DE P. DE RONSARD, CONSACRÉ A MARIE DES MARQUETS
ELEGIE
Mon fils s si tu savais ce qu'on dira de toi , Ta ne voudras jamais déloger de chez moi, Enclos en mon étude : et ne voudrais te faire Salir ni feuilleter aux mains du populaire. Quand tu seras parti sans jamais retourner^ Étranger loin de moi te faudra séjourner : Car, ainsi que le vent sans retourner s'envole, Sans espoir de retour s'échappe la parole*. Or tu es ma parole , à qui de nuit et jour J'ai conté les propos que me contait Amour,
< Mon fils : I/antear, à Texemple nienz a été sooVent imité depuia; ea
d'Oride, d'Borace et d'antres poètes particnlier par Régnier et Boileao.
ancieas, adresse à son livre ce qu'il , ^^^^ vox mlssa reverti.
Teat dire k son lecteur. Ce toar inge- (Hox., fpti/. md Pif., v. Sgo.)
(*) Ce second livre est consacré à chanter les amours de Ronsard pour Marie des Marquets, née à Pin de Boargu«i1, où le poète la vit poar la première fois, le 20" d^avril. ( Voy. II* lÀvre des Amours, sonnet iv. )
Après avoir longtemps chanté sa C^ssandre, qu*il avait aimée sans ré» compense, Ronsard devint amoareax d'une Jeune, honnête et gracieuse maîtresse quM! célèbre en cette seconde partie. C^était une lUIe de quelque bourgade champêtre . qu'il avait rencontrée un jour d*avrU et qui se montra, du reste, aussi ingrate et cruelle que la première.
68 LB SECOND LIYBE
Pour les mettre en ces vers qu'en lumière tu portes, Crochetant ' malgré moi de ma chambre les portes , Pauvret ! qui ne sais pas que nos citoyens sont Plus subtils par le nez que le rhinocéront. Donc, avant que tenter la mer et le naufrage , Vois du port la tempête , et demeure au rivage : Tard est le repentir de tôt s'être embarqué. Tu seras tous les jours des médisans moqué D'yeux, et de hausse-becs», et d'un branler de tête. Sage est celui qui croit à qui bien l'admonéte.
Tu sais (mon cher enfant) que je ne te voudrais Tromper, contre nature impudent je faudrais , £t serais un serpent de farouche nature Si je voulais trahir ma propre géniture. Car tout tel que tu es , naguères je te fis , Et je ne t'aime mpins qu'un père aime son fîlâ.
Quoi 1 tu veux donc partir? et tant plus je te cuide ^ Retenir au logis, plus tu hausses la bride. Va donc ; mais au partir, mou fils , je te prierai De répondre à chacun ce que je te dirai, * Afin que tes raisons gardent bien en l'absence De moi, le père tien, Thonneur et l'innocence.
Si quelqdl^dame honnête et gentille de cœur, (Qui aura Tinconstance et le change en horreur) Me vient en te lisant d'un gros sourcil reprendre De quoi je ne devais oublier ma Cassandre, Qui la première au cœur le trait d'amour me mit, Et que le bon Pétrarque ^ un tel péehé ne fit, Qui fut trente et un ans amoureux de sa dame ,
' Crochetant : fermant. * Pétrarque : amoureux de Lauré ,•
' navsse-bees : marques de dédain* qu'il a célébrée dan* ꀻ poéaies im« S Cuide : désire. mnrtellct^
Tal f comme dit Merlin , êukh engeigncr
[autrui. (La PotiT.)
DES ÀMOUBS. 69
Sans qu'un autre penser lui pût échauffer Fâme : Réponds-lui je te pri', que Pétrarque sur moi N'avait autorité de me donner sa loi, Ni à ceux qui viendraient après lui, pour les faire Si longtemps enchaînés, sans leur lien défaire.
