‹ Choix de poésies de P. de RonsardChapitre 38 sur 85 · A LA REINE SA FEMME · texte numérisé non relu

A LA REINE SA FEMME

Strophe I.

Je suis troublé de fureur , Le corps me frémit d'horreur.

D'un ef&oi mon âme est pleine ; Mon estomac est pantois , Et par son canal ma voix Ne se dégorge qu'à peine.

Une déité m'enmiène :

Fuyez, peuple; qu'on me laisse !

Yoid venir la Déesse :

Fuyez, peuple ; je la voi '.

Heureux ceux qu'elle regarde , Et plus heureux qui la garde Dans l'estomac comme moi !

AnHstrophe.

Elle, éprise de mes chants , Loin me guide par les champs Où jadis sur le rivage Apollon Florence aima, Lors que jeune elle s'arma Pour combattre un loup sauvage.

L'art de filer ni l'ouvrage Ne plaisaient à la pucelle, Hi le vain miroir : mais elle, Devant le jour s'éveillant ,

V Voir an cb. VI ae VÉnHde, ▼. 46, l'inspiratâOB de latiliflku

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Cherchait des loups le repaire , Pour les bœufs d'Ame > son peie L'arc au pomg se trayaillant >.

Épode.

Ce Dieu, qui du ciel la vit Si valeureuse et si belle , Pour sa femme la ravit, Et surnomma du nom d'elle La ville qui te fit naître, Laquelle se vante d'être Mère de notre Junon :

Ville cent fois bienheureuse, Qui, de tous biens plantureuse^ Ne célèbre que ton nom.

Stropfie II.

Là les faits de tes meax Vont flamboyant comme aux cieux Flamboie l'aurore claire :

Là l'honneur de ton Julien Dans le ciel Italien Comme une planète éclaire.

Par lui le gros populaire Pratiqua l'expérience De la meilleure science ^ :

Et là reluis(»it aussi Tes deux grands Papes 4, qui ore

* La Nymphe Florence, flUe du * l4i politifoe , la Bflience de la vie

fleuve Arno, donna son nom à la ville, sociale,

patrie de Catlierioe de Médicis, * Les papes Cléraeot VU et Léon X

> Se travaiUant : se donnant de la appartenaient i la fhmiUe ùt» M^*

peint. dicis.

DBS ojom. ff6)

Du ciel, où ils sont encore, Te faTorisent ici.

Sans nombre sont les moissons De Juillet, et les glaçons Dont Janvier bride la trace < De Teau prompte à se ctoûtet :

Ainsi je ne puis conter Tous les honneurs de ta race.

Le del Va peint en la face Je ne sais quoi qui nous montre, Dès la première rencontre.

Que tu passes en grandeur Les princesses de notre âge, Soit en force de courage, Sdt en royale grandeur.

Épode.

Le comble de ton saToir Et de tes vertus ensemble Dit qu*on ne peut ici voir Rien que toi qui te ressemble.

Quelle dame a la pratique De tant de mathématique ?

Quelle princesse entend mieux Du grand monde la peinture, Les chemins de la nature.

Et la musique des CieiUL> ?

' Brtiê la trace : arrête le cours.

' AUviion aux eonnaiMancts de Catherine ea astrologie.

IM UYBB PBBKIER

Strophe III.

Ton nom , que mon vers dira, Tout le monde remplira De ta louange notoire !

Un tas qui chantent de toi Ne savent si bien que moi Gomme on doitsonner la gloire.

Jupiter, ayant mémoire D'une vieille destinée Autrefois déterminée Par l'oracle de Thémis, A conunandé que Florence Baisse sous les lois de France Sa fleur en nos fleurs de lis.

Antistrophe.

Mais à tous rois il défend Tel honneur ; seul ton enfant L'aura, comme étant ensemble Italien et François , Qui de front , d'yeux et de voix A père et mère ressemble.

Déjà tout colère il semble Que sa main tente les armes , £t qu'au milieu des alarmes Jà dédaigne les dangers , Et, servant aux siens de guide, Vainqueur, attache une bride Aux royaumes étrangers.

BSI ODES. 169

Épocie.

Le Ciel qui nous Ta donné Pour être notre lumière, Son empire n*a borné D'un mont ou d'une rivière :

Le destin veut qu'il enserre Dans sa main toute la terre, Seul roi se faisant nommer D'où Phœbus les Indes laisse , Et d'où son char il abaisse, Tout penché , dedans la mer.

