‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 83 sur 127 · A LA RIVIÈRE DU LOIR · texte numérisé non relu

A LA RIVIÈRE DU LOIR

Réponds-moi, méchant Loir, me rends-tu ce loyer Pour avoir tant chanté ta gloire et ta louange ? As-tu osé, barbare, au milieu de ta fange. Renversant mon bateau, sous tes flots m'envoyer?

Si ma plume eût daigné seulement employer Six vers à célébrer quelque autre fleuve étrange, Quiconque soit celui, fût-ce le Nil ou Gange, Le Danube ou le Rhin, ne m'eût voulu noyer.

Pindare, tu mentais ! l'eau n'est pas la meilleure De tous les éléments ^ : la terre est la plus seure^ Qui de son large sein tant de biens nous départ.

Voir Pindare, Olymp, I, t. 1. "ApiOTOV (i£V Odwp.

978 SONNBTS DIYEBS.

O fleuve stygieux! descente achéroDtide!

Tu m'as voulu noyer, de ton chantre homicide, Pour te vanter ' le fleuve où se noya Ronsard.

* Tt minier : te dire avee Tanitè.

Que je serais marri, si tu m'avais donné Le loyer qu'un amant demande à sa maîtresse ; Alors que tout mon sang bouillonnait de jeunesse, Tous mes désirs étaient de m'en voir guerdonné ' .

Maintenant que mon poil est du tout grisonné, Tabhorre en y pensant moi-même et ma fadesse *, Qui servis si longtemps pour un bien qui se laisse Pourrir en un sépulcre aux vers abandonné.

Enchanté, je servis une vieille carcasse^ Un squelette séché, une impudente face, Une qui n'a plaisir qu'en amoureux transi.

Bonne la loi de Gypre, où la fille au rivage. Embrassant un chacun, gagnait son mariage, Sans laisser tant languir un amant en souci.

> Guerdonné : récompensé. ^ Fadesse i sottiae.

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