‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 40 sur 135 · POUR LA FIN D'UNE COMEDIE · texte numérisé non relu

POUR LA FIN D'UNE COMEDIE

Ici la comédie apparaît un exemple, Où chacun de son fait les actions contemple : Le monde est le théâtre, et les hommes acteurs ; La Fortune, qui est maîtresse de la scène, Apprête les habits, et de la vie humaine Les cieux et les destins en sont les spectateurs.

En gestes différents, en différents langages, Rois, princes et bergers jouent leurs personnages, Devant les yeux de tous , sur l'échafaud commun : Et quoique l'homme essaie à vouloir contrefaire Sa nature et sa vie, il ne saurait tant faire Qu'il ne soit, ce qu'il est, remarqué d'un chacun. L'un vit comme un pasteur, l'un est roi des provinces, L'autre fait le marchand, l'autre s'égale aux princes, L'autre se feint content , l'autre poursuit du bien : Cependant le souci de sa lime nous ronge , Qui fait que notre vie est seulement un songe, Et que tous nos desseins se finissent en rien.

Jamais l'esprit de l'homme ici ne se contente,

1 On peut rapprocher de ces vers Uue ample comédie à cent actes divers

le pauage de La Fontaine qui carac- Et dont ,a scène est ,'«»n»,M,rs-

térise »9a fables en les appelant : < u Fo"T» Fabtes: v* x'

Toujours l'ambition Tépoint l et le tourmente : Tantôt il veut forcer le temps et la saison , Tantôt il est joyeux, tantôt plein de tristesse, Tantôt il est dompté d'amour et de jeunesse, Contre qui ne peut rien ni conseil ni raison.

La beauté règne au ciel, la vertu, la justice : En terre on ne voit rien que fraude , que malice : Et bref , tout ce monde est un publique marché : L'un y vend, l'un dérobe, et l'autre achète et change, Un même fait produit le blâme et la louange , Et ce qui est vertu semble à l'autre péché.

Le ciel ne devait point mettre la fantaisie Si près de la raison : de là la jalousie , De là se fait l'amour dont l'esprit est vaincu. Tandis que nous aurons des muscles et des veines Et du sang , nous aurons des passions humaines : Car jamais autrement les hommes n'ont vécu.

Il ne faut espérer être parfait au monde, Ce n'est que vent, fumée, une onde qui suit l'onde : Ce qui était hier ne se voit aujourd'hui. Heureux, trois fois heureux, qui au tempâ ne s'oblige, Qui suit son naturel , et qui sage corrige Ses fautes, en vivant, par les fautes d'autrui.

1 L'épçint : le pique.

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