Lui-même ne fut tel : car à voir son écrit Il était éveillé d'un trop gentil esprit Pour être sot trente ans, abusant sa jeunesse Et sa muse au giron d'une vieille maîtresse : Ou bien il jouissait de sa Laurette , ou bien H était un grand fat d*aimer sans avoir rien. Ce que je ne puis croire , aussi n*est-il croyable : If on il en jouissait : puis la fit admirable , Chaste, divine, sainte : aussi l'amoureux doit Célébrer la beauté dont plaisir il reçoit : Car celui qui la blâme après la jouissance N'est homme, mais d'un tigre il a pris sa naissance. Quand quelque jeune ûile est au commencement Cruelle , dure , fière à son premier amant , Constant il faut attendre : il peut être qu'une heure Viendra sa^s y penser qui la rendra meilleure. Mais quand elle devient voire de jour en jour Plus dure et plus rebelle et plus rude en amour> On s'en doit éloigner sans se rompre la tête ^
De vouloir adoucir une si sotte bête.
Je suis de tel avis : me blâme de ceci , M'estime qui voudra, je le conseille ainsi.
Les femmes bien souvent sont cause que nous sommes Volages et légers , amadouant les hommes D'un espoir enchanteur, les tenant quelquefois Par une douce ruse un an ou deux ou trois , Dans les liens d'amour sans aucune allégeance i Cependant un valet en aura jouissance ,.
70 LE SECOND UVBE
Ou bien quelque badin emportera ce bien
Que le fidèle ami à bon droit cuidait ■ sien :
Et si ne laisseront, je parle des rusées
Qui ont au train d'amour leurs jeunesses usées
(C'est bien le plus grand mal qu'un homme puisse avoir
Que servir une femme accorte à décevoir),
D'enjoindre des travaux qui sont insupportables ,
Des services cruels , des tâches misérables.
Car sans avoir égard à la simple amitié
De leurs pauvres servants, cruelles n'ont pitié,
Non plus qu'un fier corsaire, en arrogeance braves,
N'a pitié des captifs à l'aviron esclaves.
Il faut vendre son bien , il faut faire présents
De chaînes , de carcans * , de diamants luisants ;
Il faut donner la perle et l'habit magnifique ,
Il faut entretenir la table et la musique ,
Il faut prendre querelle, il faut les supporter.
Certes j'aimerais mieux dessus le dos porter
La hotte pour curer les étables d'Augée ^,
Que me voir serviteur d'une dame rusée.
I^ mer est bien à craindre , aussi est bien le feu ,
Et le ciel quand il est de tonnerres émeu. j
Mais trop plus est à craindre une femme clergesse ^ , ,
Savante en Tart d'amour, quand elle est tromperesse ;
Par mille inventions mille maux elle fait ,
Et d'autant qu'elle est femme , et d'autant qu*elle sait.
Quiconque fut le dieu qui la mit en lumière ,
Il fut premier auteur d'une grande misère. |
Il fallait par présents consacrés aux autels Acheter nos enfants des grands dieux immortels , Et non user sa vie avec ce mal aimable ,
■ Cuidait : croyait. Hercale nettoya les étables en y fai-
' Carcans : colliers. »ant passer le fleave Alpbée.
* Avgéc : Augias, roi d'Élis, dont * Clere : savant, habile.
DBS ÀMOUBS. 71
Les femmes , passion de Thomme misérable , Misérable et chétif, d'autant qu'il est vassal, Durant le temps qu'il vit , d'un si fier animal.
Quand on peut par hasard heureusement choisir Quelque belle maîtresse et l'avoir à plaisir, Soit de haut ou bas lieu , pourvu qu'elle soit fille Humble, courtoise , honnête , amoureuse et gentille , Sans fard , sans tromperie, et qui sans mauvàistié Garde de tout son cœur une simple amitié , Aimant trop mieux cent fois à la mort être mise , Que de rompre sa foi quand elle l'a promise : Il la faut honorer tant qu'on sera vivant , Comme un rare joyau qu'on trouve peu souvent. Celui certainement mérite sur la tête Le feu le plus ardent d'une horrible tempête , Qui trompe une pucelle , et mêmement alors Qu'elle se donne à nous et de cœur et de corps.
N'est-ce pas un grand bien quand on fait un voyage , De rencontrer quelqu'un qui d'un pareil courage Veut nous accompagner, et comme nous passer Tant d'étranges chemins , fâcheux à traverser ? Aussi n'est-ce un grand bien de trouver une amie Qui nous aide à passer cette chétive vie , Qui sans être fardée, ou pleine de rigueur, Traite fidèlement de son ami le cœur ?
