DISCOURS DES MISÈRES
Ainsi la France court en armes divisée. Depuis que la raison n'est plus autorisée.
Mais vous,' Reine très-sage, en voyant ce discord, Pouvez en commandant , les mettre tous d'accord, Imitant le pasteur , qui voyant les armées Des abeilles voler au combat animées, Et par Tair à monceaux épaisses se ruer. Se percer, se piquer, se navrer, se tuer, Puis, comme tourbillons se mêlant pêle-mêle, Tomber mortes du ciel aussi menu que grêle, Portant un gentil cœur dedans un petit corps. Il verse sur leurs camps ' un peu de poudre, et lors De ces soudars ailés le pasteur, à son aise, Pour un peu de sablon tant de noises apaise ^
Ainsi, presque pour rien, la seule dignité De vos enfants , de vous , de votre autorité ( Que pour votre vertu chaque état vous accorde ) Pourra bien apaiser une telle discorde.
O Dieu, qui de là haut nous envoyas ton Fils, Et la paix éternelle avecques nous tu 6s, Donne, je te supplie, que cette Reine mère Puisse de ces deux camps apaiser la colère : Dorme-moi derechef que son sceptre puissant Soit, malgré le discord, en armes fleurissant ; Donne que la fureur de la guerre barbare Aille bien loin de France au rivage ïartare ^ ; Donne que nos couteaux de sang humain tachés Soient dans un magasin pour jamais attachés : Et les armes au croc, sans être embesognées ^, Soient pleines désormais de toiles d'araignées.
^ Leurs camps ; leurs deux armées. 3Ui meliorapliserro^eInqaehostlbll$illu'^^• 2 f^oy. Virgile, Céor{^., cbant IV, (Vi ro, C«forf., IIl. iW.) vers 67 à 88 * Embesognées : Voy. pag. 397, uote o.
Ou bien, ô Seigneur Dieu, si les cruels destins Nous veulent saccager par la main des mutins, Donne que hors d«s poings échappe Talumelie ' De ceux qui soutiendront la mauvaise querelle ; Donne que les serpents des hideuses Fureurs* Agitent leurs cerveaux de paniques terreurs.
Donne qu'en plein midi le jour leur semble trouble ; Donne que pour un coup ils en sentent un double ; Donne que la poussière entre dedans leurs yeux.
D'un éclat de tonnen'e arme ta main aux cieux , Et pour punition élance sur leur tête, Et non sur les rochers, les traits de la tempête.
I L'alumelle : l'épée. 2 Fureurs : Furies, déesses des eofurF.