LE TOMBEAU DE RONSABD
'« J'ai perdu tout espoir de plus voir des poètes ; Toujours mes sœurs et moi nous languirons muettes, Par la mort de Ronsard, qui nous donnait la voix. Mous avons autrefois quitté notre Phocide, Afin de suivre en France un seul Ronsard pour guide : Ores puisqu'il est mort, nous laissons les François. »
Ainsi, loin de ses soeurs, dont cite fuit la trope. Du trépas de Ronsard se plaignait Calliope, Lorsqu'elle vit près d'elle Apollon arriver : « Cessez, lui dit ce Dieu, d'épancher tant de larmes : Celui que vous pleurez, remporte par ses carmes Un honneur dont la mort ne le pourra priver. »
« Ccst de moi que jadis les poètes naquirent ; C'est par moi quren leurs vers tant de gloire ils acquirent ; Par moi Ronsard depuis a tant fait qu'ils n'ont plus L'heur d'avoir mieux écrit que ceux de sa contrée ; Et ma docte fureur dans sa poitrine entrée Fait que tous ses écrits comme oracles sont lus.
« Mais ce n'est point Ronsard, ce corps mort que la terrr En son giron avare étroitement enserre : Ronsard, c'est ce grand nom par le monde épandu.
« Et la postérité lisant sa poésie,
Viendra d'étonnement et de regret saisie,
Ce tombeau de Ronsard par grand miracle voir.
« Et ceux qui de Ronsard auront la tombe vue, D'une delphique ardeur sentant leur âme émuey Se verront sur le champ poètes devenir. »