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Puis saint Paul, le vaisseau ■ de grâce et de savoir, La fit ardentement eli Grèce recevoir ; Puis elle vint à Rome, et de là fut portée Bien loin aux quatre parts de la terre habitée.
Cette Église nous est par la tradition De père en fils laissée en toute nation Pour bonne et légitime, et venant des Apôtres : Seule la confessons, sans en recevoir d*autres.
Elle, pleine de grâce et de Fesprit de Dieu, Choisit quatre témoins^ saint Jean, Luc, Marc, Matthieu, Secrétaires de Christ, et, pour les faire croire. Aux peuples baptisés approuva leur histoire.
Sitôt qu^elle eut rangé les villes et les rois. Pour maintenir le peuple, elle ordonna des lois, Et afin de coller les provinces unies, Comme un ciment bien fort, fit des cérémonies, Sans lesquelles longtemps en toute région Ne se pourrait garder nulle religion.
Certes il faut penser que ceux du premier âge, ^
Plus que ceux d'aujourd'hui avaient le cerveau sage. Et que par ignorance ils nont jamais failli : Car leur siècle n'était d'ignorance assailli.
Or, cette Église fut dès longtemps figurée Par l'arche qui flottait dessus l'onde azurée. Quand Dieu ne pardonnait qu'aux honunes qui étaient Entrés au fond d'icelle, et dans. elle habitaient : Le reste fut la proie et le jouet de Tonde, Que le del déborda* pour se venger du monde : Aussi l'homme ne peut en terre' être sauvé. S'il n'est dedans le sein de l'Église trouvé ;
' f^aUseau: vase. > Déborda: fit déborder.
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Si comme un cîtoyeii n'habite dedans elle.
Ou s'il cherche autre part autre maison nouvelle.
Il est vrai que le temps qui tout change et détruit, A mille et mille abus en l'Église introduit. Enfantés d'ignorance,et couvés sous la targe ' , Des prélats odeux qui en avaient la charge.
Je sais que nos pasteurs ont souhaité la peau Plus qu'ils n'ont* la santé de leur pauvre troupeau; Je sais que des abbés la cuisine trop riche A laissé du Seigneur tomber la vigne en friche ; Je vois bien que l'ivraie étouffe le bon blé, Et si n'ai pas l'esprit sî gros ni si troublé. Que je ne sente bien que l'Église première. Par le temps, a perdu beaucoup de sa lumière.
Tant s'en faut que je veuille aux abus demeurer, Que je me veux du tout des abus séparer. Des abus ^e je hais, que j'abhorre et méprise : Je ne me veux pourtant séparer de l'Église, Ni ne ferai jamais : plutôt par mille efforts Je voudrais endurer l'horreur de mille-morts.
Comme un bon laboureur, qui par sa diligence Sépare les bourriers de la bonne semence, Il faut comme en un van de TÉglise trier Les abus , les jeter, et non la décrier. Et non s'en séparer, mais fermement la suivre. Et dedans son giron toujours mourir et vivre.
Donc, si je suis athée en suivant cette loi, La faute est à mon père, et le blâme est à moi.
Tu dis en vomissant dessus moi ta malice,
■ Targe: bonclier. > Ellipse, de «ouAail^
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Que j'ai fait d*uD grand bouc à Bacchus sacrifico Tu mens impudemment : cinquante gens de bien Qui étaient au banquet diront qu'il n'en est rien {*),
Muses, qui habitez de Parnasse la croupe, Filles de Jupiter, qui allez neuf en troupe. Venez, et repoussez par vos belles chansons. L'injure faite à vous et à vos nourrissons.
Jodelle ayant gagné par une voix hardie L'honneur que Thomme grec donne à la tragédie, Pour avoir, en haussant le bas style françols, Contenté doctement les oreilles des rois : La brigade qui lors au ciel levait la tête, Quand le temps permettait une licence honnête^ Honorant son esprit gaillard et bien appris. Lui fît présent d'un bouc, des tragiques le prix '.
Jà la nappe était mise, et la table garnie Se bordait d'une sainte et docte compagnie, Quand deux ou trois ensemble, en riant, ont poussé Le père du troupeau, à long poil hérissé : 11 venait à grands pas, ayant la barbe peinte , D'un chapelet de fleurs la tête il avait ceinte. Le bouquet sur l'oreille, et bien fier se sentait De quoi telle jeunesse ainsi le présentait ; Puis il fut rejeté pour chose méprisée,
■ Carabine qui tragico vil«m rertavitob hirrum...
