DISCOURS
Vous qui passez en tristesse le jour.
Assujettis sous l'empire d'amour, Cruel tyran des humaines pensées ;
LES MÀSGABÂPES. 163
Vous qui vivez d^espérances cassées s Vous que Fortune , Amtur et la douleur Vont abusant, écoutez mon malheur :
Malheur étrange, autant émerveillable * Qu'en mon tourment je n'ai point de semblable.
Mais par où dois-je en mes vers commencer Le mal qui vient grièvement^ m'offenser? Comme un chemin qui en croix se traverse , De mainte voie en carrefours diverse , Fait le piéton du chemin égarer :
Ainsi le mal divers ^ me l'ait errer De mon propos » si que je ne puis dire D'où ni comment procéda mon martyre ; £t toutefois ici je le dirai, Me déclarant le mieux que je pourrai.
De mon malheur l'occasion première Fut la durté de ma cruelle mère , Laquelle, étant sans cœur et sans pitié Fit avorter ma nouvelle amitié , ' Mère à son fils à tort mal gracieuse , Par le rapport d'une vieille envieuse Qui haïssait ma maîtresse , et faisait Qu'à mes parents mon amour déplaisait.
Quiconque soit cette vieille maudite , Périsse , ô dieux ! justement interdite De feu et d'eau , et la clarté des cieux Ne soit jamais agréable à ses yeux !
La pauvreté toujours lui fasse guerre , Et sans secours aille de terre en terre , Cherchant son pain, et trépasse à la fin ,
^ Cassées : TBine» 'y du Utln cossus, * Divers, du îatln dtversus : ea
' ÉmerveillcAle : digne qu'on a'en sens opposés. Cet adjectif se rapporte
étonne comme d'une merTeiUe. à celui qui parlCi et non au mot inal
* Grièvement : donloureusement. qui le précède.
164 LES MÀSGAB/IDES.
Nue, afTamée, au milieu d'un chemin, Où, sans honneur d'aucune sépulture, Soit des mâtins et des loups la pâture.
Son esprit aille errant par les tombeaux , Ou, revêtu de plumes de corbeaux , Sur les maisons toute nuit se lamente , Et d'im long cri les voisins épouvante : Puisque par fraude elle a voulu blesser L'honnête amour, qu'on ne doit offenser.
De mon tourment je fis certain mon père Mais lui , vieillard qui du tout' obtempère Aux passions de celle qui me fît , Parla pour moi , mais rien à mon profit : Car, remettant toute l'affaire à celle Dont je naquis , la rendit plus cruelle Ck)ntre mon mal , comme ayant seule à soi Pouvoir de père et de mère sur moi.
O cruauté d'une mère obstinée , Qui de son fils corrompt la destinée !
Ma mère donc est cause du tourment Que je reçois , et vous dirai comment.
Ainsi qu'on voit qu'entre ceux d'un lignage La privauté s'augmente davantage.
Et l'amitié s'enflamme plus avant Par le moyen de se voir bien souvent : Ainsi voit-on qu'Amour, qui tout dispense. Souvent se mêle entre telle alliance , Et tant il est gaillard et vigoureux Que des cousins il fait des amoureux.
Comme il advint à moi, qui me lamente . Trouvant un jour une mienne parente,
* Du tout : complètement.
En un festin ( parente d'assez loin) , Qui fut depuis Targument de mon soin ' : Car, estimant être chose civile D'entretenir une dame gentile, De qui j'étais un petit allié , Incontinent je me sentis lié , Fait prisonnier de son devis ^y si sage Qu'il eût gagné d'un Scythe le courage '.
Je me vis prendre esclave de ses yeux, Où les Amours courtois et gracieux Étaient logés, armés de ses œillades, Qui d'un seul coup mes sens firent malades : Si qu'en vivant en autrui loin de moi , Plein de souci , de tristesse et d'émoi , Autre penser n'avais en la pensée Que la beauté que j'avais enlacée Au fond du cœur, qui suivait en tous lieux ]yion souvenir, se montrant à mes yeux.
Et ne souffrait, tant me faisait de presse, Que sur l'amour la raison fût maîtresse : Pource je fus longtemps malade ainsi , Sans rencontrer ni pitié ni merci.
Mais comme on voit que la première envie D'un jeune amant est souvent assouvie Ou par rétude , ou par autre moyen , J'entre-rompis le nœud de ce lien.
