‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 66 sur 135 · PAIR ET COUMEL DE L'INFANTERIE DE FRANCE · texte numérisé non relu

PAIR ET COUMEL DE L'INFANTERIE DE FRANCE

Le jour que tu naquis, les trois Parques chenues x, Fortune et la Vertu, main à main,sont venues Danser à ton berceau, et t'ouvrant leur tetin, fallaitant et baisant, chantèrent ton destin.

« Enfant, qui prends du ciel ta naissance première, Vois ce jour qui te rit d'une belle lumière : Viens, eitoyeu du monde, et tout en-astré d'heur * : Porte au front dès le naître un signal de grandeur ; >ois donc pour surmonter toute fortune extrême, Se connaissant qu'un roi, tes vertus et toi même.

« Sitôt que la vigueur de l'âge,qui permet Vendosser le harnois et d'affubler Tarmet , "aura fait artisan des métiers de Bellonne 3, our servir ton Henri, son sceptre et sa couronne, ! te vois renverser chevaliers et soldars; t d'actes valeureux égaler le dieu Mars ; ; te vois de corps morts ensanglanter la place, t vois rouge ta main, rouge ta coutelace *

' Chenues : à cheveux blancs , heur par l'influence des astres. kr. 3 Propre an métier de la guerre.

En- astre dfheur: entouré de bon- * Coutelace : coutelas, gi«iv«.

324 LE SECOND LIVBE

Du sang des ennemis, et, marchant le premier, Te couronner le front de palme et de laurier.

« Je te vois tout armé, de tes bandes armées , D'un long ordre suivi, comme plis de fumées , Entre-éclairés de feux et de brasiers épais Qui se pressent l'un l'autre, et se suivent de près ; Ou comme on voit en mer les entorses l des ondes S'enfler dessous le vent, secondes sur secondes , Suivre le maître flot , qui bruyantes s'en vont Se rompre d'un grand heurt contre le premier front D'un rocher opposé. Ainsi suivront les bandes, File à file tes pas, tant que tu leur commandes D'aller heurter le mur d'un rempart ennemi, Pour l'emporter d'assaut : ou te suivre parmi L'escadron plus serré des troupes que la guerre Mettra devant tes mains pour en paver la terre.

« L'aigle de l'aigle naît : le lion généreux Engendre le lion : d'un père valeureux, Valeureux comme lui , tu as pris ta naissance, Et d'un roi tu prendras ta gloire et ta puissance Mais quand les corselets2 auront fait place aux lois, Et qu'au râteau la lance et au croc les harnois Pendront froids et rouilles, et la divine race D'Astrée embellira les terres de sa face : Alors, durant la paix, plein d'un soin nonpareil, Je te vois le premier assister au conseil, Les affaires d'état en ton esprit comprendre, Et des peuples les mœurs et la police entendre : Afin qu'en guerre armé, et en pair désarmé, Tu sois chéri du prince, et des peuples aimé : Ministre des deux temps : car l'homme en vain s'efforce,

* Entorset : replis. l Corselet t : cuira*»©».

irétreint d'un lien x la prudence et la force. »

^a Parque ainsi parla. La Vertu d'autre part,

ant sur ton berceau doucement son regard,

fiant sa bouche ronde9, inspira son haleine

• toi, pour te remplir des biens dont elle est pleine :

il qu'on ne vît point les peuples étonnés

s honneurs et des biens qui te seront donnés :

s ayant à bon droit par peine et par mérite,

non par la faveur qui s'envole si vite.

Fortune vint après : qui, te prenant la main , ton corps tendrelet réchauffant à son sein , ta bouche arrosant du lait de sa mamelle, dit : « Mon cher enfant ( car ainsi je t'appelle, autant que parsus tous tu m'es le plus à gré ), land mon heureuse main t'aura mis au degré i plus haut des honneurs dont souvent je me joue, te serai constante, et casserai ma roue ; es ailes je romprai en ta faveur, afin îe ton crédit soit ferme, et ne bronche à la fin ; ais sans jamais bouger de ta place assurée, î conserves ton Heu d'éternelle durée, isqu'au jour que, plein d'ans, des Muses protecteur, î retournes de terre à ton premier facteur. »

A- tant 5 , sur ton berceau ces déesses mêlèrent îs roses et des lis, puis au ciel revolèrent.

' S'il n'étreint d'un lien : s'il ne rcu- GraiU ingeoium, GraiU dédit or* rotumto

^ Mum loqoi...

* Ronde : harraoaiense. Horace a (Epùt. ad Pis., 3a3.)

: : 3 A-tant : alors.

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