Dis leur, si de fortune une belle Cassandre Vers moi se fût montrée un peu courtoise et tendre, £t pleine de pitié eût cherché de guérir Le mal dont ses beaux yeux dix ans m'ont fait mourir, Non- seulement du corps , mais sans plus d'une œillade Eût voulu soulager mon pauvre cœur malade , Je ne l'eusse laissée , et m'en soit à témoin Ce jeune enfant ailé qui des amours a soin.
73 LE SECOND LIVBE
Mais voyant que toujours elle marchait plus fièrc^, Je déliai dii tout mou amitié première 4 Pour en aimer une autre en ce pays d'Anjou , Où mamtenant Amour me détient sous le joug : Laquelle tout soudain je quitterai, si elle M'est, comme fut Cassandre, orgueilleuse et rebelle. Pour en chercher une autre , à fin de voir un jour De pareille amitié récompenser m'amour, Sentant raflection d'un autre dans moi-même : Car un homme est bien sot d'aimer si on ne l'aime.
Or' si quelque impudent me vient blâmer de quoi Je ne suis plus si grave en mes vers que j'étoi A mon commencement , quand l'humeur pindarique Enflait empoulément ' ma bouche magnifique : Dis lui que les amours ne se soupirent pas D'un vers hautement grave , ains d'un beau style bas , Populaire et plaisant, ainsi qu'a fait Tibulle, L'ingénieux Ovide et le docte Catulle.
liC fils de Vénus hait ces ostentations : Il sullQt qu'on lui chante au vrai ses passions. Sans enflure ni fard , d'un mignard et doux style , Coulant d'un petit bruit ^ comme un eau qui distille. Ceux qui font autrement , ils font un mauvais tour A la simple Vénus et à son fils Amour.
S'il advient quelque jour que d'une voix hardie J'anime l'échafaud * par une tragédie Sententieuse et grave , alors je ferai voir Combien peuvent les nerfs de mon petit savoir. Et si quelque Furie en mes vers je rencontre, Hardi j'opposerai mes Muses à rencontre : Et ferai résonner d*un haut et grave son
• Empoulément : d'une manière em- ' Éekafavd : théâtre, poalée.
(Pour avoir part au bouc*) la tragique tançon * : Mais ores que d'amour les passions je pousse , Humble je veux user d'une muse plus douce.
Je ne veux que ce vers d'ornement indigent Entre dans une école , ou qu'un brave régent Me lise pour parade : il suffît si m'amie Le touche de la main dont elle tient ma vie : Car je suis satisfait , si elle prend à gré Ce labeur que je voue à ses pieds consacré.
■Carminé qui tragiro vilem rntavit ob > TcMÇOn : noIse, qverellfl, d'oà
[ hircum. tancer, selon Belleaa. Une sorte de
( Hoa. } poésie à divers interloentears, ISsmi-
D« plut habile riMintre an bouc éuit leprix. nf^f^ ^0, troabadours, s'appelait /e»i-
( BOILBAU. }
so».
A PONTUS DE TYARD (*).
Ma Muse était blâmée à son commencement D'apparaître trop haute au simple populaire : Maintenant désenflée on la blâme au contraire , Et qu^elle se dément parlant trop bassement.
Toi de qui le labeur enfante doctement Des livres immortels, dis-moi, que dois-je faire? Dis-moi (car tu sais tout) comme dois-je complaire A ce monstre têtu divers en jugement ?
Quand je tonne eu mes vers il a peur de me lire *. Quand ma voix se rabaisse il ne fait qu'en médire ; Dis-moi de quel lien , force , tenaille ou clous
(*) Sonnet adressé à Pontos de Tyard, ami de Ronsard, savant et poète, UD de ceux qui composaient la pléiade , né en I52i, dans le Maçonnais, nort à l*âge de qaatre< vingt-deux ans. évéque de CbAlonii, comte et pair de France.
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Tiendrai-je ce Proté > qui se change à tous eoups? Tyard , je t'entends bien , il le faut laisser dire , Et nous rire de lui comme il se rit de nous.
