‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 49 sur 135 · HYMNE DE L'ÉTERNITÉ · texte numérisé non relu

HYMNE DE L'ÉTERNITÉ

Tourmenté d'Apollon, qui m'a l'âme échauffée, e veux, plein de fureur ', suivant les pas d'Orphée, lechercher les secrets de nature et des cieux, tavrage d'un esprit qui n'est point ocieux * : e veux , s'il m'est possible , atteindre à la louange >e celle qui jamais par les ans ne se change : lais bien qui fait changer les siècles et les temps, jes mois , et les saisons et les jours inconstans : >ans jamais se muer 3, pour n'être point sujette, domine reine suprême, à la loi qu'elle a faite.

O grande Éternité !

ru maintiens l'univers en tranquille unité : )e chaînons enlacés les siècles 4 tu attaches , «:t couvé sous ton sein tout le monde tu caches , L,ui donnant vie et force : autrement il n'aurait Membres, âme, ni vie, et sans forme il mourrait : if ais ta vive vigueur le conserve en son être,

i Foreur poétique. 3 Muer : changer ; de mut are,

* Ocieux : paresseux ; d'otiosu». « Le* temps et les homme».

Toujours entier et sain sans amoindrir ni croître.

/Nous autres , journaliers , nous perdons la mémoire V Des siècles jà coulés, et si ne pouvons croire Ceux qui sont à venir, comme nés imparfaits, Encroûtés d'une argile et d'un limon épais , Aveugles et perclus de la sainte lumière , Que le péché perdit en notre premier père : / Mais ferme, tu retiens dedans ton souvenir ^vTout ce qui est passé et ce qui doit venir : Comme haute déesse, éternelle et parfaite , Et non ainsi que nous de masse impure faite.

Tu es toute dans toi ta partie et ton tout , Sans nul commencement, sans milieu ni sans bout, Invincible, immuable, entière et toute ronde, N'ayant partie en toi qui en toi ne réponde , Toute commencement, toute fin, tout milieu Sans tenir aucun lieu , de toutes choses lieu , Qui fais ta déité en tout partout étendre, Qu'on imagine bien , et qu'on ne peut comprendre.

Regarde-moi, déesse au grand œil tout voyant, Reine du grand Olympe au grand tour flamboyant, Grande mère des Dieux , grande dame et princesse. Si je l'ai mérité , concède-moi , déesse , Concède-moi ce don : c'est qu'après mon trépas (Ayant laissé pourrir ma dépouille çà bas) Je puisse voir au ciel la belle Marguerite, Pour qui j'ai ta louange en cet hymne décrite.

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