‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 128 sur 135 · DE LA JEUNE AMIE D'UN SIEN AMI · texte numérisé non relu

DE LA JEUNE AMIE D'UN SIEN AMI

La génisse n'est assez drue :

Attends que ses ans soient venus ; Ki forte assez à la charrue, Ni pour le taureau qui se rue Lourdement aux jeux de Vénus.

Ains mêlée avecque les veaux, Folâtre d'une course vite, Ou dessous les saules nouveaux Se vautre à l'ombre, ou près des eaux Les flammes du soleil évite.

Jamais n'endure qu'on la touche, Fuyant à bonds comme un chevreau, Comme un jeune chevreau farouche, Qui par le printemps s'escarmoucue Sur le tapis d'un verd préau.

Ne sois envieux du désir Des raisins trop verts, car l'automne

(*) Paraphrase d'Horace," 0dM !I, 5.

Les mûrira tout à loisir; Lors tu pourras à ton plaisir Manger la grappe mûre et bonne.

Le temps ravissant ton vert âge Le lui donn'ra : voilà le point Comme elle croîtra davantage, Tirant un gain de ton dommage, Dommage que Ton ne sent point.

Jà me semble que je la voi Mignarde en ton giron assise, Te jurer éternelle foi, Et ne savoir partir de toi, Tant en toi son cœur aura mise.

De toi pensive et idolâtre T'adorera quelque matin; Je prévois ta main qui folâtr j Déjà sur sa cuisse d'albâtre, Et sur l'un et l'autre te tin.

Mais quoi! pour néant tu prétends De vouloir violenter ores L'inexorable loi du temps, Qui le plaisir que tu attends Ne te veut pas donner encore.

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