' Proté : Protée , dieu marin , ûlê « Quo teneam modo nutantem Protea de Meptane, dont il gardait lestroa- [voltum.
peaux. (viRG.,Georg.,liv. IV.) , 1H«*J
Marie y vous avez la joue aussi vermeille Qu'une rose de mai, vous avez les cheveux Entre bruns et châtains , frisés de mille nœuds , Crêpés et tortillés tout autour de l'oreille.
Quand vous étiez petite une mignarde abeille Sur vos lèvres forma son nectar savoureux; Amour laissa ses traits en vos yeux rigoureux, Pithon ' vous fit la voix à nulle autre pareille.
Vous avez les tetins comme deux monts de lait, Qui pommèlent ainsi qu'au printemps nouvelet Pommèlent deux boutons que leur châsse ' environne :
De Junon sont vos bras, des Grâces votre sein, Vous avez de l'Aurore et le front et la main , Mais MOUS avez lé cœur d'une fière ^ lionne.
> PilhoH : IletOb), iieute de la per- ' Châsse : caliee ( d'oà In mot «r. •naaion. chasser).
* frère : do latin ferutf MSTage.
Le vingtième d'avril, couché sur l'herbelette. Je vis, ce me semblait, en dormant, un chevreuil,
DES AMOUBS. 75
Qui çà qui là marchait où le menait son vueil ■, Foulant les belles fleurs de mainte gambelette.
Une corne et une autre encore nouvelctte Entait son petit front d'un gracieux orgueil : Comme wi soleil luisait la rondeur de son oeil , Et un carcan > pendait sous sa gorge douillette.
Si tôt que je le vis, je voulus courre^ après ; Et lui, qui m'avisa, prit sa fuite es forêts , Où, se moquant de moi, ne me voulut attendre :
Mais en suivant son trac "i, je ne m'avisai pas D'ub piège entre les fleurs , qui me lia le pas : Ainsi pour prendre autrui moi-même me fis prendre
* f^neii : volonté. en langage de Ténerie : coarre le lièvre,
' Carean : Collier. le cerf.
3 Oivrte : pour coarir; eocore asitè * Trac : trace, elwmin; traettu,
IV n
Douce , belle , amoureuse et bien fleurante rose ', Que tu es à bon droit aux amours consacrée ! Ta délicate odeur hommes et dieux récrée , Et bref, rose , tu es belle sur toute chose.
Marie pour son chef» un beau bouquet compose De ta feuille, et toujours sa tête en est parée : Toujours cette Angevine , unique Cythérée , Du parfum de ton eau sa jeune face arrose.
Ah Dieu ! que je suis aise alors que je te voi Eclore au point du jour sur l'épine à requoi ^,
I Bien fleurante : k lA douce oàenr. 3 Â requoi : dn latin requtes, em » Chfif : pour aa tête. p.l,^ à l'aide.
V*) Imité d^Aoacréon.
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Aux ja)rdiDS de BourgueU près d'une eau solitaire !
De toi les nymphes ont les coudes et le sein, De toi Taurore emprunte et sa joue et sa main, £t son teint la beauté qu'on adore en Cytbère.
MADRIGAL (^]
Mon docte Peletier, le temps léger s'enfuit, Je change nuit et jour de poil ' et de jeunesse : Mais je ne change pas l'amour d'une maîtresse, Qui dans mon cœur collée étemelle me suit.
Toi qui es dès enfance en tout savoir instruit . (Si de notre amitié l'antique nœud te presse ), Comme sage et plus vieil , donne moi quelque adresse Pour éviter ce mal qui ma raison séduit.
Aide-moi, Peletier, si par philosophie Ou par le cours des cieux tu as jamais appris Un remède d'amour, dis-le moi je te prie. De l'arbre à Jupiter * qui fut jadis en prix ,
(De nos premiers aïeux la vieille prophétie) Tu auras à bon droit la couronne et le prix D'avoir par le conseil de tes doctes écrits Sauvé de ton ami la franchise et la vie.
' Poil : cheveox. ' De Varbre à Jupiter : les ebèoe«
Et. comme notre poil, bUncbUs».t dos «*« »*>*>""« •'"**"* '» '«'"»'* «"•"P?*-
[désirs, tiqae. C'est avec les rameaux du chêne
(RÉomst.) qu'on tressait la couronne civique.
