‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 82 sur 127 · A JACQUES DE BROU · texte numérisé non relu

A JACQUES DE BROU

CONSEILLER DU ROI Elf SON GRAND CONSEIL.

Nous sommes amoureux, non de même maltresse. Mais de beauté pareille et de même rigueur : La tienne est à Poitiers, qui t'a ravi le cœur, La mienne est à la cour, en forme de déesse {*).

La mienne, sans me plaindre, une heure ne me laisse : La tienne te tourmente en extrême langueur. Nous différons d'un point : c'est qu'un jour ta douleur Prendra fin, et jamais la mienne n'aura cesse.

Le flambeau d'hyménée aura de toi pitié : Je ne saurais me joindre avecque ma moitié ; O cruauté du ciel aux amans trop sévère !

De Brou, conforte-moi , je te conforterai : Ainsi plus doucement mon mal je porterai : Un malheureux d'un autre allège la misère.

(*) Hélène, à <|ai sont adressés les sonnets.

376 SONMT»

A BOB£RT GARNIERH.

Il me souvient, Gamier, que je prêtai la main Quand ta muse accoucha : je le veux faire encore; Le parrain bien souvent par Fenfant se décore, Par l'enfant bien souvent s'honore le parrain.

Ton ouvrage, Gamier, tragique et souverain. Qui fils, parrain ^isemble, et toute France honore, Fera voler ton nom du Scythe jusqu'au More, Plus dur contre les ans que marbre ni qu'airain.

Réjouis-toi, mon Loir, ta gloire est infinie, Huisne ' et Sarthe * tes sœurs, te feront compagnie. Faisant Gamier, Belleau et Ronsard estimer :

Trois fleuves qu'Apollon en trois esprits assemble. Quand trois fleuves, Gamier, se dégorgent ensemble, Bien qu'ils ne soient pas grands,font une grande mer.

* L'HuUne coule à Nogcnt-Ie-Ro« ^ ^ Sarthe fur les bords de lav^^t trou, patrie de BeUeaa. naquit Garnier.

(*) Bobert Garnier, né en 1646, mort en I601. On a conservé de lai nenf tragédies.

A iJIADIS JAMIN (*)j tXCRÉIkXM DU ROI.

Trois temps, Jamio, ici-bas ont naissance. Le temps passé, le présent, le futur;

(*) Ëlève et ami de Ronsard.

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Quant au futur, il nous est trop obscur : Car fl n'est pas en notre connaissance.

Quant au passé, il fut sans espérance De retourner pour faire un lendemain, £t ne revient jamais en notre main :

Le seul présent est en notre puissance ;

Donques, Jamin, jouissons du présent, Incontinent il deviendrait absent :

Buvons ensemble, emplissons ce grand verre.

Pendant que Theure en donne le loisir.

Avec le vin, Tamour et le plaisir Charmons le temps, les soucis et la guerre '.

' Idées fiunillèrM i Horaee. Voir Odet, pcusim»

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