‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 53 sur 127 · HYMNE DE LA MORT · texte numérisé non relu

HYMNE DE LA MORT

A LOUIS DES HASUBES.

Masures , désormais on ne peut inventer Nul argument nouveau qui soit bon à chanter,

(*) A ceUe pièce se rattache une intéressante anecdote qui nous a été conservée par Brantôme. Un gentilhomme français, nommé Chatelard, épris delà reine Marie Stuart, s'était introduit près d'elle pendant la nuit. Il fut saisi et condamné à mort. « Le jour venu, Chatelard ayant été mené sur Téchafaud, avant de mourir, prit en ses mains les hymnes de M. de Ronsard, et pour son éternelle consolation, se mit à lire tout entièrement Thymne de la Mort, qui est très bien fait et propre pour ne point abhorrer la mort; ne s'aidant aucunement d'aucun autre livre spl« rituel, ni de ministre ni de confesseur. Après avoir fait entièrement lectuee, il se tourna yers le lieu où il pensait que la reitae fût, et s'écria tout haut : Adieu la plus belle et la plus cruelle princesse du monde! Et puis, constamment, tendant le col à Texécuteur, se laissa défaire fort arment. *

366 LE SECOND LIVBE

Ou haut sur la crompette, ou bas dessus la lyre : Aux ancieus la Muse a tout permis de dire, Tellement qu'il ne reste à nous autres derniers Sinon le désespoir d'ensuivre les premiers. Et, béant » après eux, reconnaître leur trace Faite au chemin frayé qui conduit sur Parnasse : Lesquels jadis, guidés de leur mère Vertu, Ont tellement du pied ce grand chemin battu, Qu'on ne voit aujourd'hui sur la docte poussûère D'Hélicon , que les pas d'Hésiode et d'Homère, D'Arate », de Nicandre ^, et de mille autres Grecs Des vieux siècles passés, qui burent à longs traits Toute l'eau jusqu'au fond des filles de Mémoire, N'en laissant une goutte aux derniers pour en boire : Qui maintenant confus, à foule, à foule, vont Chercher encor de l'eau dessus le double mont : Mais ils montent en vain : car plus ils y séjournent. Et plus, mourant de soif, au logis s'en retournent.

Moi donc qui, de longtemps, par épreuve, sais bien Qu'au sommet de Parnasse on ne trouve plus rien Pour étancher la soif d'une gorge altérée, Je veux aller chercher quelque source sacrée D'un ruisseau non touché^ qui murmurant s'enfuit Dedans un beau verger, loin de gens et de bruit : Source que le soleil n'aura jamais connue. Que les oiseaux du ciel de leur bouche cornue ^ N'auront jamais souillée, et où les pastoureaux N'auront jamais conduit les pieds de leurs taureaux. Je boirai tout mon soûl de cette onde pucelle ^, Et puis je chanterai quelque chanson nouvelle ,

' Béant : onyrant la boache. siècle avant .1. C. Ses œuvres ont été

* Arate, poète et astronome, aatear publiées chez F. Didot, 1846.

des PhénomèneSf 272 av. J.-6. * Cornue : armé d'an bec dur eomne

' Kicandre , médecin et grammai- la corne.

rien grec, qui vivait vers le troisième ^ Onde pucelle : dont nul n'a goAti

Dont les accords seront peut-être si très-doux, Que les siècles voudront les redire après nous ; Et, suivant mon esprit, à nul des vieux antiques, Larron, je ne devrai mes chansons poétiques : Car il me platt pour toi de faire ici ramer Mes propres avirons dessus ma propre mer, Et de voler au ciel par une voie étrange , Te chantant de la Mort la non-dite louange '.

Cest une grand* déesse, et qui mérite bien Mes vers, puisqu'elle fait aux hommes tant de bien; Quand elle ne ferait que nous ôter des peines , Et hors de tant de maux dont nos vies sont pleines , Sans nous rejoindre à Dieu notre souverain Seigneur, Encore elle nous fait trop de bien et d'honneur. Et la devons nommer notre mère amiable.

Où est l'homme çà bas , s*il n'est bien misérable. Et lourd d'entendement, qui ne veuille être hors De l'humaine prison de ce terrestre corps?