(*) Adressé à Jacques Peletier de Mans, docteur eu médecine, poGIr et philosophe.
DES AMOUBS. 77
VI r).
Écoute, mon Aurat, la terre n*est pas digne De pourrir en la tombe un tel corps que le tien : Ta fus en ton vivant des muses le soutien : £t pource après ta mort tu deviendras un cygne;
Tu deviendras cigale ou mouche limousine , Qui fait un miel plus doux que n'est THymettien, Ou voix qui redit tout ', et si > ne redit rien ^, Ou l'oiseau ^ qui maudit Teré sur une épine.
Si tu n'es transformé tout entier en quelqu'un , Tu vêtiras un corps à cinq autres commun, Et seras composé de tous les cinq ensemble.
Car un seul pour d'Aurat suOQsant ne me semble : Et d'homme seras fait un beau monstre nouveau. De voix, cygne, cigale^ et d'avette et d'oiseau.
' FùbsgtU redit : mis ici poar l'écho. ' L'éeho, qui redit lea mots saiu en
"* Si : pourtant, i Elle a la tète plas comprendre le sens.
grosse qae le poinjc, et «i elle n'est point * Philomèie, ehÉngée en rowl-
enflée, u (Molière, Bourg, gentUh,) gnol.
(*) Adressé à Jean d^Aurat, né dans le Limousin, en 1510. Il fut le maître de Ronsard : c*est un de ceax qai ont le plus contribué àla reoaissance des lettres. En 1560, sa grande réputation dans les vers lallos et grecs lui valut le Utre de po6te du roi et de professeur au Collège de France en langues grecque et latine. Ses descendants existent encore à Limoges.
Marie , qui voudrait votre nom retourner, Il trouverait aimer : aimez-moi donc Marie , Votre nom de lui-même à l'amour vous convie , II faut suivre Nature , et ne Tabandonner.
SU! VOUS plaît voire cœur pour gage me donner, Je vous offre le mien : ainsi de cette vie Nous prendrons les plaisirs , et jamais autre envie IVe me pourra Tesprit d'une autre emprisonner.
Il faut aimer, maîtresse , au monde quelque cliose : Celui qui n'aime point, malheureux se propose Une vie d'un Scythe, et ses jours veut passer
Sans goûter la douceur des douceurs la meilleure ; Rien n'est doux sans Vénus et sans son fils : à Vheme Que je n'aimerai plus, puisséje trépasser 1
Marie, en me tançant vous me venez reprendre Que je suis trop léger, et médites toujours, Quand j'approche de vous, que j'aille à ma Cassandre i £t toujours m'appelez inconstant en amours.
L'inconstance me plaît : les hommes sont hien lourds, Qui de nouvelle amour ne se laissent surprendre. Qui veut opiniâtre une seule prétendre , N'est digne que Vénus lui fasse de bons tours.
Celui qui n'ose faire une amitié nouvelle , A faute de courage , ou faute de cervelle , Se défiant de soi qui ne peut avoir mieux.
Les hommes maladifs , ou matés ■ de vieillesse Doivent être constants : mais sotte est la jeunesse / Qui n'est point éveillée et qui n'aime en cent lieux/
■ Matés »• aeeabléi»
. IX Cl
JtB veux, me souvenant de ma gentille amie. Boire ce soir d'autant', et pource, Gorydon, Fais remplir mes flacons , et verse à Tabandon Du vin pour réjouir toute la compagnie.
Soit que m^amie ait nom ou Cassandre ou Marie , Neuf fois je m'en vais boire aux lettres de son nom , Et toi si de ta belle et jeune Madelon, Belleau , l'amour te point, je te pri' ne l'oublie. |
Apporte ces bouquets que tu m'avais cueillis, Ces roses , ces œillets , ce jasmin et ces lis : Attache une couronne à l'entour de ma tête.
Gagnons ce jour ici, trompons notre trépas : Peut être que demain nous ne reboirons pas : S'attendre au lendemain n'est pas chose trop prête *.
' Expreaiion familière et commane passim. ) ao «eizième siècle. (Voir RabelaiSf ' Prête : facile; do laUn paralm.
