‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 20 sur 127 · ANGELOT · texte numérisé non relu

ANGELOT

Je gage mon grand bouc , qui par mont et par plaine Conduit seul un troupeau, comme un grand capitaine. Il est fort et hardi , corpulent et puissant. Brusque, prompt, éveillé , sautant et bondissant^ Qui gratte en se jouant de l'ergot de derrière ( Regardant les passants ) sa barbe menConnière : Il a le front sévère et le pas mesuré , La contenance fière et Tœil bien assuré : Il ne doute ■ les loups, tant soient-ils redoutables, Ni les mâtins armés de colliers effroyables , Mais , planté sur le haut d'un rocher épineux , Les regarde passer, et si se moque d'eux.

Son front est remparé de quatre grandes cornes ; Les deux proches des yeux sont droites comme bornes Qu'un père de famille élève sur le bord De son champ^ qui était naguères en discord * : Les deux autres, qui sont prochaines des oreilles, £q douze ou quinze plis se courbent à merveilles , D^une entorse ridée, et en tournant se vont Cacher dessous le poil qui lui pend sur le front.

Dès la pointe du jour, ce grand bouc ne sommeille ; N'attend ^fue le pasteur son troupelet réveille. Mais il fait un grand bruit dedans l'étable, et puis. En poussant le crouillet 2, de sa corne ouvre l'huis ^ ; Et guide les chevreaux.» qu'à grands pas il devance Comme de la longueur d'une moyenne lance,

' Doute : redoute. ' Crouillet : yerroa,

'■ En dUeord 2 en litige. * L'kvis : la porte.

76 LES EGL06UKS.

Puis les ramèDe au soir, à pas comptés et bngs, Faisant sous ses «rgots poudroyer les sablons.

Jamais en nul combat n'a perdu la bataille , Rusé dès sa jeunesse, en quelque part qu'il aille, D'emporter la victoire : aussi les autres boucs Ont crainte de sa corne , et le révèrent tous. Je le gage pourtant : vois comme il se regarde : Il vaut mieux que le cerf que ta Toinon te garde.

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