Ainsi qu'un prisonnier qui, jour et nuit, endure Les manicles * aux mains, aux pieds la chaîne dure. Se doit bien réjouir, à l'heure qu'il se voit Délivré de prison : ainsi l'homme se doit Réjouir grandement , quand la mort lui délie Le lien qui serrait sa misérable vie, Pour vivre en liberté ^ : car on ne saurait voir Rien çà bas qui ne soit par naturel devoir Esclave de labeur : non seulement nous hommes Qui vrais enfants de peine et de misères sommes, Mais le soleil, la lune et les astres des cieux Font avecque travail leur tour laborieux :

' On troQTe dans ces vers nn sonye- ' Manielet : chaînes, nenoitet ; da nir de Laerdve. De rerum naiura, IV, latin, maniae, V. I et saivantsi ' Pour qn'U paisse Tivre,..

<vo/r

268 LB SECOKD LITRB

La mer avec travafl deux fois le jour chemioe ; ]^ terre tout ainsi qu'une femme en gésine (Qui pleine de douleur met au jour ses enfiuits) Ses firuits avec traYaM nous produit tous les ans : Ainsi Dieu Fa touIu, afin que seul il vive Affranchi du laf>eur qui la race cliéti?e Des liumains va rongeant de soucis langoureux.

Pouroe , l'homme est bien sot, ainçois bien malheureux, Qui a peur de mourir, et mémement à Theure Qu'il ne peut résister que soudain il ae meure.

Se moquerait-on pas de quelque comliattant. Qui dans le camp entré s'irait épouTantant, Ayant sans coup ruer > le cœur plus froid que glace. Voyant tant seulement de Tennerai la face ? Puisqu'il faut au marchand sur la mer voyager. Est-ce pas le meilleur, sans suivre le danger. Retourner exk sa terre et revoir son rivage ? Puisqu'on est résolu d'accomplir un voyagp. Est-ce pas le meilleur de bientôt mettre fin ( Pour regagner l'hôtel) aux labeurs du chemin? De ce chemin mondain qui est dur et pénible. Epineux , raboteux , et fôcheux au possible , Maintenant large et long, et maintenant étroit. Où celui de la mort est un chemin tout droit , Si certain à tmir, que ceux qui ne voient goutte. Sans fourvoyer d'un pas, n'en Mlent * point la route?

Si les hommes pensaient à part eux quelquefois Qu'il nous faïut tous mourir, et que même les rois ^e peuvent éviter de la mort la puissance. Ils prendraient en leurs cœurs un peu de patience. Sommes^MMis plus divins qu'Achille ni qu'Ajax ,

^ Fmitemi

Qu* Alexandre ou César, qui ne se surent pas Défendre du trépas, bien quMls eussent en guerre Réduite sous leurs mains presque toute la terre ?

Beaucoup ne sachant point qu'ils sont enfants de Dieu , Pleurent avant partir, et s'attristent, au lieu De chanter hautement le péan* de victoire, £t pensent que la mort soit quelque bête noire Qui les viendra manger, et que dix mille vers Rongeront de leurs corps les os tout découverts. Et leur têt * qui doit être, en un coin solitaire. L'effroyable ornement d'un ombreux cimetière. Chétif , après la mort le corps ne sent plus rien : £n vain tu es peureux , il ne sent mal ni bien, Non plus qu'il faisait lorsque le germe à ton père N'avoit enflé de toi le ventre de ta mère.

Télèphe ne sent plus la plaie qu'il reçut D'Achille, quand Bacchus en tombant le déçut : £t des coups de Paris plus ne se sent Achille, Plus Hector ne sent rien, ni son frère Troïle. C'est le tout que l'esprit qui sent après la mort , Selon que le bon œuvre ou le vice le mord : C'est le tout que de l'âme , il faut avoir soin d'elle : D'autant que Dieu l'a faite à jamais immortelle , Il faut trembler de peur que par faits vicieux INous ne la bannissions de sa maison, les cieux. Pour endurer après un exil très-moleste, Absente du regard de son Père céleste ; Et ne faut de ce corps avoir si grand ennui Qui n'est que son valet et son mortel étui, Brutal , impatient , de nature maline , Et qui toujours répugne à la raison divine :

' Péan : hymne. Têt .- cr&ne.

Pource il nous faat garder de n'être sarmontés

Des traîtres hameçons des fausses voluptés,

Qui nous plaisent si peu, qu'en moins d'un seul quart d'heure,

Rien fors le repentir d'elles ne nous demeure.