{*) Adressé à Rémi Belleau, an des poètes de la pléiade française , né à Nogent-le-Rotroa en 1528, mort en 1677. Ronsard, comme il le témoigne en mille endroits, avait pour son talent ane estime singulière.
Ce sonnet est l'expression de la philosophie préconisée par Horace dans plusieurs de ses odes.
Ma maîtresse est tonte angelette <, Ma toute rose nouvelette , Toute mon gracieux orgueil , Toute ma petite brunette , Toute ma douce mignonnette , Toute mon cœur, toute mon œil.
Toute mes jeux et mes blandices*,
* angelette : petit ange. grAces^caresses. Toutes cea aii4$nardi9ts
' Biandices ; du latlu blandUlia, sont imitées de Marutle.
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Mes mignardises , mes délices , Toute mon tout v toute mon rien, Toute ma maîtresse Marie , Toute ma douce tromperie , Toute mon mal , toute mon bien.
Toute fiel , toute ma sucrée , Toute ma belle Cythérée , Toute ma joie, et ma langueur, Toute ma petite Angevine , Ma toute simple et toute fine, Toute mon âme et tout mon cœur.
Encore un envieux me nie Que jcine dois aimer Marie.
Mais quoi ? si ce sot envieux Disait que mes yeux je n'aimasse , Voudriez-vous bien que je laissasse Pour un sot à n'aimer mes yeux ?
/i XI.
Marie, levez-vous, vous êtes paresseuse, Jà la gaie alouette au ciel a fredonné , Et jà le rossignol doucement jargonné Dessus répine assis sa complainte amoureuse.
Sus debout ! allons voir Therbelette perleuse « , Et votre beau rosier de boutons couronné , Et vos œillets mignons auxquels aviez donné Hier au soir de l'eau d'une main si soigneuse.
. Harsoir en vous couchant vous jurâtes vos yeux
I Ptrleuse ; couverte de perles par la rosnc
BBS AMOUBS. 81
D'être plus tôt que moi ce matin éveillée : Mais le dormir de TAube aux filles gracieux
Tous tient d*un doux sommeil enoor les yeux sillée ' « Çà, çà ! que je les baise et votre beau tetin Cent fols pour vous apprendre à vous lever matin.
* SiUée .- fermée : do latin tigiUattu, cacheté.
Amour est un charmeur > : si je suis une année Avecque ma maltresse à babiller toujours , Et à lui raconter queUes sont mes amours, L'an me semble plus court qu'une courte journée.
Si quelque tiers survient, j'en ai Pâme gênée, Ou je deviens muet, ou mes propos sont lourds : Au milieu du devis > s'égarent mes discours. Et tout ainsi que moi ma langue est étonnée.
Mais quand je suis tout seul auprès de mon plaisir, Ma langue interprétant le plus de mon désir. Alors de caqueter mon ardeur ne fait cesse : |
Je ne sais qu'inventer, que conter, que parler: Car pour être cent ans auprès de ma maîtresse , Cent ans me sont trop courts et ne m'en puis aller.
* Charmeur : magicien. ' Devis : propoe, dUoMta.
Cache pour cette nuit ta corne ', bonne Lune : Ainsi > Endymion soit toujours ton ami,
• Ton croiftant. S'c te, Div» poirns Cyprl
' Tour latin : (IIouaci, Od., 1,3.)
Ainsi soit-il toujours en toa sein endonni, Ainsi nul enchanteur jamais ne tlmportune.
Le jour m'est odieux, la nuit m'est opportune; Je crains de jour l'aguet * d'un voisin ennemi : De nuit plus courageux je traverse parmi Les espions couvert de la courtine * brune.
Tu sais, Lune, que peut l'amoureuse poison : Le dieu Pan pour le prix d'une blanche toison Put bien fléchir ton cœur ^. £t vous, astres insignes,
Favorisez au feu qui me tient allumé .
Car s'il vous en souvient, la plupart de vous, signes, ITa place dans le ciel que pour avoir aimé 4.
I L'agvet : l'esplonnaffli, blanche.
' Courtine : maateau. * Callisto, les Pléiades et antres oat
' Pan obtint les favears de la Lnne été placés dans le ciel. par le don qu'il lui fit d'une brebis