‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 23 sur 127 · BELLOT · texte numérisé non relu

BELLOT

0 Dieu qui prends le soin des noces , Hyménée , Laisse pendre à ton dos ta chape ensa&anée \ Ton pied soit enlacé d'un beau brodequin bleu , Et portes en ta main un clair flambeau de feu : Étemue trois fois : ta tête chevelue Ébranle par trois fois, trois fois, à ta venue^ Vois Claudine et Chariot , afin que désormais Le mariage soit heureux à tout jamais.

Amène avecques toi la Cyprienne sainte ^ D'uu demi-ceint tissu dessus les hanches ceinte^ Et son enfant Amour, tenant l'arc en ses mains, Pour se cacher es yeux du prince des Lorrains.

Ce n'est pas un berger qui , vulgaire et champêtre , . Mène aux gages d'autrui un maigre troupeau paître : Mais qui a cent troupeaux de vaches et de bœufs , De boucs et de béliers, paissant les prés herbeux De Meuse et de Moselle , et la fertile plaine De Bar, qpi se confine aux terres de Lorraine.

U s'élève en beauté sur tous les pastoureaux, Comme un brave taureau sur les menus troupeaux; Ou comme un pin gommeux, au résonnant feuillage,

' Allusion ao non de Marguerite. * Vénai, qn^on adorait dans 111e de

* Crocro Triatnt amictu. ( Ovid.) Chypre.

(*) François U, appelé déjà roi, à cause de son mariage avec Marie Stuart.

98 £BS ÉGLOGUBS.

Tient son chef pommela pardessus un bocage. Qui plus est, son menton, en sa jeune saison, Ne se fait que crêper d'une blonde toison.

Bergers , faites ombrage aux fontaines sacrées , Semez tous les chemins de fleurettes pourprées, Dépendez la musette , et de branles divers Chantez à ce Chariot des chansons et des vers.

Qu'il te tarde beaucoup que Vesper ne t'amène Déjà la nuit, pour mettre une fin à ta peine! Soleil, hâte ton cours, accourciston séjour. Chariot a plus besoin de la nuit que du jour.

L'amitié, la beauté, la grâce et la jeunesse Apprêteront ton lit , et par grande largesse Une pluie d'œillets dessus y sèmeront, Et d'ambre bien sentant les draps parfumeront. Mille Amours emplumés, de leurs petites ailes y oleteront dessus^ comme es branches nouvelles Des arbres, au printemps, volettent les oiseaux, Qui se vont égayant de rameaux en rameaux. La vigne à son ormeau si fort ne soit liée , Qu'alentour de ton col ta jeune mariée , Qui d'un baiser permis ta bouche embaumera , Et d'un autre plaisir ton cœur allumera. C'est une prime fleur encore toute tendre : Époux , garde-toi bien brusquement de la prendre : Il la faut laisser croître , et ne faut simplement Que tenter cette nuit le plaisir seulement. Comme tes ans croîtront, les siens prendront croissance : Lors d'elle, à plein souhait, tu auras jouissance , Et trouveras meilleur mille fois le plaisir : Car l'attente d'un bien augmente le désir.

Or, le soir est venu , entrez en votre couche ; Dormez bras contre bras et bouche contre bouche :

La concorde à jamais habite en votre lit : Chagrin, dissension, jalousie et dépit Ne vous troublent jamais , ains d'un tel mariage Puissent naître bientôt un généreux lignage. Mêlé du sang Lorrain et du sang de Valois , Qui Partfaénope «, un jour, remette sous ses lois ; Et puissent couronner ses royales armées Sur le bord du Jourdain de palmes Idumées.

À tant se tut Bellot , et Perrot tout gaillard, Enflant son chalumeau, lui répond d'autre part.

PEBROT.

0 Lncîne- Junon , qui aux noces présides , Et de paons accouplés, où il te plaît , tu guides Ta coche >, comme vent sur terre et sur les deux , Brave ^ de majesté comme reine des Dieux ^ Amène Pasithée 4 et la Muse divme, Qui préside aux banquets , aux noces de Claudine. Gomme une belle rose est l'honneur du jardin , Qui, aux rais du soleil, est éclose au matin, Claudine est tout l'honneur de toutes les bergères , Et les passe d^autant qu'un chêne les fougères : Nulle ne l'a gagnée à savoir façonner Un chapelet de fleurs pour son dief ' couronner : Nulle ne sait mieux joindre au lis la fraîche rose , Nulle mieux sur la gaze un dessin ne compose De fil d'or et soie , et nulle ne sait mieux Conduire de Pallas les arts ingénieux.