( HoH., EpUt. tut PU., aao.) LA, le vin et la Joie éctaanffant les esprlti. Do plus habile chantre un bouc était le prix.
( boiJ.tkv , Art Poét., IIL)
V) On avait accosé Ronsard et les pofites de la Pléiade d'avoir célébré les snocès de leur ami Jodelle par une cérémonie mytiiologique et le sa* orifice d'un bouc. L*anecdote, en admetlant sa rigoureuse exactitude, témoignerait simplement d'une sorte de fanatisme littéraire, qui n'a rien de commun avec une impiété, l-'envie seule et la méchanceté pouvaient y ^tM ouvrir l'intention de restaurer les croyances et le culte du paganisme.
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Après qu'il eut servi d'une longue risée, Et non sacrifié, comme tu dis, menteur, De telle fausse bourde impudent inventeur.
Tu te plains^ d'autre part, que ma vie est lascive, En délices, en jeux, en vices excessive : Tu mens méehantement; si tu m'avais suivi Deux mois, tu saurais bien en quel état je vis. Or, je veux que ma vie en écrit apparaisse, Afin que pour menteur un chacun te connaisse.
M'éveillant au matin, devant que faire rien, J'invoque l'Étemel, le père de tout bien. Le priant humblement de me donner sa grâce. Et que le jour naissant sans l'offenser se passe : Qu'il chasse toute secte et toute erreur de moi. Qu'il me veuille garder en ma première foi. Sans entreprendre rien qui blesse ma province, Très-humble observateur des lois et de mon prince.
Après je sors'du lit, et quand je suis vêtu Je me range à l'étude, et apprends la vertu, Composant et lisant, suivant la destinée Qui s'est dès mon enfance aux Muses inclinée : Quatre ou cinq heures seul je m'arrête enfermé ; Puis sentant mon esprit de trop lire assommé, J'abandonne le livre, et m'en vais à l'Église ; Au retour pour plaisir une heure je devise ; De là je viens dîner, faisant sobre repas, Je rends grâces à Dieu : au reste, je m'ébats.
Car si l'après dlnée est plaisante et sereine, Je m'en vais promener, tantôt parmi la plaine, Tantôt en un village, et tantôt en un bois. Et tantôt par les lieux solitaires et cois '.
* Cois .* tranquilles, soUtaireA j du latÎD, quietus.
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J*aime fort les jardins qui sentent le sauvage, Paime le flot de l'eau qui gazouille au rivage.
Là, devisant sur l'herbe, avec un mien ami, Je me suis par les fleurs bien souvent endormi, A l'ombrage d'un saule, ou, lisant dans un livre. Pai cherché le moyen de me faire revivre, Tout pur d'ambition, et des soucis cuisants. Misérables bourreaux d'un tas de médisants Qui font (comme ravis ' ) les prophètes en France, Pipant les grands seigneurs d'une belle apparence'.
Mais quand le ciel est triste et tout noir d'épaisseur, Et qu'il ne fait aux champs ni plaisant ni bien seur, Je cherche compagnie, ou je joue à la prime, Je voltige, ou je saute, ou je lutte, ou j'escrime. Je dis le mot pour rire, et, à la vérité. Je ne loge chez moi trop de sévérité.
Puis, quand la nuit brunette a rangé les étoiles, Encourtinaiït' le ciel et la terre de voiles^ Sans souci je me couche, et là, levant les yeux Et la bouche et le cœur vers la voûte des cieux, Je fais mon oraison, priant la bonté haute De vouloir pardonner doucement à ma faute. Au reste je ne suis ni mutin ni méchant. Qui fais croire ma loi par le glaive tranchant : Voilà comme je vis, si ta vie est meilleure^ Je n'en suis envieux, et soit à la bonne heure.
Tu dis que pour jaser et gausser ^ à mon aise, Et non pour m'àmender, j'allais ouïr de Bèze. Un jour étant pensif» me voulant défâcher,
' Bavis : inspirés. s Eneourtinant : eayeloppant.
' Par une beUe appareoce. * Gausser : me moqtter.