‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 5 sur 127 · DU FEU BOI CHARLES NEUVIÈME · texte numérisé non relu

DU FEU BOI CHARLES NEUVIÈME

Charles, en qui le ciel toutes grâces inspire,

Qui as le cœur plus grand que n'est grand ton empire ,

Une âme prompte et vive , un esprit généreux ,

De vertus , de science et d'honneur amoureux ;

Qui passes tes aïeux. d'un aussi long espace

Que Faigle les autours, dont l'aile ne se lasse ,

En volant outre l'air, d'approcher le soleil :

Ainsin < entre les rois tu n'as point de pareil Que François ton grand père : et si l'honnête honte Le voulait, je dirais que Charles le surmonte. D'autant que notre siècle est meilleur que le sien , Et que le temps présent vaut mieux que Fancien ; Et d'autant qu'il ifut docte au déclin de vieillesse , Et tu es tout savant en la fleur de jeunesse.

Car si ta Majesté ( après le soin commun Qu'elle prend du public et d'écouter chacun^ Permettant à ton peuple une facile entrée) , Soit en prose ou en vers pour plaisir se réorée. Donnant quelque relâche à ton divin esprit , Qui se montre soi-même en montrant son écrit , Et rien , s'il n'est parfait , ne médite ou compose, Ronsard te cède en vers et Amyot (*) en prose :

* Jintin : ainsi.

{*) Amyot ( Jacqaes ) né à Melun en I5I3 , mort ea 1693. ~ Illustré |>ar sa traduction de Plutarque, il fut nommé précepteur des enfants de Henri IL — Charles IX et Henri III le comblèrent de faveurs. — H fut grand aumônier du roi et évéque d'Auxerre.

BXPONSE AIDL YEBS PRBCEDEIiTS.

Et suis marri d'avoir si longuement vécu

Au giron des nœuf sœurs , pour être ainsi vaincu.

N'était-ce pas assez de m'avoir en cent sortes Montré Taffection que, maître, tu me portes. Sans encor me vouloir défier en mon art , Et en vers appeler au combat ton Ronsard , Découvrant contre moi la fureur de ton style? Ainsi le grand Auguste écrivait à Virgile : Virgile, qui l'esprit de son maître suivait. Pour lui donner plaisir, lui contre-récrivait. Tu m'as donné des vers , très-magnanime prince , Afin qu'en imitant ton exemple , j'apprinse Que peut ton cœur superbe , et pour avoir aussi Toujours l'esprit touché d'un vertueux souci.

Toutefois te jouant, grand monarque de France, Tu as plus avancé que ta plume ne pense : Car tes faits quelque jour par le temps périront, En mon livre à jamais tes beaux vers se liront. Que je veux engraver, environnés de gloire , Sur l'autel le plus saint du temple de Mémoire , Pour mieux faire connaître à la postérité Qu'en France j'ai vécu, régnant ta Majesté, Et que ta Majesté dessous elle a vu naître Ma muse, qui se plaît de servir un tel maître.

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