‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 119 sur 127 · AU ROSSIGNOL · texte numérisé non relu

AU ROSSIGNOL

Gentil rossignol passager, Qui t*es encor venu loger Dedans cette fratche ramée.

Sur ta branchette accoutumée , Et qui nuit et jour de ta voix Assourdis les monts et les bois, Redoublant la vieille querelle De Terée et de Milomèle ;

Je te supplie, ainsi toujours Puisses jouir de tes amours !

De dire à ma douce inhumaine , Au soir quand elle se promène Ici pour ton nid épier, Que jamais ne faut se fier En la beauté ni en la grâce , Qui plus tôt qu'un songe se passe.

Dis lui que les plus belles fleurs En janvier perdent leurs couleurs ; Et quand le mois d'avril arrive Qu'ils revêtent leur beauté vive :

Mais quand des filles le beau teint Par l'âge est une fois éteint.

Dis lui que plus il ne retourne, Mais bien qu'en sa place séjourne.

Au haut du front, je ne sais quoi De creux à coucher tout le doigt ; Et toute la face séchëe

524 POÉSIES DIVmSES.

Devient comme une fleur touchée Du soc aîgu ; dis lui encor Qu'après qu'elle aura changé l'or De ses blonds dieveux, et que l'âge Aura crêpé ■ son beau visage.

Qu'en vain loirs elle pleurera.

De quoi jeunette elle n'aura Pris les plaisirs qu'on ne peut prendre. Quand la vieillesse nous vient rendre Si froids d'amours et si perclus, Que les plaisirs ne plaisent plus.

Mais, rossignol, que ne vient-elle Maintenant sur l'herbe nouvelle, Aveoque moi dans ce buisson?

Au bruit de ta douce chanson.

Je lui ferais, sous la coudrette.

Sa couleur blanche vermeOlette.

« Crépi : ridé.

Page 1