A CHARLES DE PISSELEU
D'où vient cela, Pisseleu , que les hommes De leur nature aiment le changement, Et qu'on ne voit en ce monde où nous sommes Un seul qui n'ait un divers jugement ?
L'un, éloigné des foudres de la guerre. Veut par les champs son âge consumer A bien pétrir les mottes de sa terre , Pour de Cérès les présens y semer :
L'autre, au contraire, ardent, aime les armes. Si qu'en sa peau ne saurait séjourner Sans bravement attaquer les alarmes , Et tout sanglant au logis retourner.
Qui le palais, de langue mise en vente
\*) Cette ode rappelle plusieara endroits d*Horace : Tode F* da livre I et la satire I'* da.iiv. T, etc..
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Fait éclater devant un président , Et qui,piqué d'avarice soivante, Franchit la mer de Tlnde à l'occident;
L'un de l'amour adore l'inconstanx^ , L'autre plus sain ne met Tesprit, sinon Au bien public, aux choses d'importance, Cherchant par peine un perdurable nom :
L'un fuit la cour et les faveurs ensemble, Si que sa tête au ciel semble toucher : L'autre les suit, et est mort ce lui semble . S'il voit le roi de son toit approcher.
Le pèlerin à l'ombre se délasse , Ou d'un sommeil le travail' adoucit.
Ou réve01é,avec la pleine tasse, Des jours d'été la longueur accourcit;
Qui devant l'aube accourt triste à la porte Du conseiller, et là , faisant main tour. Le sac au poing > attend que monsieur sorte Pour lui donner humblement le bonjour.
id cestuy ^ de la sage nature Les faits divers remâche en y pensant , Et cestuy-là par la linéature ^ Des mains , prédit le malheur menaçant.
L'un, allumant ses vains fourneaux, se fonde Dessus la pierre incertaine ^, et combien Que l'invoqué Mercure ^ ne réponde, Soufle en deux mois le meilleur de son bien.
* Travail, fatigue. « L.i configaràtion et les lignet.
' Le sac da procès. * Pierre incertaine : pierre philo-
Que de sacs ! il en ■ Jatques aux jarretièrrt ! «ophale.
(Raciub , Ploirf.) « Mercare Trismégitte, die« det
^ r.tsiuy : celui-ci. &lclniniste«.
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L'un grave en bronze, et dans le marbre à force Veut le naïf de nature imiter :
Des corps errants Tastrologue s'efforce Oser par art le chemin limiter.
Mais tels états , les piliers de la vie , Ne m'ont point plu , et me suis tellement Éloigné d'eux , que je n'eus oncque envie D'abaisser l'œil pour les voir seulement.
L'honneur sans plus du vert laurier m'agrée , Par lui je hais le vulgaire odieux :
Voilà pourquoi Ëuterpe la sacrée M'a de mortel £sut compagnon des dieux.
La belle m'aime,et par ses bois m'amuse, Me tient, m'embrasse, et quand je veux sonner De m'accorder ses flûtes ne refuse , Ni de m'apprendre à bien les entonner.
Dès mon enfance,en l'eau de ses fontaines Pour prêtre sien me plongea de sa main , Me faisant part du haut honneur d'Athènes , Et du savoir de l'antique Romain.
N^étre trop réjoui de chose qui arrive.
Ni trop dépit aussi , Rend l'homme heureux , et fait encor ipi'il vive
Sans peur ni sans souci.
Comme le temps vont les choses mondaines,
Suivant son mouvement :
Le temps soudain et les saisons soudaines
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Se changent promptement.
Dessus le M jadis fîit la science,
Puis en Grèce eUe alla ; Rome depuis en eut rexpérience,
Paris maintenant Ta.
Villes et forts et royaumes périssent,
Par le temps tout exprès.
Pour donner place aux nouveaux qui fleurissent
Qui remourront après.*
Naguère étaient dessus la sèche arène
Les poissons à Fenvers, Puis tout soudain l'orgueilleux cours de Seine
Les a de flots couverts.
La mer ne flotte où elle soûlait être ,
Et aux lieux vides d*eaux , Miracle étrange ! on la voit soudain naître
Hôpital de hateaux.
Telles lois fit dame Nature guide,
Lorsque par-sus le dos Pyrrhe sema dedans le monde vide
De sa mère les os» :
A celle fin que nul homme n'espère
S*oser dire immortel, Voyant le Temps, qui est son propre père «
N'avoir rien moins de tel.
Arme-toi donc.de la philosophie.
Contre tant d'accidents , Et courageux d'elle te fortifie
I Hôpital : asile. repeaplémt le monde en lapi^ont des
' A prètledèlage, Deacalion et Pyrrha funes derrière eas. (Ovide^ JJrf.» !•)
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L^estomac * au dedans,
N*ayant ef&oi de chose qui survienne.
Au devant de tes yeux , Soit que le ciel les abîmes devienne ,
Et l'abîme les cieux .
' L'estomac : le coBor.
A GASPAR d' AUVERGNE.
Gaspar, qui du mont Pégase, As les filles de Pamase Conduites en ta maison.
