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Cette fontaine était tout à l'entour Riche d'émail, et de fleurs que l'amour, De corps humains fit changer en fleurettes , Peintes du teint des pâles amourettes : Le lis sauvage, et la rosé et l'œillet, Le roux souci, l'odorant serpollet, Le bleu glayeul, les hautes gantelées, La pâquerette aux feuilles piolées1, La giroflée et le passe-velours, Et le narcis, qui ne vit que deux jours, Et cette fleur que l'avril renouvelle Et qui du nom des Satyres * s'appelle : Et l'autre fleur que Junon fit sortir Quand d'un cocu3 voulut son corps vêtir, De tel oisel empruntant le plumage.
Du frère sien * fuyant le mariage, Comme trop jeune, et dédaignant le jeu D'amour, qui ard 5 nos cœurs d'un si doux feu.
Un chêne large ombrageait l'onde noire : Faunes, Sylvains n'y venaient jamais boire, Ains de bien loin s'enfuyaient ébahis : Maison sacrée6 aux Nymphes du pays , Et au printemps, qui de sa douce haleine Embaumait l'air, les forêts et la plaine, Que les pasteurs en frayeur honoraient, Et de bouquets les rives décoraient.
Un ombre lent par petite secousse Errait dessus, ainsi que le vent pousse,
1 Piolèe* : de deux cftuleun, cçmme ton nom de ton cri.
la plume de la pie. ( Roquefort ) * Jupiter.
* Satyrion , une plante orchidée. & Ard : brftJe.
• Cocu : Coucou , oiseau qui tire • Sacrée : contactée.
Pousse et repousse, et pousse sur les eaux L'entrelassure ombreuse des rameaux.
Là,mainte source en bouillons sablonneuse, Faisant jaillir mainte conque perleuse, Peindait* les bords de passements divers, De gravois gris, rouges, jaunes et pers.
Là carollaient », à tresses décoiffées, De main à main, les nymphes et les fées. Foulant du pied les herbes d'alentour, Puis dessous l'eau se cachaient tout le jour.
La belle Herbine, au haut de l'onde assise, Voyant l'enfant, soudain en fut éprise, Et se plongeant à chef baissé le front, Alla trouver Printine au plus profond :
« Reine des eaux, ma maitresse honorée, J'ai vu là haut sur la rive voirée3 Un jeune enfant par qui seraient vaincus De gaillardise ^ Apollon et Bacchus, Venez le voir : vous verrez une face De qui le trait les déesses menace, Et qui plus est, un crépelu coton Ne fait que poindre autour de son menton, *
Printine adonc, qui s'était amusée A retourner les plis d'une fusée, En se hâtant lui tombèrent soudain Fil et quenouille et fuseau de la main.
Vénus adonc lui darde une sagette 5, De celles-là qu'aux nymphes elle jette,
i Peindait : peignait. do latin, vltrtUt.
» Carollaient : dansaient. 4 Caillardtte s gentillette, grâce.
» hoirie : claire comme 1» erlttal ; * Sucette : lèehe*
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Et aux grands dieux qu'elle fiait langoureux. Quand des mortels deviennent amoureux, Quittant du ciel les régions sereines Pour être fable » à nos femmes humaines, Et déguiser d'habillement nouveau Leurs corps changés en cygne ou en taureau.
Près de la nymphe, au plus profond des ondes, Était Antrine aux belles tresses blondes, Et Azurine aux tetins découverts, Verdine, Ondine, et Bordine aux yeux verts.
L'une des deux était encore pucelle, Et l'autre avait du lait en la mamelle, Et de Lucine en la fleur de ses ans Avait senti les traits doux et cuisans, Qui dévidaient les toisons tyriennes, Teintes au sang des huîtres indiennes ».
Incontinent, tout ouvrage laissé, Nagent sur l'eau, où d'un œil abaissé Voyent l'enfant, qui de couleur ressemble A ces blancs lis qu'une amoureuse assemble Avec la rose, ou au teint de l'œillet Qui va nageant sur la blancheur du lait . Tandis Hylas de la gauche s'appuie Dessus le bord, de l'autre3 tient la buie 4, Qu'à front penché laisse tomber en l'eau : L'eau qui s'engouffre au ventre du vaisseau, Fit un grand bruit : en cependant Printine, Ardente au cœur d'une telle rapine, Sa gauche main finement approcha,
1 Pour tromper nos femmes. IV, 333 et soir.
* Cette «numération des Nymphes 3 De l'autre main, est presque traduite de Virgile, Géorç. * Buie : sorte de cracha. •
SES POBMES. 310
i Et du garçon le col elle accrocha :
Coup dessus coup le baise et le rebaise,
En l'attirant, afin que plus à Taise ! Sa pesanteur l'emportât contre-bas :
Puis de la dextre elle happa le bras , Dont il tenait le vaisseau, et s'efforce
De le tirer sous Tonde à toute force.
