IV
Ma dame ne donne pas Des baisers, mais des appas ' Qui seuls nourrissent mon âme, ^ Les biens dont les Dieux sont soûs, Du nectar, du sucre doux.
De la canelle et du bâme *,
Du thym , du lis , de la rose Entre les lèvres éclose, Fleurante en toutes saisons, Et du miel tel qu'en Hymette La dérobe-fleur avette ^ Remplit ses douces maisons^.
0 Dieux , que j'ai de plaisir!
Quand je sens mon col saisir De ses bras en mainte sorte :
Sur moi se laissant courber.
D'yeux clos je la vois tomber Sur mon sein à demi morte.
Puis mettant la bouche sienne
' Appas : ne doit pas être confonda pâter.
avec le mot qui signifie charmes. U a * Bâme : baame.
ici le sens de nourriture , pâture... on * Jvette : abeille ; du latin, apis.
l'^rit régalièrement appâts^ d'où ap- < Sês douces maisons : ses cellales.
{*) C'est une imitalion de Jean Second.
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Tout à plat dessus la mienne.
Me mord et je la remords :
Je lui darde , elle me darde Sa languette frétillarde, Puis en se^ bras je m'endors.
D'un baiser mignard et long Me ressuce Tâme adonc, Puis en soufflant la repousse , La ressuce encore un coup, La resouffle tout à coup Avec son haleine douce.
Tout ainsi les colombelles , Trémoussant un peu des ailes, Havement' se vont baisant, Après que Toiseuse glace ' ^A quitté la froide place Au printemps doux et plaisant.
Hélas ! mais tempère un peu Les biens dont je suis repeu.
Tempère un peu ma liesse :
Tu me ferais immortel.
Hé ! je ne veux être tel, Si tu n*es aussi Déesse.
I Havmnent .'da verbe Kaver, happer, «tw. La glace esfoardit la terre et le* ' Oistva9, parewease ; da latiOi oiio- animaaz.
Ma petite Nymphe Macée, Plus blanche qu'ivoire taillé.
Plus blanche que neige amassée , Plus blanche que le lait caillé,
DBS ODES. 185
Ton beau teint ressemble les lis Avecque les roses cueillis.
Découvre-moi ton beau chef-d'œuvre, Tes cheveux où le ciel d'honneur Des grâces richement décoeuvre ^ Tous ses biens pour leur faire honneur : Découvre ton beau front aussi, Heureux objet de mon souci.
Comme une Diane tu marches *, Ton front est beau, tes yeux sont beaux, Qui flambent sous deux noires arches, Comme deux célestes flambeaux , D'où le brandon fut allumé Qui tout le cœur m'a consumé.
Ce fut ton œil, douce mignonne.
Qui d'im fol regard écarté, Les miens encores emprisonne Peu soucieux de liberté.
Tous deux au retour du printemps.
Et sur l'avril de nos beaux ans.
Te voyant jeune, simple et belle, Tu me suces l'âme et le sang :
Montre-moi ta rose nouvelle, Je dis ton sein d'ivoire blanc, Et tes deux rondelets tétons.
Qui s'enflent conune deux boutons.
Las ! puisque ta beauté première Ne me daigne faire merci , Et, me privant de ta lumière, Prend son plaisir de mon souci,
' Decceuvre : découvre.
s Et vers inceacu patuit dea.
(ViKA., jKiuta., l, 406.)
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Au moins regarde sur mon front Les maux que tes beaux yeux me font.