U ne faut pas humer de Circé les vaisseaux *, De peur que, transformés en tigres ou pourceaux, Nous ne puissions revoir d'Itaque la fumée, Du ciel notre demeure, à l'âme accoutumée, Où tous nous faut aller, non chargés du fardeau D'orgueil , qui nous ferait périr notre bateau, Ains que venir au port ; mais chargés d'espérance , Pauvreté , nudité , tourment et patience, Ck>mme étant vrais enfants et disciples de Christ , Qui vivant nous bailla ce chemin par écrit, Et marqua de son sang cette voie très sainte. Mourant tout le premier, pour nous ôter la crainte. Oh ! que d'être jà morts nous serait un grand bien. Si nous considérions que nous ne sommes rien Qu'une terre animée et qu'une vivante ombre , Le sujet de douleur, de misère , et d'encombre : Voire , et que nous passons en misérables maux Le reste (ô crève cœur ! ) de tous les animaux. Non pour autre raison Homère nous égale A la feuille d'hiver qui des arbres dévale *, Tant nous sommes chétifs et pauvres journaliers, Recevant sans repos maux sur maux à milliers. Comme faits d'une masse impuissante et débile.

Pource je m'ébahis des paroles d*Achille, Qui dit dans les enfers , qu'il aimerait trop mieux Être un pauvre valet et jouir de nos cieux, Que d'être roi des morts ^ : certes il faut bien dire

> Hmmer les vaisseaux: boire les àvfipwv. (r/<ad. Z', 146.) coup«*. 3 Voir HoMBfiB, OdyMCtf, A'.^î^'*

* OXr^TfÉp f vX)v(a>v Y^VSV), toii^os xai suivaats.

Que contre Agamemnon avait perdu son ire , Et que de Briséis plus ne se souvenait, Et que plus son Patrocle au cœur ne lui venait , Qui tant et tant de fois lui donnèrent envie De mourir de dépit pendant qu'il fut en vie.

Ou bien s'il eût ouï Tun des Sages qui dit : « Que rhomme n'est sinon durant le tenops qu'il vit Qu'une mutation qui n'a constance aucune , Qu'une proie du temps , qu'un jouet de Fortune : » I! n'eût voulu là haut renaître par deux fois, Non pour être valet , mais le plus grand des rois.

Masures, on dira que toute chose humaine Se peut bien recouvrer , terres , rentes , domaine , Maisons, femmes, honneurs, mais que par nul effort On ne peut recouvrer l'âme quand elle sort. Et qu'il n'est rien si beau que de voir la lumière De ce commun soleil , qui n'est seulement chère Aux hommes sains et forts , mais aux vieux chargés d'ans , Perclus, estropiés, catarrheux, impotents.

Tu diras que toujours tu vois ces platoniques. Ces philosophes pleins de propos magnifiques, Pire bien de la mort : mais quand ils sont jà vieux. Et que le flot mortel leur noue < dans les yeux , Et que leur pied tremblant est déjà sur la tombe. Que la parole grave et sévère leur tombe >, Et commencent en vain à gémir et pleurer. Et voudraient, s'ils pouvaient , leur trépas différer.

Tu me diras encor que tu trembles de crainte D'un batelier Charon, qui passe par contrainte Les âmes outre l'eau d'un torrent effrayant,

> Noue : nage. ^ Us renoncent à leur parole...

Et que tu crains le chien à trois voix aboyant , £t les eaux de Tantale et le roc de Sisyphe, Et des cruelles Sœurs l'abominable griffe , Et tout cela qu'ont feint les poètes là-bas Nous attendre aux enfers après notre trépas.

