‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 17 sur 127 · ATBEBATE (*), PRINCIPAL DU COLLÈGE DE BONCOURT · texte numérisé non relu

ATBEBATE (*), PRINCIPAL DU COLLÈGE DE BONCOURT

Mon Galland, tous les arts appris dèsJa jeunesse , Servent à l'artisan jusques à la vieillesse ,

(*) Atrehate : Galland était né à Ârras ; il était Pami particaller de Ronsard, qui mourut dans ses bras. Yoy. Fie de Ronsard.

Et jamais le métier en qui Thommc est expert , Abandomiant l'ouvrier par Tâgc ne se perd.

Bien que le philosophe ait la tête chenue , Son esprit toutefois se pousse outre la nue -. Plus le corps est pesant, plus il est vif et prompt, Et forçant sa prison s'envole contre-mont ». L'orateur qui le peuple attire par Toreitle, Celui qui,disputant,la vérité réveille, Et le vieux médecin, plus il court en avant, Plus il a de pratique , et plus devient savant.

Mais ce bonheur n'est propre à notre poésie, Qui ne se voit jamais d'une fureur saisie Qu'au temps de la jeunesse, et n'a point de vigueur Si le sang jeune et chaud n'écume dans le cœur : Sang, qui en bouillonnant, agite la pensée. Par diverses fureurs brusquement élancée. Et pousse notre esprit ore bas, ore haut, Comme le sang de l'homme est généreux et chaud , Et, selon son ardeur, nous trouvant d'aventure Au métier d'Apollon préparés de nature.

Comme on voit, en septembre, aux tonneaux angevins Bouillir en écumant la jeunesse des vins , Qui, chaude en son berceau, à toute force gronde. Et voudrait tout d'un coup sortir hors de sa bonde , Ardente, impatiente, et n'a point de repos De s'enfler, d'écumer, de jaillir à gros flots. Tant que le froid hiver lui ait donné sa force , Rembarrant sa puissance aux berceaux d'une écorce ' :

Ainsi la poésie en la jeune saison Bouillonne dans nos cœurs, qui n'a soin de raison ,

I C^tt/rf-mon( : à travers les obsta- ^ Le poète désigne ainsi les tonneanx clés. où l'on garde les vins.

DU BOCAGE BOYAL. * b3

Serve ' de Tappétit, et brusquement anime D'un poëte gaillard la fureur magnanime : Il devient amoureux , il suit les grands seigneurs , Il aime les faveurs , il cherche les honneurs, Et, plein de passions , en l'esprit ne repose Que de nuit et de jour ardent il ne compose : Soupçonneux, furieux, superbe et dédaigneux , Et de lui seulement curieux et soigneux ; Se feignant quelque Dieu : tant la rage félonne De son jeune désir son courage aiguillonne.

Mais quand trente-cinq ans ou quarante ont tiédi , Ou plutôt refroidi le sang acouardi , Et que les cheveux blancs des catharres apportent , Et que les genoux froids leur bâtiment > ne portent , Et que le front se ride en diverses façons : Lors la muse s'enfuit et nos belles chansons ; Pégase se tarit , et n'y a plus de trace Qui nous puisse conduire au sommet de Parnasse ; Nos lauriers sont séchés , et le train de nos vers Se présente à nos yeux boiteux et de travers : Toujours quelque malheur en marchant le retarde , Et comme par dépit la muse les regarde : Car l'âme leur défaut , la force et la grandeur Que produisait le sang en sa première ardeur.

Et pource, si quelqu'un désire être poëte. Il faut que, sans vieillir, être jeune il souhaite. Prompt, gaillard, amoureux : car depuis que le temps Aura dessus sa tête amassé quarante ans , Ainsi qu'on rossignol, tiendra la bouche close. Qui, près de ses petits, sans chanter, se repose.

Au rossignol muet tout semblable je suis ,

* Serve : esclave ; da latio servw. - Leur bâtiment : leor corps.

Qui maintenant un vers dégoiser je ne puis ,

£t fallait que des rois la courtoise largesse

(Alors que tout mon sang bouillonnait de jeunesse ),

Par un riche bienfait invitât mes écrits,

Sans me laisser vieillir sans honneur et sans prix :

Mais Dieu ne Ta voulu , ni la dure Fortune,

Qui les poltrons élève et les bons importune.

Entre tous les Français, j'ai seul le plus écrit. Et jamais Calliope en un cœur ne se prit Si ardent que le mien pour célébrer les gestes De nos rois, que j*ai mis au nombre des Célestes. Par mon noble travail ils sont devenus Dieux * , J'ai rempli de leur noms les terres et les cieux : Et si > de mes labeurs qui honorent la France, Je ne remporte rien qu'un rien pour récompense.

> AUuùoa a la Frandade. * Si : Poartaat.

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