Hylas criait et résistait eu vain :
Dedans le gouffre il tomba tout soudain, Pied contre mont1, comme on voit par le vide Tomber du ciel une flamme liquide , Toute d'un coup dans la mer, pour signal Que la navire est sauve de tout mal : Lors le patron, qui reconnaît Tétoile, Aux matelots siffle qu'on fasse voile, Le vent est bon : en la même façon Tomba d'un coup sous Tonde le garçon.
Sur ses genoux, la nymphe qui est folle De trop d'amour, le flatte et le console : Puis lui fit part de sa table et son lit, Et de son cœur : d'avantage lui fit D'homme mortel une déité prendre.
Nul n'avait pu le cri d'Hylas entendre, Fors Télamon, qui la voix entendit D'Hylas tombé; Hercule il attendit, Puis le voyant de bien loin il l'appelle, Et soupirant lui conta la nouvelle.
Tout furieux * retourna dans les bois. • .Criant, Hylas ! Une grêlette voix
* La tète en Wa«. J Hercule.
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Faible et sans force entrait1 à grande peine, Qui lui répond : la voix semblait lointaine, Et toutefois bien prochaine elle était : Mais l'eau gardait1 qu'à plein son ne sortait, En l'étouffant. Cependant par vallées, Par ronces, bois, par roches reculées Court et recourt, pensant à son malheur, Quand vers le soir s'endormit de douleur.
Jason qui vit la nuit être tombée, Et le vent bon pour la voile courbée, Dresse les ponts, monte au vaisseau connu, Croyant qu'Hercule y fût déjà venu.
Cet art subtil se fit par la menée De Méléagre, enfant du grand OEnée, Qui bien que tard un jour se repentit, Quand le tison ses entrailles rôtit, Lequel était envieux des victoires Et des labeurs d'Hercule aux fesses noires3.
Comme il dormait, du travail ennuyé, Ayant le col sur sa trousse appuyé, L'arc d'un côté, de l'autre la massue, Voici venir l'ombre grêle et menue Du jeune Hylas, qui secouant le chef De son seigneur, lui conta son méchef :
« Mon seul seigneur, qui fus mon espérance, Qui les vertus m'appris dès mon enfance, Afin qu'un jour je pusse devenir Grand comme toi , puis au ciel parvenir : Puisant de l'eau pour te servir à table,
1 Entr*oit : entend, de entr'outr. s Mélampyge , surnom gnc H*
1 Gardait : empêchait. eule.
(Amour n'est pas, comme on pense, une fable) Une déesse amoureuse me vit, Qui tout soudain dessous Teau me ravit. Je t'appelai pour néant, quand ma bouche Fut pleine d'eau : quand rebelle et farouche. De sa houssine en me frappant, tourna Mon corps en dieu, puis son lit me donna.
« Assez, Seigneur, et par mer et par terre, J'ai vu sous toi le métier de la guerre, Assez mon dos a sué sous le faix De ta massue, assez tes nobles faits Ont illustré ma vive renommée.
« Or maintenant ma peine est consommée : Loin de la terre, et loin de tout souci Qu'ont les mortels, heureux je vis ici.
• Adieu, Seigneur, adieu ma chère tête : Par ta marâtre encor mainte conquête Te reste à faire, et mille maux divers Que tu auras vaguant par l'univers :
Puis à la Gn une mort très-cruelle Doit consommer ta figure mortelle.
« Ton corps brûlé s'en ira dans les cieux Prendre sa place à la table des dieux ; Puis tu auras, loyer de ta prouesse, Pour femme Hébé, la reine de jeunesse.
Car les beaux faits de l'homme vertueux Ne meurent point : mais du voluptueux, Qui a sa vie en plaisirs consommée, Avec la mort se perd la renommée. »
Ainsi Hylas à son maître parla ; La nuit s'enfuit, et l'ombre s'envola.