et les biens qui vous font glorieux, Et d'eux avez reçu en titre la noblesse, Pour a,voir dessous eux montré votre prouesse, Soit chassant l'Espagnol, ou combattant l'Anglais, Afin de maintenir le sceptre des Français : Vous-mêmes aujourd'hui le voulez-vous détruire, Après que votre sang en a fondé l'empire ?

Telle fureur n'est point aux tigres ni aux ours. Qui s'entre- aiment l'un l'autre, et se donnent secours, Et pour garder leur race en armes se remuent : Les Français seulement se pillent et se tuent, Et la terre en leur sang baignent de tous côtés, Afin que d'autre main ils ne soient surmontés.

La foi, ce dites-vous, nous fait prendre les armes ! >i la religion est cause des alarmes , Des meurtres et du sang que vous versez ici, £h ! qui de telle foi voudrait avoir souci? >i par fer et par feu, par plomb, par poudre noire Les songes de Calvin nous voulez faire croire ?

Si vous eussiez été simples comme devant, Sans aller les faveurs des princes poursuivant : m vous n'eussiez parlé que d'amender l'Église, ^ue d'ôter les abus de l'avare prêtrise, le vous eusse suivi, et n'eusse pas été Le moindre des suivants qui vous ont écouté.

Mais voyant vos couteaux, vos soldats, vos gendarmes, Voyant que vous plantez votre foi par les armes, ^ Et que vous n'avez plus cette simplicité Que vous portiez au front en toute humilité. J'ai pensé que Satan qui les hommes attise D'ambition, était chef de votre entreprise.

L'espérance de mieux, le désir de vous voir En dignité plus haute et plus riche en pouvoir, Vos haines, vos discords, vos querelles privées, Sont cause que vos mains sont de sang abreuvées. Son la religion qui, sans plus, ne vous sert Sue d'un masque emprunté qu'on voit au découvert.

Et vous, nobles, aussiT qui n'avez renoncée V la foi qui vous est par l'Église annoncée, Soutenez, votre roi, mettez lui derechef L<e sceptre dans la main, et la couronne au chef ; t'épargnez votre sang, vos biens ni votre vie • leureux celui qui meurt pour garder sa patrie !

Vous, peuple, qui du coutre et de bœufs accouplés s Rendez la terre grasse et y semez des blés : \

440 KEMONTEAlfCE AU PEUPLE DE FRANCE.

Vous, marchands, qui allez les uns sur la marine, Les autres sur la terre, et de qui la poitrine Ifa humé de Luther la secte ni la foi, Montrez-vous à ce coup bons serviteurs du roi.

Et vous, sacré troupeau, sacrés mignons des Muses, Qui avez au cerveau les sciences infuses, Qui faites en papier luire vos noms ici, Comme un soleil d'été de rayons éclairci. De notre jeune prince écrivez la querelle, Et armez Apollon et les Muses pour elle.

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