Qui d'autre amour m'avait serrée la voie. Étant fort jeune, et aussi que j'avoie Un frère aîné en âge florissant , Qui plus que moi était fort et puissant, £t qui devait , selon sa destinée , Aller bi^tot sous les lois d'hyménée.
' La canse de mon soaci. * Xe courage : le cœar, les sentiment*.
' Son devis : sa parole. * Serré : fermé.
163 LES MASG/IBADES.
Or, quand la Parque eut ce frère ravi. Et que tout seul de mon nom je me vi , j
S'oiïrant à moi maint riche mariage , L'amour première arrêta mon courage, Dont je gardais encores en l'esprit Le souvenir et le portrait écrit.
Ptur tout remède, un jour, je délibère De raconter mes amours à sa mère , La suppliant n'avoir le cœur marri Si, pour* ami, je devenais mari De la beauté de sa fille, si belle , Qu'autre désir je n'avais sinon d'elle.
La mère adonc qui mes propos ouït.
Les accordant tout mon cœur rejouit :
Mais pour tel heur ne faillit ma misère : Car la rigueur de ma fâcheuse mère Fraudant mon cœur, ma peine et mon espoir, j
Opiniâtre, opposa son vouloir i
Au mien forcé , et pour mon mal accroître , |
Ne voulut onc les vertus reconnoître, Ni la famille où je voulais parti , Ayant son cœur de mon bien diverti Par les rapports d'une vieille mégère.
Contre m'amie iofâme mensongère ; Et toutefois ardent je ne laissai i
D'entretenir mon dessein commencé, Faisant entendre à mon père la peine De trop aimer, dont j'avais l'âme pleine, Disant ainsi : « Père, s'il te souvient Du premier feu qui en jeunesse vient Brûler les cœurs de sa flamme amoureuse , (Heureux sujet d'une âme bien heureuse),
I Pour : an liea de.
LES MASGÂBADES 167
Je te supplie , aide à mon amitié , Et père, piends de ton enfant pitié, De moi qui meurs sans tenir embrassée Celle qui vit reine de ma pensée.
« Ne sois, mon père, homicide à grand tort De ton seul fils, qui n'attend que la mort , S'il ne te plaît qu'il éteigne sa flamme £n si beau lieu qu'il désire pour femme.
« Las ! si tu veux à mon bien consentir, Tu me feras un tel aise sentir.
Mettant à fin ma vertueuse envie , Que doublement j'aurai de toi la vie.
Et doublement seras mon père ici.
Me donnant vie, et m'ôtant de souci. »
De tels propos mon père j'arraisonne :
Lui, qui était de nature très-bonne , Me dit : « Mon fils, j'ai pitié de ton mal. Lequel ne trouve en amour son égal , Louant beaucoup ta volonté constante , Qui ne se doit frustrer de son attente.
« Mais pour autant que vieillesse m'a fait, Par maladie, impotent et défait , Je ne saurais à ton vouloir complaire : Car désormais ce n'est plus mon affaire De me mêler de noces ni de rien :
Le seul vouloir de ta mère est le mien.
« Pource , mon fils, fléchis-la par prière : Son cœur n'est point d'une lionne fière ' ,
' Fière : sanvage, da latin feitu. Avec un fier lion, srignrur dn voisinage.
Cette épithète,chei nos poëtfs, ac- { La Fovt., Fabi, l, 6.)
compagne souvent le mot lion : ^«'■"* <^« û^' ""» *»'" "* ** «»•»»•>' P"-
«Racimb, £fl/k.)
Ni d*un sanglier; tu pourras par douceur En soupirant, lui amollir le cœur. «
Ainsi disait; lors je lamente et crie Devant ma mère , et la prie et reprie , Et par douceur j'essaye d'arracher, En soupirant, ce fer et ce rocher Qui lui armait la poitrine si dure , Pour n'écouter la peine que j'endure, Mettant toujours au-devant de ses yeux L'extrême ennui de mon mal soucieux , La nourriture» et beauté de la Clle, Et les vertus de toute sa famille.
Mais pour néant je cuidais • l'enflammer : Car mille fois plus sourde que la mer, Qui par le vent se roule sur le sable, A ma prière était inexorable.
Alors me dit celle qui m'engendra :
« Ton père vieil fera ce qu'il voudra, Car d'un père est la puissance bien forte ; Mais quant à moi , plutôt mille fois morte J'irai là-bas , que te voir marié En si bas lieu dont tues allié. ».
