‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 38 sur 135 · DE LA RENOMMÉE · texte numérisé non relu

DE LA RENOMMÉE

Et ce char triomphant, et sa dame habillée D'azur, qui de cent yeux est toujours éveillée, Et ce courrier ailé qui seul marche devant, Qui enfle la trompette et la fait bruire au vent , De langues cette robe et d'oreilles semée, Vous enseignent assez que c'est la Renommée , Et que ces chevaliers qui d'elle ont pris le nom Ont par toute l'Europe épandu leur renom.

Voyez comme du chef elle frappe la nue, Voyez comme son pied presse la terre nue « : Cela dit que l'honneur des cœurs victorieux Se commence en la terre , et se finit aux cieux.

La gloire mendiée à l'aide de fortune Ne dure pas longtemps, comme chose commune ; Mais celle qui s'acquiert par la seule vertu Ne vit jamais son bruit * par le temps abattu : L'une a pour fondement la force du courage, Et l'autre une espérance incertaine et volage.

Ces vaillants chevaliers des combats désireux, Et de la Renommée immortels amoureux , Ont , suivant la vertu, la mère des louanges , Fait sentir leur prouesse aux nations étranges , Sectateurs de Thésé, d'Hercule et de Jason, Et de ces premiers preux de l'antique saison.

» Iogrrditurque soto et caput inter nubila condit. ( Virg., Jùn.y IV, 177.; 7 Son bruit: son renom.

Aussi cette déesse à sa suite les mène, D'honneurs et de faveurs récompensant leur peine , Et de l'amour du peuple, ayant bien mérité Que leur nom soit écrit avec l'éternité. Désirant consumer aux faits d'armes leur vie , Poussés d'une fervente et généreuse envie , Ils viennent sur les rangs pour la bague courir, Et le prix et l'honneur par labeur acquérir, Et faire en ce tournoi de leur jeunesse preuve. Jamais sans la sueur la vertu ne se treuve x.

1 À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. (Coair., Cid, act. II, ic. 2.)

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