‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 19 sur 127 · BERGERIE · texte numérisé non relu

BERGERIE

LES PEBSONMAGES.

Le premier joueur de lyre dira le Prologue.

entbepàbleurs :

Orléantin', Angelot % Navarrio ^ G uisin'^, Margot ^

PUIS

Le premier pasteur voyageur. Le secona pasteur voyageur,

PUIS

Le second joueur de lyre^.

PUIS

Deux pasteurs dedans un antre.

^ ht dac d'Orléans, frère du roi ' Henri de Navarre , qui fut depuia Cbarlet IX. Henri IV.

' l« dne d'Anjon , frère dn roi * Le dac de Guise. Charles IX, & Marguerite duchesse de Savoie.

PBEMIEfi JOUEUB DE LYBE.

Les chênes ombrageux que sans art la nature Par ses hautes forêts nourrit à l'aventure Sont plus doux aux troupeaux et plus frais aux bergers Que les arbres entés d'artîGce es vergers.

Des libres oiselets plus doux est le ramage , Que n'est le chant contraint du rossignol en cage, Et la source d'une eau saillante d'un rocher Est plus douce au passant, pour sa soif étancber (Quand sans art elle coule en sa veine rustique), Que n'est une fontaine en marbre magniCque, Jaillissant par contrainte en un tuyau doré , Au milieu de la cour d'un palais honoré. Plus belle est une nymphe, en sa cotte agrafée , Aux coudes demi-nus , qu'une dame coiffée D'artifices soigneux, toute peinte de fard : Car toujours la nature est meilleure que l'art.

Pour ce, je me promets que le chant solitaire Des sauvages pasteurs doit davantage plaire ( D'autant qu'il est naïf, sans art et sans façon), Qu'une plus curieuse et superbe chanson De mes maîtres, enflés d'une muse hardie. Qui font trembler le ciel sous une tragédie , Et d'un vers ampoulé, d'une effroyable voix , Redoublât > le malheur des princes et des rois.

Écoutez donc , pasteurs , les musettes sacrées De nos princes, seigneurs de diverses contrées , Qui font diversement, tout ainsi qu'il lui plaît. D'amoureuses chansons sonner cette forêt.

' Redoublent : renoavellent en ItB chantant.

LES EGLOGUES. 73

Ce ne sont pas bergers d'une maison champêtre. Qui mènent pour salaire aux champs les brebis paître: Fils de rois , dont le seep^e a fait en divers lieux Trembler toute TEurope, et en toute assurance Conservé les troupeaux par les herbes de France.

ORLEAIfTIN. .

Puisque le lieu , le temps, la saison et Tenvie Qui s'échaufTe d'amour, à chanter nous convie , Chantons doncques, bergers, et en mille façons A ces vertes forêts apprenons nos chansons.

Ici, de cent couleurs s'émaille la prairie, Ici, la tendre vigne aux ormeaux se marie , Ici, Tombrage frais va les feuilles mouvant, Errantes çà et là sous l'haleine du vent : Ici, de pré en pré les soigneuses avettes < Vont baisant et suçant les odeurs des fleurettes : Id,le gazouillis enroué des ruisseaux S'accorde doucement aux plaintes des oiseaux : Ici, entre les pins les Zéphires s'entendent.

IVos flûtes cependant trop paresseuses pendent A nos cols endormis, et semble que ce temps Soit à nous un hiver, aux autres un printemps.

Sus doncqueSy en cet antre, ou dessous cet ombrage, Disons une chanson. Quant à ma part, je gage. Pour le prix de celui qui chantera le mieux. Un cerf apprivoisé qui me suit en tous lieux.

Je le dérobai jeune au fond d'une vallée , ^ sa mère, au dos peint d'une peau martelée * ,

' Jv€ttes : abemes. > Martelée : tachetée,

BONSARD. — T. II.

74 LES EGLOGUES

Et le nourris si bien que, souvent le grattant^ Le chatouillant, touchant, le peignant et flattant, Tantôt auprès d'une eau , tantôt sur la verdure , £n douce je tournai sa sauvage nature.

Je Tai toujours gardé pour ma belle Toinon, Laquelle en ma faveur TappeUe de mon nom : Tantôt elle le baise, et de^ fleurs odoreuses Environne son front et ses cornes rameuses, Et tantôt son beau col elle vient enfermer D'un carcan enrichi de coquilles de mer, D'où pend la croche dent d'un sanglier qui ressemble En rondeur le croissant qui se rejoint ensemble. Il va seul et pensif où son pied le conduit : Maintenant ' des forêts les ombrages il suit. Ou se mire dans l'eau d'une source moussue, Ou s'endort sous le creux d'une roche bossue, Puis il retourne au soir, et, gaillard, prend du pain. Tantôt dessus la table, et tantôt en ma main. Saute à l'entour de moi , et de sa corne essaye De cosser' brusquement mon niâtin qui Tabaye^, Fait bruire son clairon 4, puis il se va coucher Au giron de Toinon, qui l'estime si cher. 11 souffre que sa main le chevêtre ^ lui mette , Fait à houppes de soie et à mainte sonnette ; Dessus son dos privé ^ met le bât embourré De fougère et de mousse, et d'un cœur assuré. Sans crainte de tomber, le tient par une corne. D'une main et de l'autre, en cent façons, elle orne Sa croupe de bouquets et de petits rameaux : Puis le conduit, au soir, à la fraîcheur des eaux. Et de sa blanche main seule lui donne à boire (*),

' 3faintenant : tantôt. 4 Brame.

2 Casser : heurter. ^ Le chevêtre : la corde.

3 ^baye : aboie. * Privé : apprivoisé.

f*) Description imilé du cerf de Silvia, au livre septième de CÉnéide,

LES BGI.OGUES. 76

Or quiconques aura rhonneur de la victoire , Sera maître du cerf, bienheureux et content De donner à sa mie un présent qui vaut tant.

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