Ce mot était le dernier coup d'épée , Dont eir pensait avoir du tout coupée Mon espérance , hélas ! qui florissait D'autant plus fort qu'elle la meurdrissait. Moi, résolu de poursuivre ma prise ^ , Je fis certains mes parents de l'emprise 4, Qui tous d'accord louèrent mon conseil ,
' Nùurriture: èdneation. > Cuidais: désirais.
Si vous faite» état de cette noarriture ' Prise : ici pour projet.
Doaaes ordre qu'il règne. ( Coah., Nie.) * L'emprise .' l'entreprise.
LSS MÂSCÀBADB5. 169
Et mon amour qui n'a point de pardi ,
£t la langueur véritable et non feinte >:->
I>*une amitié si constante et si sainte.
Adonc, pensant par le temps acquérir Ce plaisant mal lequel me fait mourir, Toujours cherchais occasion expresse D'aller aux lieux oii était ma maîtresse.
Longtemps après tant de travaux passés, ( Par la douleur l'un sur l'autre amassés ), Prévoyant bien que ma peine dolente Aurait planté une amour violente Dedans le cœur de ma dame, et qu'aussi Autant que moi elle aurait de souci , Je résolus , pour soulager ma vie , De visiter une si chère amie , Dont le portrait dedans l'esprit j'avais, Et de lui seul en mourant je vivais.
Or, trouvant seule un jour ma seule aimée (Car la maison souvent m'était fermée, De peur, hélas ! que si la privante D'une si douce et plaisante beauté M'était commune , une envieuse rage Ne rallumât ma mère davantage ), .
Je lui contai le feu qui me brûlait , Dont la chaleur aux yeux m'étincelait : Je lui contai que je mourais sans elle , Que sa beauté me semblait seule belle , Que de soupirs mon cœur je nourrissais , Que d'elle seule attristé je pensais , Qu'elle était seule et ma vie et mon âme , Mon sang , mon tout , ma chaleur et ma flamme , Et que mon cœur n'avait autre aliment
170 LES MASGÂBÀDES
Que de songer en elle seulement ,
Et maint pro|)OS je disais , que fait dire
Amour alors qu'on conte son martyre.
En cependant, à longs traits, je humais De ses beaux yeux les beaux traits que j'aimais ; Je m'enlaçais en ses tresses dorées ; Je contemplais ses lèvres colorées De frais œillets , et son front où était Amour au guet , qui mon cœur combattait. Je contemplais son maintien et sa grâce, Et son beau teint qui les roses efface ; Je dérobais de ses beautés un peu, Doux aliment, pour en être repeu * En son absence , ainsi que l'homme sage Qui entreprend de faire un long voyage Mainte viande^ amasse dans son sein, Pour résister longuement à la faim.
Sa mère adonc survenant fut joyeuse De telle amour si sainte et vertueuse.
Et, approuvant ma longue passion , De tous les deux loua Taffection, Me découvrant sa volonté celée , Dont j'eus depuis mon âme consolée.
Un temps après une noce survint, O jour heureux! où ma chère âme vint.
Qui paraissait au milieu de la presse Comme paraît Diane la déesse, Par-sus le chœur de ses nymphes sautant , Quand près d'Eurote^ elle va s'ébattant.
Là, ne me plut ni danse , ni aubades ,
' nepeu : rrpa , nourri. 3 Euroie : Earotas . fleoTC de U-
* friande : nourriture. conie.
Kl baladins aux dispostes ' gambades, Fifres , cornets, ni les hautbois qui font Aller la danse également en rond , r^i les festins , les vins , ni les viandes , Sucres , douceurs , confitures friandes I9e me plaisaient : seulement me plaisait Ce corps divin, qui chaste me faisait Vivre et mourir, contemplant en présence D*un œil goulu ' toute mon espérance.
D*un feu pareil nos soupirs embrasés , Et nos désirs furent beaucoup prisés Des assistants les plus grands de la bande , Qui admiraient ime amitié si grande , Et de ma mère accusaient la rigueur, Qui s'opposait si cruelle à mon cœur.
La nuit survint, et Amour qui me ronge Me présenta mes délices en songe , Et parmi l'ombre en esprit me fit voir Tant de beautés que j'avais vu le soir.
Lors je disais : « O songe qui m'abuses, Me fortunant de si plaisantes ruses , De tout mon bien je suis tenu à toi , Qui sans pitié as eu pitié de moi !
Si qu*en dépit de la fière rudesse Qui tient ma mère , accolant ma maîtresse Je l'ai baisée , et seul tu m'as heure ^ Quand plus mon fait était désespéré.
