REPONSE
Passant par Saint-Marceau, je Falicii Yoir prêcher; Et là me servit bien la sourdesse bénigne : Car rien en mon cerveau n'entra de sa doctrine. Je m'en retournai franc comme j'étais venn. Et ne vis seulement que son grand front chenu » , Et sa barbe fourchue et ses mains renversées, Qui promettaient le ciel aux troupes amassées : Il donnait paradis au peuple d'alentour. Et si pensait que Dieu lui en dût de retour. Je m'échappai du prêche, ainsi que du naufrage S'échappç le marchand qui, du bord du rivage. Regarde sûrement la tempête et les vents Et les grands flots bossus, écumants et mouvants * ! rion pas qu'il soit joyeux de voir la vague perse ^ Porter ses compagnons noyés à la renverse, Ou de voir le butin , ou les frêles morceaux Du bateau toumoyés sur l'échiné des eaux : Mais dedans son courage une joie il sent naître, Voyant du bord prochain le danger sans y être.
Tu dis que si nos rois revenaient du tombeau. Us se diraient heureux de voir le grand flambeau De ta secte allumé par la France oppressée. Et d'y voir de Calvin l'Évangile annoncée. Ah! terre, crève toi <! qui maintenant jouis De nos rois, et nous rends cet onzième Louis, Tel qu'il était adors qu'au bout de sa barrette ^ Portait dedans du plomb Notre Dame portraite.
Crève-toi, rends ce prince ; ah ! qu'il seroit marri
* Gkenu : blanc. s Fene : Tcrdàtre.
» Srave, mari nuigno, turbantibus aeqoora 4 Crève toi : ouvre t«î.
[vcotis, & Bcumtte : coiffa re, boaoet. Lonb \l
E tmm magnum alterius spectare laborein... portait sur son hoonct UD« flgare ea
(LocaÈcs, De rer. nat.. II. 1-S.) plomb de la Vierge.
A QUELQUE MINISTRE. 4d6
De voir, impiété! l'église de Cléry,
Sa dévote maison, détruite et saccagée,
Ayant souffert Thorreur d'une main enragée.
Sans lampes, sans autels, comme un lieu désolé,
Désert, inhabité, que la foudre a brûlé (") ;
Ou comme on voit au camp, sur le bord des frontières.
Une grange où logeaient les enseignes guerrières,
Sans clef, sans gond, sans porte, et sans faîte couvert,
Les pignons embrasés et tout le mur ouvert,
Et la place où Gérés gardait sa gerbe en presse.
Être pleine de fiente et de litière épaisse.
En Fart de poésie un art il ne faut pas Tel qu'ont les prédicants, qui suivent pas à pas Leur sermon su par cœur, ou tel qu'il faut en prose, Où toujours l'orateur suit le fil d'une chose.
As-tu point vu voler en la prime saison L'avettes qui de fleurs enrichit sa maison? Tantôt le beau narcisse, et tantôt elle embrasse Le vermeil hyacinte, et sans suivre une trace. Erre de pré en pré, de jardin en jardin , Chargeant un * doux fardeau de mélisse ou de thym?
Ainsi le bon esprit que la Muse époinçonne, Porté de la fureur, sur Parnasse moissonne Les fleurs de toutes parts, errant de tous côtés. En ce point par les champs de Rome étaient portés Le damoiseau ^ TibuUe, et celui qui fit dire Les chansons des Grégeoiç à sa romaine lyre ^.
' L'avelie : l'abenie. ' Damoiseau : galant.
* Oiargeant un : te chargeant d'an. * Horace.
(*) L*£glifle de N.-D. de Ciéry ( département du Loiret ) , constraite par Louis XI et dans laquelle était place le tombeau de ce roi, fut ravagée par les calvinistes , en 1563.
456 SÉPONSE
Tels ne furent Jamais les versificateurs,
Des Muses avortons^ ni tous ces imposteurs
Dont Fardente fureur d'Apollon n'a saisie
L'âme d*une gentille et docte frénésie :
Tel bien ne se promet auiE hommes vicieux,
Mais aux hommes bien nés qui sont aimés des cieux.
Aussitôt que la Muse eut enflé mon courage, M'agitant brusquement d'une gentille rage, Je sentis dans mon cœur un sang plus généreux. Plus chaud et plus gaillard qui me fit amoureux. A vingt ans je fus pris d'une belle maltresse, Et voulant par écrit témoigner ma détresse, Je vis que des Français le langage trop bas A terre se traînait , sans ordre ni compas ■ : Adonques pour hausser ma langue maternelle, Indompté du labeur, je travaillai pour elle : Je fis des mots nouveaux, je rappelai les vieux, Si bien que son renom je poussai jusqu'aux deux Je fis d'autre façon que n'avaient les antiques >, Vocables ^ composés et phrases poétiques,' Et mis la poésie en tel ordre qu'après Le Français fut égal aux Romains et aux Grecs.
Or, quand Paris avait sa muraille assiégée. Et que la guerre était en ses faubourgs logée, Et que les morions^ et les glaives tranchants Reluisaient en la ville, et reluisaient aux champs. Voyant le laboureur tout pensif et tout morne, L'un traîner en pleurant sa vache par la corne. L'autre porter au cou ses enfants et son lit ,
> Campas : règle, metare. ' F'oeabtes : mots; un l«tin,rocaMa.
3 Les aocienf poètes français. * Mwions : casques.
A QUELQUE MINISTflB. 457
Je m^enfenne trois jours, renfrogné de dépit, Et, prenant le papier et Fencre, de colère. De ce temps malheureux j'écrivis la misère, Blâmant les prédicants, qui seuls avaient prêché Que par le fer mutin le peuple fût tranché ; Blâmant les assassins, les voleurs et Toutrage Des hommes réformés, cruels en brigandage : Sans souffrir toutefois ma plume s'attacher Aux seigneurs * dont le nom m'est vénérable et cher.
> AUasien aax seigneurs de Coligoi, protecteurs de Ronsard.