A MICHEL DE L'hOPITAL,

CHANCELIER DE FRANgs (*}.

Strophe 1.

Errant par les champs de la grâce Qui peint mes vers de ses couleurs , Sur les bords Dircéens j'amasse ' L'élite des plus belles fleurs.

Afin qu'en pillant je façonne D'une laborieuse main La rondeur de cette couronne Trois fois torse d'un pli thébain.

Pour orner le haut de la gloire

' AIliiBion à Pindare, né à Thèbes , glorifie toujours d'être l'imitatear de oueoale la fontaine Dircé. Roniard ae Pindare et d'Horace.

n Né en 1605, mort en 1573.

170 LTVXK PXBMIBB

De rHospîtal nûgnon ' des dieux, Qqî ça bas ramena des deux Les aies qu'enfanta Mémoire *.

Strophe II.

Aussitôt que leur petitesse Gourant avec les pas du temps, Eut d*une rampante vitesse Touché la borne de sept ans , Le sang naturel qui commande De voir ses parents vint saisir Le cœur de cette jeune bande Chatouillé d'un noble désir :

Si qu'elles mignardant leur mère Neuf et neuf bras furent pUant Autour de son col , la priant De voir la face de leur père.

£pode.

Par art le navigateur En la mer manie et vire La bride de son navire, Par art plaide Torateur, Par art les rois sont guerriers , Par art se font les ouvriers : j Telle humaine expériœce Des autres soit le labeur, Sans plus ma sainte fureur * PoUra votre science.

» Lei HatM, «le. de Jupiter et de » 5<rin*e fureur : délire poétique.

DES ODSS.

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Slirophe IJL

Comme Taimant sa force inspire Au fer qui le touche de près, Puis soudain ce fer tiré tire Un autre qui en tire après :

Ainsi du bon fils de Latone , Je ravirai l'esprit à moi , Lui du pouvoir que je lui donne Ravira les vôtres à soi , Vous par la force Apollinée Ravirez les poètes saints, £ux, de votre puissance atteints, Raviront la tourbe étonnée.

Épode.

Faisant parler sa grandeur Aux sept langues de ma lyre.

De lui je ne veux rien dire Dont je puisse être menteur :

Mais véritable il me plaît De chanter bien haut qu'il est L'ornement de notre France, £t qu'en fidèle équité , En justice et vérité Les vieux siècles il devance.

^ ^'(Xa '^

Strophe IF.

C'est lui d(mt les grâces infuses Ont ramené par l'univers Le chœur des Piérides muses.

172 LIYBE PBBMIBR

Faites Qlustres par ses vers :

Par lui leurs honneurs s'embellissent.

Ou soit d'écrits contraints par pieds %

Ou soit par des nombres qui glissent

De pas tout francs et déliés * :

Cest lui qui honore et qui prise

Ceux qui font l'amour aux neufs Sœurs,

Et qui estime leurs douceurs,

Et qui conduit leur entreprise.

AnHsirophe.

C'est lui, chanson, que turévères Comme un esprit venu du del , C'est celui qui aux loix sévères A fait goûter l'attique miel ' ; C'est lui qui la sainte balance Connaît, et qui ni bas ni haut.

Juste, son poids douteux n'élance, La tenant droite comme il faut :

C'est lui dont l'œil non variable Note les méchants et les bons.

Et qui contre le heurt ^ des dons Oppose son cœur imployable.

I Lm Ten. 3 Éloge dM édite de l'HospiUl.

' Lei ooTrages en proie. En latin , ^ Heuri : ehoc. sermo ioMut, la prose. On beait raitient, adi«u Ir chat î

(U FovT^

Mignonne, allons voir si la rose Qui ce matin avait déclose *

1 Déelùse : onTerte.

Sa robe de pourpre au soleil

A point perdu, cette vesprée' , |

Les plis de sa robe pourprée |

Et son teint au vôtre pareil. '

Las ! Toyez comme en peu d'espace , Mignonne , elle a dessus la place Las.! las! ses beautés laissé choir!

O vraiment marâtre nature.

Puisqu'une telle fleur ne dure Que du matin jusques au soir !

Donc , si vous me croyez, mignonne, Tandis que votre âge fleuronne En sa plus verte nouveauté.

Cueillez, cueillez votre jeunesse :

Comme à cette fleur la vieillesse Fera ternir votre beauté.

* Fesprée : soir; en latin veapera.

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