‹ Choix de poésies de P. de RonsardChapitre 2 sur 85 · A. NOËL · texte numérisé non relu

A. NOËL

Bordeaux , 8 janvier 1868.

Ttdhit HonunI, auteur de cetouinge; T«l fut loniEll, sa bouche ei son visage, Poiti^t au Tif ûe deui crayona divers ; Id le cotps , et l'esprit dans ws ven.

SOHNEI DE CL. GABniEB.

(Bdilion it l«ia.)

Voici les deux amaDls qui renomment la France De même qti'ils étaient en la fleur de leurs ans ; Voici l'objet divin d'un si ridie printemps Où les dieux avaient mis leur plus chère ÎDfluence.

Mais quoi? rien n'est durable, il faut que toute essence Éprouve l'infortune et l'injure du temps : Ils out fini leur course, et leurs rais éclatants Ont vu tomber leur gloire au fond de l'oubliance. . Leur gloire, ha ! qu'ai-je dit? tant que les Jours seront, Et tant qu'au firmament les astres flamberont , Elle aura par la muse une éternelle vie.

Le temps met comme il veut les empires à bas; Ilion n'est plus rien, sa grandeur est finie , Mais le savoir d'Homère a vaincu le trépas.

DE

Il est des hommes dont le nom, parmi heureux privilège du génie , devient celui d'un siècle tout entier. Le mouvement d'une époque se personnifie pour ainsi dire en eux , et, grandis à la fois par l'admiration et les critiques, ils apparaissent dans l'histoire , comme ces hautes montagnes dont l'élévation attire les regards, et guide la route du voyageur à travers un grand pays. P. de Ronsard eut au seizième siècle cette bonne fortune, de résumer en quelque sorte tous les efforts de la poésie renaissante; les écrivains célèbres lui font cortège; toutes les renommées se plaisent à s'incliner devant la sienne; ses éloges donnent la gloire; l'envie se tait après quelques attaques impuissantes, et, comblé de la faveur des rois , enivré de l'encens des poètes, qui se résignent à n'être que les rayons de ce soleil, Ronsard presque divinisé , proclame lui-même son apothéose , aux applaudissements de l'Europe entière.

L'âge suivant lui fit expier cette gloire. « Semblables, « comme dit la Bruyère (Carac, c, i,), à ces enfants « drus et forts d'un bon lait qu'ils ont sucé, qui battent « leur nourrice, » les poètes du dix- septième siècle, in-

grats envers celui qui avait si largement versé sur la France les sources de la poésie grecque et latine , qni si victorieusement avait enrichi son pays des dépouilles de rantiquité, dédaignent le génie de Ronsard, accusent même cette heureuse réforme à laquelle ils doivent toute leur gloire; et , sans respect pour une fécondité devant laquelle s'éclipse son ingénieux labeur, pour une verve à laquelle il ne peut opposer que la correction et la pureté , Malherbe biffe d*un trait de plume tous les vers de Ronsard. On sait comment Boileau confirma ce jugement, comment il accusa Ronsard d'avoir brouillé tout, en voulant tout régler. Boileau, législateur du Parnasse dont Ronsard avait été proclamé V Apollon par une bouche royale , l'emporta dans Tesprit de la postérité, et, jusqu'à nos jours, le poëte orgueilleux trébuché de si haut devint le type des grandes réputations surprises à l'ignorance, ou à la complaisante amitié des contemporains.

Ronsard avait subi le pire des affronts pour un poëte: il était oublié, lorsque, moins poyr venger le génie méconnu que pour attaquer l'autorité de son détracteur, la nouvelle école littéraire du dix-neuvième siècle , s'avisa de le replacer sur son piédestal ; étrange bizarrerie , qui consistait à donner pour patron à des poètes désireux de s'affranchir des règles de la tradition, les œuvres de celui qui se vantait d'avoir le premier remis en honneur Homère, Pindare, Virgile, Horace... et de n'exister lui-même que par les Grecs et les Latins!

Les François qui mes vers liront, SMls ne sont et Grecs et Romains, En lieu de ce livre, ils n'auront Qu'un pesant faix entre les mains.

DE P. DE RONSABD. 3

Quoi q[u*îl en soit, cette résurrection fut un grand événement littéraire, et, grâce au signal donné par un poète, devenu depuis un de nos plus éminents critiques , on se jeta sur les œuvres de Ronsard » on les relut avidement, et Ton put se convaincre que l'enthousiasme des princes , des savants et des poètes était bien légitimé par une connaissance approfondie des modèles anciens , par rinteliigence la plus nette et le sentiment le plus exquis de leurs beautés, par une inspiration réelle et la vraie chaleur du feu sacré, par les dispositions les plus heureuses d*une excellente nature, qui, capable de toutes les impressions , passait avec une prodigieuse facilité des sujets les plus gracieux aux matières les plus graves, aux passions les plus élevées. On y vît de plus que Ronsard était un des créateurs de ht langue, et, par la prodigieuse facilité de la versification , la variété et l'harmonie de rhythmes , qu'il méritait encore y malgré Malherbe et Boileau , le titre de père de la poésie française.

