‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 103 sur 135 · EPITRE · texte numérisé non relu

EPITRE

Cinq semaines après la mort de feu monseigneur le duc île Guise, François de Lorraine, me furent envoyés de la part d'un mien ami trois petits livres, lesquels avaient été secrètement composés deux ou trois mois auparavant le décès dudit seigneur, par quelque ministreau de Genève, et depuis découverts, publiés et imprimés à Orléans contre moi, auxquels, comme par contrainte, j'ai répondu en ce présent livre : attestant Dieu et les hommes, que jamais je n'eus désir ni volonté d'offenser personne , de quelque qualité qu'elle soit, si de fortune il ne m'est advenu d'écrire choses, lesquelles n'étaient inconnues seulement aux petits enfants, tant s'en faut qu'elles le fussent des historiographes de notre temps, qui sans passion ont délibéré rendre de point en point fidèle témoignage de nos guerres civiles à la postérité. Bien est vrai que mon principal but et vraie intention a toujours été de taxer et blâmer ceux qui sous ombre de l'Évangile , comme les hommes non passionnés pourront facilement connaître par mes œuvres, ont commis des actes tels que les Scythes n'oseraient ni ne voudraient seulement avoir pensé. Donc, quiconque sois, prédicant ou autre, qui m'as voulu malheureusement calomnier, je te supplie de prendre en gré cette réponse, Rassurant que si j'avais meilleure connaissance de toi, que tu n'en serais quitte à si bon marché, et au lieu de quinze ou seize cents vers que je t'envoie pour échauffer ta colère, je ferais de ta vie une Iliade entière. Car je me trompe, ou ton froc jeté aux orties, ou quelque mémorable imposture,

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ou autre chose de pareille farine, me fourniraient arg* mente assez suffisants pour t'imprimer sur le front a» marque qu'aisément tune pourrais effacer. Je ne fais pois de doute que ta malice ne se soit maintes fois efforcée à vouloir, sous couleur de belles paroles, irriter les prioc* et seigneurs contre moi , interprétant faussement me écrits, voire jusques à faire courir un bruit par cette ville. que leur grandeur me brassait je ne sais quoi de mauvaise digestion. Quant à moi, je les estime princes t seigneurs si magnanimes et généreux , que je n'en en* rien, m'assurant qu'ils ne voudraient être ministres de t méchante volonté d'un si petit galant que toi : aussi airaient-ils bien peu de louange d'offenser un gentilhomme de bonne part, comme je suis, connu et tenu pour hommt de bien (si ce n'est de toi ou de tes semblables) par toute la France , sans premièrement savoir de sa propre booete ses raisons et la vérité. Et pour ce, prédicant, mon ami, je te conseille de laisser désormais en repos tels seigneurs. dont les grandeurs , intentions et entreprises ne déjwdent de la querelle de mes écrits ni des tiens, sans provoquer davantage leur courroux contre moi, qui leur sœ plus que tu n'es, très-humble et très-obéissant serviteur. Or, comme je ne suis pas si mal accompagné de jugemec: et de raison que je m'estime de leur calibre : aussi fout-il qn tu penses, prédicant, que je ne suis rien moins que toi. La camp est ouvert, les lices sont dressées, les armes d'ew« et de papier sont faciles à trouver : tu n'auras point faut de passe* temps. Mais, à la vérité, je voudrais que par éprouver mes forces, tu m'eusses présenté un plus rode champion. Car j'ai le courage tel , que j'aime mieux quitter les armes , que combattre contre un moindre, dont k

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victoire ne me saurait apporter ni plaisir ni honneur. Suppliant derechef celui qui se sentira si gaillard que d'entrer en la barrière, ne vouloir trouver étrange si tout ainsi qu'en pleine liberté il tonne des mots injurieux contre le pape, les prélats, et toute l'ancienne constitution de l'Église, je puisse aussi de mon côté parler librement contre sa doctrine, cènes, prêches, mariages, prédestinations fantastiques, et songes monstrueux de Calvin , qu'un tas de prédicantereaux, ou sollicités par leurs femmes , ou époinçonnés de faim, ou curieux de remuer ménageront recueilli à Genève pour venir après ensorceler la jeunesse de France , et ce qui est encore plus dommageable, une bonne partie de nos hommes , qui faisaient montre sur tous les autres d'avoir le cerveau mieux fait, plus rusé aux affaires, et moins studieux de toute pernicieuse nouveauté. Or, pour abréger, prédicant, un Turc , un Arabe me permettrait facilement cette licence, et me donnerait avec toute modestie congé de lui répondre. Toi donc, qui te vantes être réformé, à meilleure raison accorderas ma requête , afin que ta cause et la mienne soit connue de tous, et que l'honneur soit rendu à celui de nous deux qui l'aura mieux mérité. Adieu, prédicant, mon ami.

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