Le verd pavot, ton propre sacrifice 4,
' DUpoitet : féminin de dispos, an- * Lesfterifice qn\ oeconyientqVà toi.
JftQrd'hai hors d'nsage. Les pavots sont consacrés au Sommeil.
mUu : avide. Perfusa papavera somno.
fl^rc ; renda henrenx. (Viao., Giarg., I, 78)
173 LES M4SCABADES.
Sur ton autel à toute heure fleurisse ,
Et puisses-tu éviter le courroux
De Jupiter, puisque tu m'es si doux ! »
Ainsi , vivant en si douteuse attente , Des deux côtés maint parti se présente De mariage , et nul ne vint à fin , Étant rompu par un heureux destin.
Ah ! que serais-je auprès d'une autre femme , Sinon du plomb sans vigueur et sans âme? Que serait-elle auprès d'un autre aussi, Que froide et morte et pâle de souci, Loin de son cœur? Amour qui nous fait plaindre, Ne nous saurait en autre part conjoindre , Tant le destin, à tous les deux conmiun, De nos esprits en naissant ne fit qu'un.
jLors, m'efforçant, d'une complainte amère Je retentai le vouloir de ma mère , Lui déclarant le danger où j'étais ; Qu'un tel fardeau sur le cœur je portais , Qu'en bref vaincu je laisserais la vie, £t si soudain elle n'avait envie De m'alléger , ou me donner confort, Qu'entre ses bras elle aurait un fils mort.
Mais pour néant je lui fais ma requête , Tant de la vieille elle avait en la tête Les faux rapports qu'elle lui racontait. Que mes propos ni mes pleurs n'écoutait, Ëtant joyeuse et brave ^ de ma perte.
En cependant la foire fut ouverte De Saint-Germain , où ceux qui ont le cœur Adoloré * d'amoureuse langueur,
^ Brave : flère. ' Jdolori : endolori.
OÙ ceux qui ont une ardeur véhémente D'être butin d'une nouvelle amante , Où ceux qui ont une ardeur de parlei A leur maltresse où ils n'osent aller , Où ceux qu'Amour à son conseil demande , Vont amoureux d'une gaillarde bande.
Iii,par bonheur,ma déesse arriva :
Mon cœur devant avec elle s'en va , Et puis mon pied me conduit par la presse Où je trouvai ma mortelle déesse.
Là,je n'avais mon regard attaché, Ou sur la foule, ou dessus le marché, Ou sur le bien ' qui pendait aux boutiques : Mais contemplant tant de grâces pudiques Qui reluisaient sur le front de mon tout. Je ne trouvais commencement ni bout En sa beauté : beauté qu'Amour m'a peinte Dedans le cœur comme chose très-sainte.
Là, devisant de nos tristes malheurs.
Elle augmenta plus vives mes douleurs, Se lamentant de ma mère cruelle, Qui sans raison ne faisait compte d'elle. De ses vertus, de sa condition, £t qu'elle avait mauvaise affection* En son endroit , se montrant insensée D'offenser ceux qui ne l'ont offensée.
Lors son courroux j'apaisai doucement, Lui remontrant son mérite, et comment M'a folle mère avait tort de médire De ses vertus , que tout le monde admire.
Un jour, allant, comme souvent j'allais ,
U bien : los marchandiaes. > Section : disposition.
Voir une dame à qui parent j'étais , Et elle aussi , la mère presque mise En désespoir, de courroux fut éprise :
Se lamentait , pleurait et gémissait Que les vertus de sa fille on passait Dessous silence , et que tel mariage Était trop long et de trop de voyage.
Elle alléguait en pleurant ne pouvoir Sa jeune fille en autre lieu pourvoir.
Tant elle avait à mon dire assurance ; Que ses parents lui en faisaient instance , Et qu'âprement toujours lui reprochaient De n'avoir soin de ceux qui lui touchaient.
Pource elle étant d'ennui atténuée.
Et de vouloir presque à demi muée ', Aux champs alla , menapt avecques soi Mon tout , mon cœur , ma promesse et ma foi. Où je courus d'une course hâtée Reconforter cette déconfortée , Aussi pour voir les yeux de celle-là Au feu desquels mon cœur se rebrûla.
A son retour, par heureuse rencontre, En quelque noce encor je la rencontre , Où pour savoir si du temps la longueur Ne m'avait point effacé de son cœur.
De maint propos en propos je l'attire , Pour la tenter, ne me voulant rien dire , Ains retirée en un penser profond , Ni bien ni mal froide ne me répond.