Il ne faut pas cependant exagérer l'admiration. Aux époques de rénovation littéraire, up auteur ne saurait être parfait de tout point , et de Ronsard bien des poésies sont mortes qui méritaient de périr. Ce serait nuire sans doute à sa gloire que de tout présenter ensemble à la curiosité du lecteur. Ses œuvres complètes méritent l'attention de rérudit , mais il ne faut le faire connaître au public que par les morceaux dont la lecture peut offrir un véritable intérêt poétique.

La vie de Ronsard est nécessaire à l'intelligence de son œuvre, à laquelle du reste elle est intimement liée. Consacré dès sa première jeunesse à la poésie, épris d'amour pour les Muses, il ne les abandonna qu'à la mort, et nous

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n'avons guère à constater d'autres événements que les occasions de ses ouvrages.

Pierre de Ronsard était issu d'une noble famille. Ses ancêtres, originaires de la Moravie, étaient venus s'établir en France dans le Vendômois , vers le milieu du quatorzième siècle , et s'étaient distingués dans la guerre de cent ans. Louis de Rpnsard, père du poête^ accompagna les fils de François P' en Espagne, et fut maître d*hôtel du roi Henri II. Du côté maternel , Ronsard tenait aux familles de la Trémoille, du Bouchage, et de Ghandriers. Une des rues de la Rochelle (de Ghandriers) atteste encore aujourd'hui les exploits d'un de ses aïeux. Lui-même, à l'imitation d'Horace , se plaît à nous donner dans ses vers tous ces détails, dont il n'est pas sans tirer quelque vanité '. Il naquit au village de Gousture, au château de la Poissonnière « en la varenne du Bas Vendômois » (département de Loir-et-Gher],le samedi 11 septembre de l'année 1524. D'après Ronsard lui-même, ses biographes ont confondu cette date avec celle de la bataille de Pavie (24 février 152ô), et ils en prennent occasion de regarder la naissance de Ronsard comme une grâce du ciel, qui voulait, par une telle faveur, compenser le désastre de la France. Il était le dernier de six enfants , mais deux moururent au berceau , et les trois autres qui restèrent avec lui ne doivent qu'à leur frère le souvenir que la postérité leur a conservé.

Du reste, nous n'avons pour ces premières années qu'à laisser parler le poète lui-même :

Je ne fus le premier des enfants de mon père, Cinq devant ma naissance en enfanta ma mère :

* Élégie VUÏyà Remy Delleau.

DB P. DE fiONSAfiO. 5

Deux sont morts au berceau , aux trois vivans en rien Semblable je ne suis ny de mœurs, ny de bien. Si tost que j'eus neuf ans an collège ' on me meine ; Je mis tant seulement un demi an de peine D'apprendre les leçons du régent de Vailly; Puis, sans rien profiter, du collège saiily,

Je vins en Avignon

(Élégie à Remy Belleau.)

Ce peu de goût pour les études trompa Tespérance du père de Ronsard , qui rêvait pour son fils les charges de la jus^ tice ou les dignités de TÉglise. Il résolut alors de le vouer à la carrière des armes , dans laquelle sa beauté, sa bonne façon et sa merveilleuse adresse lui promettaient de rapides et grands succès. « Ceux qui Font cogneu en sa pre- « mière fleur racontent que jamais la nature n'avoit formé « un corps mieux composé ny proportionné que le sien , tant « pour Tair et les traictsdu visage, qu'il avoittrès-agréa- «( ble, que pour sa taille et sa stature extrêmement auguste « et martiale. » (DuPerron, Or.fun. de Ronsard^ 1586. ) Le roi rassemblait alors à Avignon une armée contre Charles-Quint; Ronsard vint y trouver son père, qui le donna pour page à François, fils aînédu roi. Le jeune prince étant mort à Tournon trois jours après , Ronsard passa au service de Charles , duc d'Orléans , qui le donna lui-même à Jacques Vide Stuart, roi d'Ecosse, venu en France pour épouser Magdelaine, fille du roi François P*".

Après je fus mené Siiy v«int le roi d'Escosse , en TEscossoise terre , Où je fus trente moys et six en Angleterre.

{Élégie à Remy Belleau,) *

* Au collège royal de Navarre où il se lia d'amiliè avec Charles, de{uiîs cardinal de Lorraine.

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