Quiconque dis ceci, pour Dieu, qu'il te souvienne Que ton âme n'est pas païenne, mais chrétienne , Et que notre grand Maître en la croix étendu. Et mourant , de la mort Taiguillon a perdu , Et d'elle maintenant n'a fait qu'un beau passage A retourner au ciel, pour nous donner courage De porter notre croix, fardeau léger et doux. Et de mourir pour lui comme il est mort pour nous , Sans craindre , comme enfants , la nacelle infernale , Le rocher d'ixion, et les eaux de Tantale, Et Charon , et le chien Cerbère à trois abois , Desquels le sang de Christ t'affranchit en la croix , Pourvu qu'en ton vivant tu lui veuilles complaire. Faisant ses mandements qui sont aisés à faire : Car son joug est plaisant, gracieux et léger. Qui le dos nous soulage en lieu de le charger. S'il y avait au monde un état de durée , Si quelque chose était en la terre assurée. Ce serait un plaisir de vivre longuement : Mais puisqu'on n'y voit rien qui ordinairement Ne se change et rechange, et d'inconstance abonde. Ce n'est pas grand plaisir que de vivre en ce monde : Nous le connaissons bien , qui toujours lamentons. Et pleurons aussitôt que du ventre sortons , Comme présagiant, par naturel augure.

De ce logis mondain la misère future.

Non pour autre raison les Thraces gémissaient, Pleurant piteusement quand les enfants naissaient : Et quand la mort mettait quelqu'un d'eux dans la bière.

L*estimaient bien heureux , comme franc ' de misère.

Jamais un seul plaisir en vivant nous n'avons : Quand nous sommes enfants, débiles, nous vivons Marchant à quatre pieds : et quand le second âge Nous vient encotonuer de barbe le visage , Lors la mer des ennuis se déborde sur nous, Qui de notre raison démanche à tous les coups Le gouvernail, vaincu de Tonde renversée, En diverses façons troublant notre pensée.

L'un veut suivre la guerre, et tenir ne s'y peut; L^autre la marchandise, et tout soudain il veut Devenir marinier, puis après se veut faire De quelque autre métier au marinier contraire : Celui-ci veut Thonneur, celui-là le savoir. Celui aime les champs , celui-là se fait voir Le premier au palais, et sue à toute peine. Pour avoir la faveur du peuple, qui est vaine > ; Mais il ont beau courir : car vieillesse les suit. Laquelle, en moins d'un jour, envieuse, détruit La jeunesse, et contraint que leur vigueur s'en aille, Se consommant en l'air ainsi qu'un feu de paille , Et n'apparaissent plus cela qu'ils ont été. Non plus qu'une fleurette après le chaud été. Adonc la Mort se sied dessus leur blanche ^ tête, Qui demande sa dette, et la veut avoir prête : Ou bien si quelques jours, pour leur faire plaisir, Les soui&e dans le lit languir tout à loisir, Si est-ce que soudain après l'usure 4 grande D'yeux , de bras , ou de pieds , sa dette redemande , Et veut avec l'usure avoir le principal : Ainsi pour vivre trop leur vient mal dessus maL

■ Franc : Ubre. satire i da livre I.

3 Ce passage rappelle plasleors en- ^ Bl<mohe : ponr blanchie, droits d'Horace, et en particulier la < Vauf : affaiblissement, perte.

274 LE SECOND LIYlBiE

Pouroe à bon droit disait le Comique Ménandre, Que toujours Jupiter en jeunesse veut prendre Ceux qu'il aime le plus ; et ceux qu'il n*aime pas, Les laisse en cheveux blancs longtemps vivre çà-bas > Aussi ce grand saint Paul jadis désirait être Délié de son corps, pour vivre avec son maître, Et jà lui tardait trop qu'il n'en sortît dehors. Pour vivre avecque Christ, le prémice * des morts.

On dit que les humains avaient au premier âge. Des dieux reçu la vie en éternel partage , Et ne mouraient jamais : toutefois, pleins d'ennui Et de soucis, vivaient comme ils font aujourd'hui. Leur langue à Jupiter accusa Prométhée De la flamme du feu qu'il lui avait 6tée, Et adonques ce dieu pour les récompenser De tel accusement , ne put jamais penser Plus grand don que la Mort , et leur en fit largesse Pour un divm présent, comme d'une déesse.

Aussi grands que la terre il lui fit les deux bras, Armés d'une grand' faulx , et les pieds par à bas Lui calfeutra de laine, afin qu'âme vivante Ne pût ouïr le bruit de sa trace suivante. Il ne lui fit point d'yeux, d'oreilles ni de cœur, Pour n'être pitoyable en voyant la langueur Des hommes, et pour être à leur triste prière Toujours sourde , arrogante , inexorable et fière : Pource elle est toute seule entre les immortels Qui ne veut point avoir de temples ni d'autels, Et qui ne se fléchit d'oraison ni d'oflrande.

