‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 129 sur 135 · HYMNE DES ASTRES · texte numérisé non relu

HYMNE DES ASTRES

A MELLIN DE SàlNT-GELàlS.

C'est trop longtemps, Mellin, demeurer sur la terre, Dans l'humaine prison qui l'esprit nous enserre, Le tenant engourdi d'un sommeil ocieux :

Il faut la délier et l'envoyer au deux.

Il me plaît en vivant de voir sous moi les nues,

Et presser de mes pas les épaules chenues «

Du Maure porte ciel * : il me plaît de courir

Jusques au firmament, et les secrets ouvrir

(SU m'est autant permis) des astres admirables, .

Et chanter leurs aspects de nos destins coupables :

Pour t'en faire un présent , Mellin, enfant du ciel ;

Mellin, qui pris ton nom de la douceur du miel

Qu'au berceau tu mangeas, quand en lieu de nourrice

L'abeille te reput de thym et de mélisse.

Aussi je ferais tort à mes vers et à moi, Si je les consacrais à un autre qu'à toi, Qui sais le cours du ciel, et qui sais les puissances , Des astres dont je parle, et de leurs influences.

Dès le commencement (s'il faut le croire ainsi) Les étoiles n'avaient nos destins en souci, Et n'avaient point encor de tout ce monde large, Comme eli's ont aujourd'hui, ni le soin, ni la charge : Sans plus elles flambaient pour un bel ornement, Éparses, sans vertu, par tout le firmament. * Quand le soleil heurtait des Indes les barrières, Sortant de l'Océan, les heures ses portières Gouraient un peu devant son lumineux flambeau Ramasser par le ciel des astres le troupeau , Qui démenait la danse, et les comptaient par nombre, Ainsi que les pasteurs, qui le matin sous l'ombre D'un chêne vont comptant leurs brebis et leurs bœufs, Ains que les mener paître aux rivages herbeux.

Quand la lune montrait sa corne vénérable,

* Chenues : blaneaej, à caaM de la * Du Maure porte ciel : la «oat aaige qui lea caarre. Atlaf.

Les heures derechef ouvraient la grande étable, Où les astres logeaient en repos tout le jour, Les ramenant baller du ciel tout alentour ; Puisles serraient par compte,à l'heure accoutumée Que le soleil avait notre terre allumée.

Je vous salue, enfants de la première nuit, Heureux astres divins, par qui tout se conduit ! Pendant que vous tournez votre tâche ordonnée Au ciel, j'accomplirai çà bas la destinée Qu'il vous plut me verser, bonne ou mauvaise, alors Que mon âme immortelle entra dedans mon corps.

Page 1