‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 34 sur 127 · LES SIRÈNES · texte numérisé non relu

LES SIRÈNES

REPRÉSENTÉES AU CANAL DE FONTAINEBLEAU. PROPHÉTIE DE LA SECONDE SIRENE.

O prince heureusement Lieu né », Qui fus béni dès ta naissance , Par rÉtemel , qui t'a donné Toutes Tertus en abondance :

Crois, crois, et, d'une majesté, Montre-toi le fils de ton père , Et porte au front la chasteté , Qui rehiit aux yeux de ta mère.

Car en étant, comme tu es, Aux vertus nourri dès jeunesse , Tu passeras tous les mortels De bon esprit et de prouesse.

La France se peut assurer De se voir soudain étrennée Des honneurs qu'on doit espérer D'une royauté si bien née.

Et bien qu'on puisse apercevoir, Par les rayons de ta lumière.

L'heureuse fin que doit avoir Un fils nourri de telle mère :

' Charki ix.

Si veux-je encor pour l'avenir, Des destins prophètes nous sommes ),

140 LES MASGÂRAJ>ES

T'ouvrir ce qui ne peut venir En la connaissance des hommes.

Non-seulement pacifieras Du tout la France discordante , Mais plus que jamais la feras De bien et d'honneurs abondante.

Et, menant en guerre avec toi Ton frère, appui de tes louanges, Vainqueur des rois , le feras roi De maintes nations étranges" (*).

Sous toi la malice mourra , L'erreur, la fraude et Timpudence; Et le mensonge ne pourra Résister devant ta prudence.

Puis^ ayant vécu comme il faut, Dépouilleras le mortel voile , Et près de ton père, là haut , Tu seras une belle étoile.

Et toi , mère, réjouis toi , Mère sur toutes vertueuse , Qui as nourri ce jeune roi D*une prudence si soigneuse :

Bientôt auras de tes travaux Le loyer que le ciel te donne , Quand tu verras tous ses vassaux S'humilier sous sa couronne.

Et toi, son frère, en qui répand L'astre son heureuse influence ,

1 Étnmges : étrangères.

D Henri, duc d^Anjoa, fat appelé aa trône de Pologne, qall abandonna pour saceéder en France à son frère Charles IX.

LES MASCABADES. 141

Ta force et grandeur ne dépend Qu'à lui porter obéissance.

Ton avantage vient du sien, Ta gloire sans la sienne est vaine , Ton bien procède de son bien , Comme un ruisseau de sa fontaine.

Vivez donc amiablement , Faisant vos noms partout épandre, Vivez tous trois heureusement Charles , Catherine , Alexandre '.

* Hom que portait Henri III dans sa jeunesse. Voir Églog. V, pag. 113.

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