*■ On faat-U croire, hélas ! ce qae dinictiC noa pères,

Qm laiiqn*on meurt si jeune, oo est aimé des Dieux *

( Alfred de MnssiT, Stances à la Malièra». )

> PrémUe : prix, récompeiue.

DES HYMNBS 275

Par exprès mandement le grand Dieu lui commande Tuer premier les bons , et de les envoyer Incontinent au ciel , pour le digne loyer De n'avoir point commis encontre lui d'offense ; Puis à la race humaine il fit une défense De jamais n'outrager les hommes endormis , Soit de nuit, soit de jour, fussent leurs ennemis, D'autant que le Sommeil est le frère' de celle Qui l'âme reconduit à la vie éternelle , Où plus elle n'endure, avec son Dieu là haut, !Ni peine ni souci, ni froidure ni chaud, Procès ni maladie : ains, de tout mal exempte. De siècle en siècle vit bien heureuse et contente. Auprès de son facteur », non plus se renfermant En quelque corps nouveau , ou bien se transformant En étoile , ou vaguant par l'air dans les nuages, Ou voletant là-bas dans les déserts sauvages ( Gomme beaucoup ont cru ), mais en toute saison Demeurant dans le ciel, son antique maison. Pour contempler de Dieu l'étemelle puissance, Les démons, les héros et l'angélique essence , Les astres, le soleil, et le merveilleux tour De la voûte du ciel qui nous cerne ^ à l'entour. Se contentant de voir dessous elle les nues , La grande mer flottante , et les terres connues , Sans plus y retourner : car, à la vérité , Bien peu se sentirait de ta bénignité , 0 gracieuse Mort! si pour la fois seconde Abandonnait le ciel , et revenait au monde : Aussi dans ton lien tu ne la peux avoir Qu'un coup, bien que ta main étende son pouvoir,

Et eeusanguineus Leti Snpor. ^ Facteur : créateur.

( Vifto., Énéid., VI, 278.^ ' NOUS cerna : nous entMire.

276 LE SECOND LIYBE

En cent mille façons, sur toute chose née :

Car naissant, nous mourons : telle est la destinée

Des corps sujets à toi, qui tiens tout, qui prends tout,

Qui n'as en ton pouvoir certaine fin ni bout :

Et ne fût de Vénus Tâme générative ,

Qui tes fautes répare', et rend la forme vive.

Le monde périrait; mais son germe en refait

Autant de son côté que ton dard en défait.

Que ta puissance, ô Mort! est grande et admirable!

Rien au monde par toi ne se dit perdurable :

Mais tout ainsi que Tonde, à val des ruisseaux, fuit

Le pressant coulement de l'autre qui la suit ,

Ainsi le temps s'écoule, et le présent fait place

Au futur importun qui les talons lui trace * :

Ce qui fut se refait : tout coule comme une eau^

Et rien dessous le ciel ne se voit de nouveau :

Mais la forme se change en une autre nouvelle.

Et ce changement là, vivre, au monde s'appelle ,

Et mourir , quand la forme en une autre s'en va :

Ainsi avec Vénus la nature trouva

Moyen de ranimer, par longs et divers changes,

(La matière restant) tout cela que tu manges :

Mais notre âme immortelle est toujours en un lieu.

Au change non sujette, assise auprès de Dieu,

Citoyenne à jamais de la ville éthérée»

Qu'elle avait si longtemps en ce corps désirée.

Je te salue, heureuse et profitable Mort, Des extrêmes douleurs médecin et confoit ; Quand mon heure viendra , déesse, je te prie, ]\e me laisse longtemps languir en maladie, Tourmenté dans un lit : mais puisqu'il faut mourir

> Qui eompeiue les pertes qae ta faillir, dont il dérive. causes. Faute garde Ici le sens de ^ Lai presse les talons.

Donne moi que soudain je te puisse encourir ',

Ou pour rhonneur de Dieu, ou pour servir mon prince,

Navré \ poitrine ouverte, au bord de ma province 3.

< IlMmUe que Ronaard m MaTienne dans Sophocle. {AjaXf 831 et salv.) ici da beau monologae d'AJaz, et de aet ' Navré : bleue, invoeatioiif à Mercure et à la Mort * Sur lea frontièree de ma patrie.

Page 1