Mais à la fin de mon dire ébranlée.
Rendit du tout * mon âme consolée ,
< Muée : changé*, do latin muture. ' Du tout i tout à MU
En m'assurant de sa Gdèle amour.
Lors, tout ravi, je sens naître à Tentour De mon esprit une joie inconnue , Qui par sa bouche au cœur m'était venue.
Donc pour toujours à mon aise la voir , Soudain je Gs à sa mère savoir ( Pour consommer mon œuvre proposée } Qu'elle serait ma future épousée , La choisissant pour femme désormais , Et que pour dame autre n'aurais jamais : Je lui contai le danger de ma vie , Et la rigueur de ma mère , et l'envie Qu'une flatteuse avait d'un tel parti , Dont tout le mal, hélas ! était sorti.
La mère adonc de mes raisons émue , Sage permit qu'une si douce vue Entre nous deux désormais se ferait :
Que de sa part mûrement penserait Au mariage et à ma foi promise, Pour mettre fin à si belle entreprise.
Voilà comment, maîtresse , j'ai vécu Depuis le jour que mon œil fut vaincu De vos beaux yeux : et soit que la journée Fût au matin des ondes retournée, Fût vers le soir, quand le soleil couchant Va dans la mer ses chevaux détachant ; Ou quand la lune errante se promène , Pour votre amour je n'ai langui qu'en peine.
O grand Amour, grand oiseau par le dos', Qui t'es logé au profond de mes os.
Ayant choisi pour maison ma moelle ; Qui es armé d'une flèche cruelle ,
^L'Amour est reprétcnté avec dos ailes.
176 LES IIASCABA.DES.
Et d'un flambeau que je sens dans le seio. Ois ' ma prière et me sois plus humain : Fais je te pri\ que ma maîtresse voie D'un œil bénin ce papier que j'envoie , Où sont dépeints la plupart de mes maux : Qu'elle ne mette en oubli mes travaax , Et que toujours elle ait en sa pensée Notre amitié saintement conmienoée , Toujours mettant au-devant de ses yeux De son ami les ennuis soucieux , Et que sa mère autre part ne fléchisse , Et que le ciel mon dessein accomplisse.
Fais que la mienne , au courroux endurci , En mon endroit ait le cœur adouci , Et qu'en lieu d'être à tort insupportable , S'amollissaut devienne plus traitabie , Sans croire plus les malheureux propos De ce vieil chien contraire à mon repos , Qui porte envie aux vertus de la belle Qui n'a semblable en tout ce monde qu'elle , Parfaite autant que mon mal bien heureux Passe l'ennui de tous les amoureux.
Et si , ô Dieu , tu parfais * ma requête , Je t'appendrai sur le haut de la tête, Comme en trophée, un rameau de laurier, Pour le loyer 3 de sauver ton guerrier 4.
* (Ht : entends, do verbe oûr. > Pour le lo^er : pour U réeon-
* T% par/ois : ta aecomplû, tu pense.
txMucm. * Ton guerrier : ceUii qui te sert.
AU LBGTEUfi.
Les vers de Félégie, au premier > furent faits Pour y chanter des morts les gestes et les faits , Joints au son du cornet : maintenant on compose Divers sujets en elle , et reçoit toute chose.
Amour^ pour y régner, en a chassé la mort : Les vieux grammairiens entre eux sont eu discord Qui premier Tinventa : mais leur cause plaidée Pend au croc sous le juge , et n'est encor vidée >.
ENCOBB AU LECTEUfi.
Soit courte l'élégie , en trente vers comprise , Ou en quarante au plus >le fin lecteur méprise , Ces discours , ces narrés aussi grands que la mer. Il faut de maint rempart ta langue renfermer. Qui veut toujours causer, toujours parler et dire , Et reserrer ta main qui bouillonne d'écrire.
Il faut du premier vers conter sa passion , Et la suivre toujours ; si quelque fiction Rare ne survenait pour orner ton ouvrage , En deux lignes achève et non en davantage : Ton sujet soit pressé, sans trancher l'aube vers, Autant que tu pourras sans courir de travers.
' Ju premier : dans l'origine. Grammatid certant; et adbue sab Judice
Q«ii tamco eiif nos clcgoa emlcerit ['>> <*<•
[aactor, (llom., Bp, ad Pu., 77.)
Sois toujours simple et un, et que ta fin prégnante ' Tire sur répigramme, un peu douce et poignante.
' Briqnante : fécoade ; da latia pragnant,