Comme parmi ces bois volent deux tourterelles Que je vois tous les jours se caresser des ailes , Se baiser l'une l'autre, et ne s'entre-éloigner,

' Naplei, «vtrefoi* «n pouvoir de U ' Brave : beUe. maison de Franee. * Pasithée : une dc« GrA6CS>

' Ta coche : ton eliar. ^ 5on chef : m tdte.

100 LES EGLOGUES.

Mais , constantes de foi , toujours s'accompagner, Qui, de leur naturel, jusqu'à la mort n'oublient Les premières amours qui doucement les lient : Ainsi puisses-tu vivre en amoureux repous Jusqu'à la mort, Claudine , avecque ton époux.

Je m'en vais sur le bord des rives plus secrètes. Cueillir en mon panier un monceau de fleurettes , Afin de les semer sur ton lit génial ' , Etdianter à Tentour ce beau chant nuptial.

D'une si belle fille est heureuse la mère. Ton père est bienheureux , bienheureux est ton frère , Mais plus heureux cent fois et cent encor sera , Qui d'un mâle héritier enceinte te fera : Heureux sera celui qui aura toute pleine Sa bouche de ton ris , et de ta douce haleine , Et de tes doux baisers , qui passent en odeur Des prés les mieux fleuris la plus suave fleur : Heureux qui dans ses bras pressera toute nue Toi, Claudine aux beaux yeux, du sang des dieux venue. Qui hardi tâtera tes tetins verdelets , Qui semblent deux boutons encore nouvelets : Et qui licencié d'une liberté franche , Rebaisera ton front, et ta belle main blanche , Et qui démêlera fil à fil tes cheveux , Folâtrant toute nuit , et faisant mille jeux : Celui priera la nuit que cent nuits dure encore , Ou bien que de cent jours ne s'éveille l'aurore. Afin que, paresseux, longtemps puisse couver Ses amours en ton sein , et point ne se lever.

Mais le soir est venu, et Vesper, la fourrière Des ombres, a versé par le ciel sa lumière : Il faut s'aller coucher. Quoi ? tu frémis du cœur,

' Génial : Doptial ; da latia genialis.

LES BGLOGDES. lui

Âhiû qu'un petit Êion qui tremble tout de peur Quand il a vu le loup , ou quand, loin de sa mère, 11 s*ef&aye du bruit d'une feuille légère. Il ne sera cruel : car une cruauté Ne saurait demeurer avec telle beauté.

Demain, après avoir son amitié connue.

Tu voudrais mille fois que la nuit fût venue, Pour retourner encore aux amoureux combats , Et pour te rendormir dans le pli de ses bras.

Sus , déshabille-toi , et comme une pucelle Qui de bien loin sa mère à son secours appelle , rrappelle point la tienne, et viens pour te coucher» Près du feu qui te doit tes larmes dessécher.

Celui puisse conter le nombre des arènes, Les étoiles des cieux , et les herbes des plaines , Qui contera les jeux de vos combats si doux , Desquels pour une nuit vous ne serez pas soiUs.

Or sus , ébattez- vous , et en toute liesse Prenez les passe-temps de la courte jeunesse Qui bientôt s'enfuira , et, au nombre des ans Qui vous suivent tous deux , égalez vos enfans. Ton ventre désormais si fertile puisse être j Que d'un sang si divin puisse en bref faire naître Des filles et des fils : des fils qui porteront Les vertus de leur père empreintes sur le front ,. Et qui , dès le berceau , donneront connaissance Que d'un père très-fort auront pris leur naissance ; Les filles en beautés y en grâce et en douceur, Par signes donneront un témoignage seur De la pudicité de leur mère divine , Qui de notre grand Pan reçoit son origine;

Ainsi disait Perrot , qui retenant le son De son pipeau-d'avoiiie, acheva sa chanson..

102 L£S iGLOOUBS.

Écho lui répondait : les bois qui rechantèrent Le beau chant nuptial, jusqu'au ciel le portèrent. Lors Michau s'écriant s'assit au milieu d'eux, Puis dit , en approuvant la chanson de tous deux :

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