LA QUENOUILLE
Quenouille , de Pallas la compagne et l'amie , Cher présent que je porte à ma chère Marie, Afin de soulager l'ennui qu'elle a de moi, Disant quelque chanson en filant de sur toi Faisant pirouetter à son huis amusée Tout le jour son rouet et sa grosse fusée ;
Quenouille , je te mène où je suis arrêté , Je voudrais racheter par toi ma liberté. Suis-moi donc, tu seras la plus que bien-venue , Quenouille» des deux bouts et grélette et menue
Un peu grosse au milieu où la filasse tient, Étreinte d'un ruban qui de Montoire ' vient ,
Aime-laine , aime- fil , aime-estaim * , maisonnière , Longue , palladienne , enflée , chansonnière , Suis-moi , laisse Couture , et allons à Bourgueil , Où, quenouille, on te doit recevoir d'un bon oeil. Car le petit présent qu'un loyal ami donne Passe des puissans rois le sceptre et la couronne. '
* Bourg à troia lieuec de Cootare, ' Bstaim : espèce d« laine cardée et patrie de Ronaard. prête à lier; d'oà itamtue.
CHANSON
Quand ce beau printemps je vois.
J'aperçois Rajeunir la terre et Fonde, Il me semble que le jour .
Et l'Amour Comme enfants naissent au monde.
Le jour qui plus beau se fait
Nous refait Plus belle et verte la terre; £t Amour, armé de traits
£t d'attraits , En nos cœurs nous fait la guerre.
Il répand de toutes parts
Feux et dards.
Et dompte sous sa puissance
DES AMOUBS. 101
Hommes, bétes et oiseaux,
Et les eaux Lui rendent obéissance.
Vénus avec son enfant
Triomphant Au haut de son coche assise, Laisse ses cygnes voler
Parmi l'air Pour aller voir son Anchise.
Quelque part que ses beaux yeux
Par les cieux Tournent leurs lumières belles.
L'air qui se montre serein,
Est tout plein D'amoureuses étincelles.
Puis en descendant à bas
Sous ses pas Naissent mille fleurs écloses :
Les beaux lys et les œillets
Vermeillets Rougissent entre les roses.
Je sens en ce mois si beau
Le flambeau D'Amour qui m'échauffe l'âme, Y voyant de tous côtés
Les beautés Qu'il emprunte de ma dame.
Quand je vois tant de couleurs
Et de fleurs Qui émaillent un rivage^
Je pense voir le beau teint
Qui est peint Si venneil en son visage.
Quand je vois les grands rameaux
Des otmeaux Qui sont lacés de lierre , Je pense être pris es lacs ,
De ses bras , Et que mon col elle serre.
Quand j'entends la douce voix
Par les bois Du gai rossignol qui chante , D'elle je peAse jouir^
Et ouir Sa douce voix qui m'enchante.
Quand je vois en quelque endroit
Un pin droit, Ou quelque arfire qui s'élève ^ ie me laisse décevoir ,
Pensant voir Sa belle taille et sa grève.
Quand je vois dans un jardin
Au matin S'éclore une fleur nouvelle , J'accompare > le bouton
Auteton De son beau sein qui pommelle '*
Quand le soleil tout riant D'Orient
' J'accompare : je compare.
* Çui pommelle : qui s'arrondit comme one pommfei
DES amouas. iod
Nous montre sa blonde tresse , Il me semble que je voi
Devant moi Lever ma belle maîtresse.
Quand je sens parmi les prés
Diaprés Les fleurs dont la terre est pleine Lors je fais croire à mes sens
Que je sens La douceur de son haleine.
Bref, je fais comparaison,
Par raison, Du printemps et de m'amie :
Il donne aux fleurs la vigueur^
£t mon cœur D'elle prend vigueur et vie.
Je voudrais au bruit de Feaii
D'un ruisseau Déplier ses tresses blondes ^ Frisant en autant de nœuds
Ses cheveux , Que je verrais friser d'ondes^
Je voudrais pour la tenir.
Devenir Dieu de ces forêts désertes, la baisant autant de fois
Qu'en un bois II y a de feuilles vertes^
Ah maîtresse mon souci !
Viens id.
104 LE SECOND LIYBB
Viens contempler la verdure 1 Les fleurs, de mon amitié
Ont pitîé , Et seule tu n'en as cure.
Au moins, lève un peu tes yeux
Gracieux , Et vois ces deux colombelles , Qui font naturellement
Doucement Uamour du bec et des ailes :
Et nous, sous ombre d'honueur ,
Le bonheur Trahissons par une crainte.
Les oiseaux sont plus heureux,
Amoureux, Qui font Tamour sans contrainte.
Toutefois ne perdons pas
Nos ébats Pour ces lois tant rigoureuses ; Mais, si tu m'en crois, vivons ,
Et suivons Les colombes amoureuses.
Pour effacer mon émoi
Baise-moi, Rebaise-moi , nui déesse :
Ne laissons passer en vain
Si soudain Les ans de notre jeunesse.
DES AMOUBS. 105
ELEGIE