Ne sais-tu que ' moi poëte De mon Phébus je souhaite Quand je fais une oraison?
Les moissons je ne quiers pas' , Que la faux arrange à bas ^ Sur la Beauce fructueuse , Ni tous les cornus troupeaux Qui sautent sur les coupeaux^ De TAuverghe montueuse :
Ni For sans forme qu'amène La mine pour notre peine , Ni celui qui est formé , Portant d'un roi la figure^ , Où la fière portraiture De quelque empereur armé ;
* Que : ce qne. * Coupeau : comme couplet, hant
' Je ne quiers pa$ : je ne demande sommet , ftiîte d'une montagne. (Bo-
pas ; de quarere, demander. quefort.) > Arrange à bas : fait tomber. ' L'or monnayé.
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Ni le marbre marqoeté , Cher en Afrique acheté Pour parade d'une salle, Ni les coûteux diamants.
Magnifiques ornements D'une majesté royale ;
Ni tous les chan^ps que le fleuve Du Loir lentement abreuve , Ni tous les prés enmiurés ' Des plis de Bcaye argentine , Ni tous les bois dont Gastine Voit ses bras enverdurés ;
Ni le riche accoutrement .
D'une laine qui dément Sa teinture naturelle Es poêles > du Gobelin ^ , S'ivrant^ d'un rouge venin ^ Pour se déguiser plus belle.
Que celui dans une coupe Toute d'or boive à la troupe De son vin de Prépatour ^ , A qui la vigne succède, Et près Vendôme en possède Cinquante arpents en un tour.
Que celui qui aime Mars , S'enrôle entre les soldars , Et fasse sa peau vermeille D'un beau sang , pour son devoir,
' Emmurés : entouré*. Gobdliis.
' Et poêles : dans les chandières. * S'ivrant : s'enivrant, l'imprégnaat
a Teiatorierflimeax, dont l'établisse- * renin, de venenum : teinture.
ment, situé sur la riTière de Biévres, * Cru du Vendômois appartenant aa
est dcvena la manuflicture dite des roi.
Et que la trompette au soii D'un son lui rase l'oreille.
Le marchand hardiment vire , Par la mer, de son navire La proue et la poupe encor :
Je ne suis brûlé d*envie.
Aux doux dépens de ma vie, De gagner des lingots d'or.
Tous ces biens je ne quiers point.
Et mon courage n'est point' De telle gloire excessive.
Manger, ô mon compagnon.
Ou la figue d'Avignon , Ou la provençale olive;
L'artichaut et la salade.
L'asperge et la pastenade ' , Et les pepons^ tourangeaux Me sont herbes plus friandes Que les royales viandes Qui se servent à monceaux.
Puisqu'il faut sitôt mourir, Que me vaudrait d'acquérir Un bien qui ne dure guère?
Qu'un héritier qui viendrait.
Après mon trépas vendrait, Et en ferait bonne chère?
Tant seulement je désire Une santé qui n'empire : Je désire un beau séjour, Une raison saine et bonne ,
« Point : piqaé, aÏRoUlonné ; da la- ' Pastenade : panais, tin pungen, ' ''^P*"** ' '"*'^*'"'-
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Et une fyre qui sonne Toujours Je Vin et rAmour.
Celui qui est mort aujourd'hui , Est aussi bien mort que celui Qui mourut aux jours du déluge :
Autant ?aut aller le premier, Que de séjourner le dernier Devant le parquet du grand Juge.
Incontinent que lliomme est mort , Ou jamais, ou longtemps il dort Au creux d'une tombe enfouie, Sans plus parler, ouïr ni voir :
Eh ! quel bien sauraiton avoû* En perdant les yeux et l'ouie ?
Or l'âme, selon le bienfait Qu'hôtesse du corps elle a fait , Monte au ciel , sa maison natale :
Mais le corps nourriture à vers.
Dissous de veines et de nerfs', N^est plus qu'une ombre sépucrale.
Il n'a plus esprit ni raison , Emboiture ni liaison , Artère, pouls, ni veine tendre :
Cheveux en tête ne lui tient :
Et qui plus est ne lui souvient D'avoir jadis aimé<]assandre '. .
< Dont les nerfs et les veines sont > Maîtresse de Ronsard, à laquelle cft en dissolation. consacré le premier livre des AmWif**
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La mort ne désire plus rien :
Donc, cependant que j*ai le bien De désirer, vif je demande Être toujours sain et dispos ; Puis quand je n'aurai que les os , Le reste à Dieu je recommande.
Homère est mort, Anacréon , Pindare, Hésiode et Bion, Et plus n'ont souci de s'enquerre Du bien et du mai qu'on dit d'eux *.
Ainsi après un siècle ou deux , Plus ne sentirai rien sous terre.
Mais de quoi sert le désirer Sinon pour l'homme martyrer » ?
Le désir n'est rien que martyre.
Content ne vit le désireux , £t l'homme mort est bienheureux :
Heureux qui plus rien ne désire 1
* Mërtyrer : tourmenter.