‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 63 sur 135 · A JE4N PISSER AT, LECTEUI DU ROI · texte numérisé non relu

A JE4N PISSER AT, LECTEUI DU ROI

Mais aussitôt que l'aube fut levée, Hercule entra dans la forêt trouvée, Pour épier des yeux à Fenviron Quelque arbre propre à faire un aviron.

Hercule étant pensif et fantastique.

Erre tout seul en la forêt rustique, Haute maison des oiseaux : à la fin , 11 vit sans nœuds, sans branches, un sapin Frappé du vent d'une lente secousse :

Il jette à bas son arc courbe et sa trousse, Et affermant z contre terre les pas, Et roidissant les muscles de ses bras, Enflant d'ardeur les veines du visage, Mit les deux mains dessus l'arbre sauvage, A dos courbé, et, bien qu'il tint beaucoup, 11 l'arracha tout net du premier coup, • Racine et tout, dessus l'épaule forte Le va chargeant, s'en retourne et l'emporte.

Ainsi qu'on voit aisément l'oiseleur Cercler2 la place à cacher le malheur Du simple oiseau 3 : il arrache sans peine

1 Affermant , affermissant. la place qui cache le piège dertiif i

* Cercler : sarcler, nettoyer. surprendre la simple confiaacc *

3 La place à cacher le mal/icur, etc.: l'oiseau.

(*) Ce morceau est imité de la XIIIe Idylle de Tbéocrite, aoq* Ronsard a particulièrement emprunté la description de la fontaine.

(**) Passerat, né à Troyes en 1534, occupa d'abord une chaire »» collège du Plessis , puis succéda à Ramus au collège de France. Il /*" gnait un esprit aimable à beaucoup d'érudition. C'est lui qui est Ta* leur d'une grande partie des vers de la satire Ménippée.

Le chaume sec dont la place était pleine :

Ainsi Hercule aisément arracha Ce grand sapin, sitôt qu'il y toucha.

Tandis Hylas, jeune, gaillard et brusque, Aux blanches mains , à la longue perruque ' , Au beau visage, à l'œil noir et serein , Prit une cruche aux deux anses d'airain, Et seul entra dans la forêt prochaine, Pour chercher l'eau d'une belle fontaine

Il nourrissait l'enfant pour tel office ; En ce seul fait il lui faisait service : Car en mangeant Hercule ne buvait Que la seule eau dont l'enfant l'abreuvait, Ni Télamon, comme fortune assemble Deux grands amis en une table ensemble. C'est un trésor que la bonne amitié, Quand un ami retrouve sa moitié.

Or, cet enfant, comme son pied le mène, Dans la forêt ombreuse se promène, Errant partout, ains qu'aviser le bord De la fontaine où l'attendait la mort.

On dit qu'Hylas n'eût pas trouvé la source De si belle eau, sans un cerf dont la course, Par le moyen de Junon (qui le cœur Portait, marâtre, enrouillé de rancœur ' Des faits d'Hercule, et en crevait de rage ,) Qui l'enfant grec guida sur le rivage.

Perruque : enevcUra. Rancoeur : rancune, courroax.

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