‹ Choix de poésies de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 89 sur 127 · DB OS TEMPS · texte numérisé non relu

DB OS TEMPS

L'artisan par ce monstre a laissé sa boutique. Le pasteur ses brebis, l'avocat sa pratique, Sa nef le marinier, son trafic le marchand , Et par lui le prud'homme est devenu méchant; L'écolier se débauche , et de sa faux tortue Le laboureur façonne une dague pointue ', Une pique guerrière il fait de son râteau , Et Tacier de son contre > il change en un couteau.

Morte est l'autorité : chacun vit en sa guise ; Au vice déréglé la licence est permise ; Le désir, l'avarice, et l'erreur ^ insensé Ont sens dessus dessous le monde renversé. Ont fait des lieux sacrés une horrible voierie, Une grange, une étable et une porcherie, Si bien que Dieu n'est sûr en sa propre maison. Au ciel est revolée et justice et raison, £t en leur place, hélas ! règne le brigandage , Le barnois 4, la rancueur, le sang et le carnage.

Tout va de pis en pis : le sujet a brisé Le serinent qu'il devoit à son roi méprisé ; Mars , enflé de faux zèle et de vaine apparence, Ainsi qu'une furie, agite notre France , Qui, farouche, à son prince opiniâtre, suit L'erreur d'un étranger ^^ et soi-même détruit.

Tel voit-on le poulain dont la bouche trop forte Par bois et par rochers son écuyer emporte , Et malgré l'éperon , la houssine et la main Se gourmer de sa bride , et n'obéir au frein :

> Et corvK rigidam falces coDflantar In * Erreur : coaserrait alors le gear«

[eosem. mascnlin du latiu trror.

(ViKo., Géorg., I, So8.) < le harnois : les armes.

^ Couire : soc de charme. * Latber.

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