AU PEUPLE DE FRANCE
O Ciel ! 6 mer! ô terre! ô Dieu, père commua Des juifs et des chrétiens, des Turcs, et d'un chacun î Qui nourris aussi bien par ta bonté publique Ceux du pôle antarctiq' que ceux du pôle arctique : Qui donnes et raison et vie et mouvement Sans respect ' de personne à tous également : Et fais du ciel là haut sur les têtes humaines Tomber, comme il te plaît, les grâces et les peines!
O Seigneur tout puissant, qai as toujours été Vers toutes nations plein de toute bonté, De quoi te sert là haut le trait de ton tonnerre, Si d'un éclat de feu tu n'en brûles la terre ? Es-tu dedans un trône assis sans faire rien ? 11 ne faut point douter que tu ne saches bien Cela que contre toi brassent -^ tes créatures; Et toutefois. Seigneur, tu le vois et l'endures !
Ne vois- tu pas du ciel ces petits animaux. Lesquels ne sont vêtus que de petites peaux. Ces petits animaux qu'on appelle les hommes, Qu'ainsi que bulles d'eau tu crèves et consommes. Que les doctes romains et les doctes grégeois Nomment songe, fumée, et feuillage des bois. Qui n'ont jamais ici la vérité connue Que je ne sais comment par songes et par nue ?
» Sans respect : sans considération. ^ Brassent : trament , tu Diiqucnf,
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Et toutefois, Seigneur, ils font les empêchés. Comme si tes secrets ne leur étaient cachés, Braves en (repreneurs et discoureurs des choses Qui aux entendements de tous hommes sont closes. Qui par longue dispute et curieux propos ]?ïe te laissent jouir du bien de ton repos ; Qui de tes sacrements effacent la mémoire ; Qui disputent en vain de cela qu'il faut croire; Qui font trouver ton fils imposteur et menteur : Ne les puniras-tu, souverain Créateur ?
Tiendras-tu leur parti ? veux-tu que l'on t'appelle Le Seigneur des larrons^ et le Dieu de querelle? Ta nature y répugne, aussi tu as le nom De doux, de pacifiq', de clément et de bon, £t ce monde accordant, ton ouvrage admirable. Nous montre que l'accord t'est toujours agréable. Mais quel serait le Turc, le Juif, le Sarrasin, Qui, voyant les erreurs du chrétien son voisin. Se voudrait baptiser, le voyant d'heure en heure Changer d'opinion, et jamais ne s'asseure ' ? Le connaissant léger, mutin, séditieux, £t trahir en un jour la foi de ses aïeux? Volontaire, inconstant, qui au propos chancelle Du premier qui lui chante une chanson nouvelle? Le voyant Manichée, et tantôt Arien, Tantôt Calvinien, tantôt Luthérien, Suivre son propre avis, non celui de l'Église? Un vrai jonc d'un étang, le jouet de la bise, | Ou quelque girouette inconstante, et suivant Sur le haut d'une tour la volonté du vent? Et qui serait le Turc lequel aurait envie De se faire chrétien, en voyant telle vie?
< Et jamais il n*est ferme dans ses ccoyances.
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Certes si je n'avais une certaine foi Que Dieu par son esprit de grâce a mise en moi, Voyant la chrétienté n*étre plus que risée, J'aurais honte d'avoir la tête baptisée : Je me repentirais d'avoir été chrétien, £t comme les premiers je deviendrais païen.
La nuit, j'adorerais les rayons de la lune. Au matin, le soleil, la lumière commune. L'œil du monde ; et si Dieu au chef' porte des yeux. Les rayons du soleil sont les siens radieux, Qui donnent vie à tous, nous conservent et gardent. Et les faits des humains en ce monde regardent.
J'adorerais Gérés, qui les blés nous apporte, Et Bacchus, qui le cœur des hommes réconforte, Neptune le séjour des vents et des vaisseaux, Les Faunes et les Pans et les Nymphes des eaux, Et la Terre hôpital * de toute créature. Et ces dieux que l'on feint ministres de Nature. Mais l'Evangile saint du Sauveur Jésus-Christ M'a fermement gravée une foi dans l'esprit, Que je ne veux changer pour une autre nouvelle. Et dussé-je endurer une mort très-cruelle.
De tant de nouveautés je ne suis curieux, U me plaît d'imiter le train de mes aïeux : Je crois qu'en paradis ils vivent à leur aise, Encor qu'ils n'aient suivi ni Calvin ni de Bèze.
Dieu n'est pas un menteur, abuseurni trompeur : - De sa sainte promesse il ne faut avoir peur : Ce n'est que vérité, et sa vive parole. N'est pas comme la nôtre incertaine et frivole.
> jéu chef : à la t£te. > HOpital : abri , asUe.
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L'homme qui croit en moi, dit-il, sera sauvi : Nous croyons tous en toi, notre chef est lavé, En ton nom, 6 Jésus, et, dès notre jeunesse, Par foi nous espérons en ta sainte promesse.
Et toutefois. Seigneur, par un mauvais destin, Je ne sais quel ivrogne,apostat augustin ' , Nous prêche le contraire, et tellement il ose, Qu'à toi, la vérité, son mensonge il oppose.
Le soir que tu donnais à ta suite > ton corps, Personne d'un couteau ne te pressait alors Pour te faire mentir, et pour dire au contraire De ce que tu avais délibéré de faire:
Tu as dit simplement d'un parler net et franc, Prenant le pain et vin : Cest ci mon corps et sang. Non signe de mon corps ; toutefois ces ministres. Ces nouveaux défroqués, apostats et bélistres. Démentent ton parier, disant que tu rêvais. Et que tu n'entendais les mots que tu disais.
Ils nous veulent montrer par raison naturelle Que ton corps n'est jamais qu'à la dextre étemelle De ton père là haut, et veulent t'attacher Ainsi qu'un Prométhée au faîte d'un rocher;
Ils nous veulent prouver par la philosophie Qu'un corps n'est en deux lieux, aussi je ne leur nie : Car tout corps n'a qu'un lieu, mais te tien, 6 Seigneur, Qui n'est que majesté, que puissance et qu'honneur. Divin, glorifié, n'est pas comme les nôtres.
Celui ^ à porte close alla voir les Apôtres, Celui, sans rien casser, sortit hors du tombeau,
' Lotber, qai appartenait a l'ordre ^ Ta suite : tes apôtres, dea Augusliu. ' Celui : ce corps.